Tant mal que bien (nouvelle)

Par défaut

                                                                                                –   Krishna NAGARATHINAM

La porte s’ouvre et se referme aussitôt. Une bouffée d’air frais entre et heurte les corps qui attendent patiemment, leur donnant un léger frisson. Parmi eux, certains se déracinent momentanément de leurs occupations diverses et braquent leurs yeux en direction de l’entrée. Pour ajouter à leur nombre, voilà qu’un couple de Nord-Africains se tient juste en dessous du panneau indiquant : « Le médecin est à l’intérieur. Silence s’il vous plaît ». La dame, la tête couverte d’un châle, est restée debout à moitié cachée par son mari. Semblant avoir évolué, le contexte de la salle d’attente sans montrer, le mari (?) sans montrer aucun intérêt à la personne qui suit, s’est assis en trouvant un siège vide. Elle, debout, le visage tendu promène son regard aléatoire et indifférent sur les personnes qui attendent. De toute évidence, elle aussi a besoin de s’asseoir. Elle tapote l’épaule de son mari et marmonne quelque chose. Lui, il est en train de caresser son téléphone portable d’un air très affectueux. D’un air résolu, elle se dirige vers une chaise vide et s’y assoit, la faisant suffoquer par son poids. Sans exception, les patients qui attendent ont perçu ce déroulement des événements comme faisant partie de leur attente, et continuent leurs occupations favorites. Une nouvelle fois, la chaleur de l’attente emplit la pièce.

Dans la clientèle, on trouve un certain Victor Condappa, cinquante ans, originaire de Pondichéry, l’ancien comptoir de l’Inde française. Tour à tour Indien et Français selon les personnes qui le rencontrent, l’homme vit en France depuis maintenant trente ans. Son grand-père, en effet, pendant la guerre d’Indochine, combattit le Vietminh. Son père aussi, véritable caporal de l’armée française, retourna en Inde après 15 ans de service et mena une vie que ses voisins lui enviaient. Profitant d’une vie agréable, Robert Condappa pouvait être un fan passionné d’un des acteurs du cinéma indien, sans se soucier de ses études. Aujourd’hui encore, en France, s’il y a un pot, à n’importe quel événement, une fois bu à grandes gorgées, il se mettra à parler de son acteur. Mais le problème, c’est qu’il y aura toujours quelqu’un pour s’opposer à ses propos. À une occasion, cela a conduit à une bagarre au point que la sécurité a dû intervenir. Depuis lors, Mme Condappa a l’œil sur son mari, et si elle sent que quelque chose ne tourne pas rond chez lui, elle intervient immédiatement d’une voix ferme et forte et ils quittent la pièce sans plus tarder.

Robert Condappa consulte ce médecin depuis de nombreuses années. Il ne se souvient pas de l’année exacte de sa première consultation. Mais il est certain que c’était trois mois après son arrivée de l’Inde. C’était l’hiver et le temps était mauvais, il était sorti pour faire quelques courses sans s’habiller de manière appropriée. Le jour suivant, pendant trois jours, il souffrait d’un mauvais rhume et d’une forte fièvre. Un compatriote lui recommanda alors ce médecin.

Bien que les heures de consultation du médecin l’après-midi soient entre 16 et 19 heures, la clinique ouvre à 15 heures. Afin d’éviter une longue attente, certains patients essaient d’être en avance, Condappa est l’un d’eux. Cependant, la chance ne lui sourit jamais, comme c’est le cas aujourd’hui, trois célestes, soi-disant trois patients l’ont précédé. Si vous demandez à Condappa pourquoi il est si pressé, il vous répondra sans attendre : « Que faisons-nous à la maison ? Presque rien, alors il vaut mieux venir et attendre à la clinique ». Il a raison, car pour chaque patient le médecin prend au moins 15 minutes, même aujourd’hui son temps d’attente a dépassé le temps habituel. Heureusement, le dernier patient qui était là avant lui a été appelé il y a quelques minutes. M. Condappa lève la tête et regarde autour de lui comme on la dresse au-dessus de la surface de l’eau pour respirer.

Un éternuement bruyant a secoué la pièce. L’auteur de l’acte, assis au fond de la salle d’attente, semble plus âgé que Condappa et son museau est plongé dans un mouchoir. S’arrêtent ensuite ses yeux sur une grande et jeune femme qui fait descendre bas son enfant de ses girons. L’enfant, qui semble avoir pris notre homme pour cible, se précipite vers lui, tout en affichant un sourire malicieux, et fait tomber la béquille de Condappa qui se trouvait sur ses genoux. Cela n’a pas du tout plu à la mère, celle-ci s’est levée et s’est empressée de le remettre à sa place initiale, envoyant un signe d’excuse à notre homme mécontent. « Êtes-vous du Pakistan ou de l’Inde ? », une question inattendue a attiré l’attention de Condappa. Le questionneur n’est autre que le mari du couple maghrébin. À la question, notre homme a répondu son origine. Et l’homme a ajouté qu’il regardait beaucoup de films de « ShahRukh Khan ». Peu désireux de poursuivre la discussion sans rapport avec son acteur préféré, celui-ci la termine par un sourire narquois et commence à se concentrer sur son téléphone portable.

Sur les réseaux sociaux, pour le post mis en ligne avant-hier, il a reçu quarante « ’like » dont deux « Super ». De fait, on y voit une photo où sa femme et leur chien adoré écoutent une chanson de façon absorbée. Le mot « super » était assez déroutant pour notre ami, et il s’est demandé si c’était sa femme ou leur chien. Cependant, il voulait remercier ses amis. À ce moment-là, le docteur a appelé son prochain patient. M. Condappa éteignit son téléphone portable et le suivit péniblement en s’appuyant sur ses béquilles. Le docteur s’est assis sur son siège, affichant un faux sourire à son patient.

— Dites-moi monsieur, pour quelle raison êtes-vous venu, surtout, ne recommencez pas à dire que vous avez mal au dos ou aux jambes, même si c’est le cas je ne le croirai pas, vous comprenez ?

— Si vous parlez comme ça, où, peut-on aller docteur ? Que vous me croyiez ou non, depuis quelque temps, je souffre de plus en plus des jambes, et même avec des béquilles, il m’est difficile de sortir. De plus, j’ai toujours mal au dos.

— Monsieur Condappa, la dernière fois, ne pouvant résister à vos plaintes, j’ai fini par me résigner en vous recommandant une invalidité de première catégorie. Vous savez ce qui s’est passé après. Le service social n’était pas convaincu, il avait des doutes sur le dossier. J’ai dû chercher des explications de-ci de-là, pour qu’ils acceptent ma recommandation. Il n’y a vraiment aucun problème avec vos jambes. Par conséquent, l’aide que vous recevez actuellement au titre du handicap n’est pas justifiable. Si le service me demande mon avis pour le renouvellement, cette fois je ne donnerai pas un avis favorable.

— Docteur, je ne m’attendais pas à une telle réponse de votre part, je suis venu vous voir parce que je souffre de bien des soucis physiques.

  — Écoutez bien, à mon avis, vous vous portez très bien. Faites-moi savoir s’il y a d’autres problèmes de santé et je les traiterai. Si c’est vrai que vous avez des douleurs persistantes dans les jambes et à la colonne vertébrale, il faudra peut-être vous faire tester. Le contenu de mon rapport sera conforme aux résultats des tests. Voilà, votre petit jeu est terminé, monsieur. Ne comptez plus sur moi, je ne referai pas mon erreur et ce n’est pas mon intention de vous recommander pour une invalidité de catégorie 2, fondée uniquement sur vos plaintes.

Comme il savait qu’il ne pourrait pas tromper son médecin avec sa tactique usuelle, M. Condappa quitta le bureau sans dire au revoir. Il feignit d’être handicapé sur quelques mètres de la clinique, puis marcha naturellement en s’approchant de la maison.

À son arrivée en France, il devait être hébergé chez sa sœur, dont la maison se trouvait en banlieue parisienne. Comme nous l’avons déjà dit, sa fréquentation scolaire était limitée, donc malgré lui, il devait travailler et effectuer ce que les Parisiens appellent des « sales boulots ». Pour une personne qui n’avait pas été trop fatiguée pour bien vivre, c’était difficile à supporter.

« Ton oncle avait aussi ce problème. Sois tranquille, au début, même mon mari a tout fait pour qu’on gagne notre vie. Fort heureusement, avec l’aide de l’État, nous avons pu sortir de notre misère. Justement, ceux qui n’ont pas de travail ont la meilleure vie. Trouve une fille à Pondichéry et reviens avec elle, tout ira bien », lui disait souvent sa sœur.

Il retourna en Inde et épousa une fille dans une famille qui cherchait un garçon et qui s’était installée en France. Il revint et continua à vivre à Paris, mais, cette fois, avec sa femme, sous leur toit. En dépit de toutes les prophéties selon lesquelles sa jeune épouse apporterait le bonheur, les rentrées d’argent restaient ni plus ni moins importantes.    Avec les salaires gagnés par le travail occasionnel, et grâce à l’aide financière de l’État accordée aux personnes à revenus modestes, il pouvait payer son loyer, prendre un verre en regardant la télévision et manger à sa guise. Sachant que l’État pouvait aider davantage un ménage doté d’enfants, il entreprit les démarches nécessaires pour concrétiser son projet. 

 Sept ans ont passé, un jour, il a décidé d’aller en Inde l’été suivant et de voir leur famille en découvrant que l’argent économisé par sa femme suffisait largement à la réalisation de leur projet. C’est en Inde, deux semaines après leur arrivée, qu’à l’improviste, dans une brasserie de la ville, il eut l’occasion de rencontrer un camarade parisien. Tous deux ont longuement discuté de la « chaleur indienne », d’un « film qu’ils avaient vu récemment », du « biryani d’un restaurant » et d’autres choses encore. En se quittant, le camarade parisien évoqua la pendaison de crémaillère de sa maison nouvellement construite à Pondichéry. Comme prévu, cet ami vint le lendemain avec sa femme pour inviter les Condappa pour l’événement. Naturellement, les époux Condappa ont assisté à la cérémonie.

Le fait que son ami l’ait invité et que Condappa ait participé à cette cérémonie avec sa femme s’est fait en bien ou en mal, c’est ce que notre Condappa essaie de comprendre jusqu’à présent.

Effectivement, cet ami parisien menait lui aussi une vie plus ou moins similaire à celle de notre Condappa, à cette époque. Ils se croisaient régulièrement jusqu’à il y a quelques années au Pôle emploi, dans les bureaux de l’intérim et des services sociaux… etc.   Peu importe, ce jour-là, ce qui l’a fait s’interroger, c’est : comment, avec quel argent, a-t-il pu construire aussi grand ? Et, s’enquiert un autre Parisien qui s’est assis devant lui :

 – Comment il peut construire une maison pareille, je n’en crois pas mes yeux ! Pour autant que je sache, il n’a pas d’emploi fiable en France. Sa belle famille a-t-elle un moyen d’aider sa fille ? Ou bien notre ami a-t-il gagné à la loterie ?

– Vous avez raison monsieur, c’est ce qu’on peut dire. Il a gagné à la loterie, ce qui signifie qu’il reçoit une pension d’invalidité et ne devra plus faire le dur labeur.

– De quoi parlez-vous, monsieur ? À voir notre ami dans cette forme, personne ne croira qu’il soit handicapé. 

– Ne parlez pas fort ! Il n’y a pas de mal à cela. Pas seulement notre ami, mais de nombreux hommes et femmes de tous les horizons profitent de cette bénédiction de l’État. Moi aussi, je viens de faire une demande.

– Comment cela est-il possible ? Les médecins peuvent-ils soutenir une telle démarche ? En outre, cela exige des preuves telles que des examens médicaux, des radiographies, etc. non.

– Qu’est-ce qui vous inquiète ? Allez voir votre médecin, dites-lui que vous avez mal partout. Laissez-le faire autant d’examens qu’il veut, mais maintenez vos plaintes jusqu’à ce qu’il retire son avis et approuve votre invalidité.

                      *                            *                            *

La réflexion, entamée à Pondichéry, s’est concrétisée au sixième mois de leur retour en France. Cette nuit-là, Mme Condappa récita : « Ô Vierge Immaculée, mère de miséricorde, consolatrice des affligés. Vous connaissez mes besoins, mes souffrances, daignez jeter sur moi un regard de faveur pour mon soulagement et ma consolation ».

Condappa compte désormais partie des milliers de Français qui bénéficient de cette aide gouvernementale accordée aux personnes handicapées. Ainsi, il parvient désormais de manière simple à gagner sa vie, et tout comme son camarade parisien, il a pu acheter une maison dans sa ville natale. Quelques jours plus tôt, un voisin lui disait qu’il recevrait encore plus s’il pouvait être accepté comme un invalide de 2e catégorie. Hélas, son médecin, non seulement de ne pas entendre ses doléances, mais aussi de mettre en péril les aides dont il bénéficie actuellement.

Avant de voir leur médecin, Condappa avait expliqué son intention à sa femme. La femme attendait donc avec impatience de connaître la suite de sa visite chez le médecin. À peine est-il entré à la maison, en colère et déçu, que l’épouse lui demandât nerveusement ce qui se passait avec le médecin. Il explosa de colère et dit :

– Je pense qu’il n’y a aucune raison de faire confiance à notre médecin. Cependant, j’ai un plan, chérie, et si tu m’aides à le faire, on aura ce qu’on veut. Voilà mon idée. Demain, tu sortiras la voiture du garage. Et en faisant la marche arrière, tu me renverseras par accident. Est-ce que tu comprends ?

– Non, je ne peux pas, je crains que ce ne soit pas faisable, répondit immédiatement Mme Condappa.

Cette nuit-là, il dut rester debout toute la nuit, à convaincre sa femme et à accepter son plan.

                      *                            *                            *                           

Ainsi, le lendemain matin, Mme Condappa était assise à la place du conducteur, priant avec ferveur Notre-Dame de Lourdes. « N’aie pas peur, il ne se passera rien, prends la voiture avec audace ! » l’encourage le mari. Après une énième prière, Mme Condappa s’est mise au volant et a enfoncé l’accélérateur, et le véhicule a heurté le mari plus fort que prévu.

Lorsqu’il s’est réveillé, il était dans un lit d’hôpital, entouré de personnel soignant. Un peu plus loin, il pouvait voir sa famille. Les enfants étaient à côté de leur mère, avec des larmes dans les yeux. Sur son torse, il y avait les mains d’un médecin. Pour rassurer la victime et sa famille, ce dernier a déclaré : il ne faut pas s’inquiéter, sauf pour la colonne vertébrale et les jambes, qui ont besoin de soins pendant un certain temps. ». Notre homme pour comprendre si ce qu’il disait était vrai a essayé de secouer sa jambe en se redressant. Ce petit jeu lui a toutefois procuré une douleur insupportable et l’a fait hurler. « Que s’est-il passé ? » Différentes voix se sont fait entendre en même temps. « Soyez plus prudent, ne bougez pas beaucoup, en attendant les interventions chirurgicales ainsi que les thérapies nécessaires. ». Le médecin, qui parlait de manière consolante, se retira comme si son devoir était accompli. Les autres l’ont suivi. Seuls sa femme et ses enfants étaient là, près de son lit.

– Ne t’inquiète pas, chérie ! Le plan a bien fonctionné. Nous avons gagné le loto, oui, on pourrait dire ça. J’obtiendrai une invalidité de catégorie 2, le prochain versement de l’État sera doublé, j’en suis sûr. Bien qu’il ait mal au dos, Condappa se réjouissait de partager sa grande fierté avec sa femme.

– Si tu ne comprends pas ce qui t’est arrivé, quel idiot tu fais ? Le sort t’a confiné dans une galère. À partir de maintenant, tu ne pourras plus te déplacer autrement qu’en fauteuil roulant. C’est ça, j’en ai assez ! Tant mal que bien. Ce n’est pas moi qui vais pousser ton fauteuil roulant, tu comprends ?

– Écoute mon chéri, ce n’est pas le moment de parler de tout ça, où tu vas, attends ! on va trouver une solution.

    Alors que Mme Condappa est déjà partie avec les enfants sans vouloir ne rien entendre.

————————————————–

Art Abstrait et M. Benît DEQUE

Par défaut

– Krishna NAGARATHINAM

         

En général, l’art est la volonté de l’artiste de transmettre au public la perception de ses sens et la compréhension de son esprit. En fait, il transforme ses perceptions, des expériences inhabituelles de son esprit en forme d’art dans son atelier d’intelligence divine et cultivée. C’est là que son grand esprit le conduit à pétrifier ses investigations, ses études, ses impressions en peignant, en dessinant, en écrivant, en sculptant tout en combinant la connaissance et l’esthétique avec finesse, afin de faire ressentir aux autres le maximum d’intuition et de compréhension de la sienne.

Comprenons une chose, fondamentalement, un artiste communique au monde extérieur à travers ses œuvres, un sentiment qui réchauffe son cœur et apaise l’effervescence de son corps dans un esprit de partage. Malheureusement, contrairement à la nature, en dehors de leurs actes physiologiques de fécondation, dans la forêt humaine, nous avons très peu d’esprits humains qui partagent le plaisir de fleurir et de donner des fruits. Ajoutons à cela que seuls quelques écureuils ou perroquets qui les croisent sur leur chemin peuvent profiter de ces dons, tandis que ceux qui dévient et choisissent d’autres chemins n’auront pas l’occasion de goûter. Qu’il s’agisse d’un fruit ou d’un art, il n’attend que son propre admirateur, une fois sorti.

L’écrivaine française Marguerite Yourcenar est l’auteur du célèbre roman « Mémoires d’Hadrien ». Dans une interview, elle dit que « Je ne m’attendais pas à ce que dix personnes lisent ce livre. Je ne m’attends jamais à ce qu’on lise mes livres, pour la simple raison que je n’ai pas l’impression de m’occuper de choses qui intéressent beaucoup la plupart des gens. (YO, p. 165). »

Je pense que, contrairement aux autres artistes, l’artiste abstrait est celui qui ne se contente pas de l’apparence, ou de l’aspect extérieur. Certes, il pétrifie, par son grand esprit, encouragé dans sa démarche par l’émotion et l’intuition, les formes plus ou moins justes ou en d’autres termes il expose au monde extérieur un être, avec toutes ses perfections et ses défauts, ce qui manque généralement aux autres arts. C’est pourquoi je pense que les artistes abstraits sont atypiques et différents et qu’ils sont pour moi les chasseurs ou les jurys de vérités. Benoît DECQUE est un tel artiste, je l’ai rencontré récemment. Voici une interview de lui.

——————————————————————————————-

1 Bonjour, monsieur, je vous contacte au nom d’un blog intitulé Chassé-croisé France-Inde, créé il y a quelques années dans le but de partager nos deux cultures.   Veuillez vous présenter, nous donner une brève biographie, et expliquer pourquoi vous avez choisi d’être un artiste

• Originaire de Strasbourg, je suis né le 9 août 1951, je réside et travaille toujours dans cette ville. De formation scientifique, je me suis rapidement tourné vers l’architecture et j’ai obtenu mon diplôme en 1976. A partir de 1982, j’ai exercé une double activité d’artiste et d’enseignant à la Haute Ecole des Arts du Rhin à Strasbourg. En 2008, j’ai reçu le prix du Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines de Strasbourg. Aujourd’hui, je me concentre principalement sur la peinture.

2. Pour être honnête, ma connaissance de l’art contemporain est plutôt modeste, et pourtant c’est votre travail qui me conduit à l’art abstrait. Si j’ai raison, veuillez m’expliquer pourquoi vous avez choisi l’art abstrait et pas d’autres.

• Mon travail est multi facettes : Peintures, mais aussi dessins de grand format, installations murales, urbaines ou… paysagères, quelques performances et de multiples curiosités, telles sont les composantes d’une pratique croisée dans laquelle je m’exerce librement : autant de confrontations qui me permettent de construire un terrain aux enjeux pluriels où s’installent les fondements de ma démarche artistique.

3. Sur vos dessins, nous voyons également des collages avec des éléments tels que des formes, des supports et d’autres ressources regroupées. Comme les possibilités sont infinies avec ce type de conception, comment reconnaissez-vous exactement quand vous avez terminé ? Et que dites-vous à travers cela ?

Le travail que je fais en tant que peintre se situe délibérément entre l’abstraction et la figuration, une abstraction qui contient suffisamment d’indices pour permettre au « spectateur » de s’ouvrir à une multitude d’imaginations qui lui sont propres… un travail qui même une fois terminé donne envie d’aller plus loin et comme je le dis moi-même « Mon travail n’est jamais terminé, toujours une envie de le développer, de le reprendre, un travail toujours en cours… »

4. Et la plupart des dessins sont pleins de couleurs vives et de vie. Qu’est-ce qui vous inspire exactement pour créer des motifs aussi vivants ?

• Je travaille beaucoup les couleurs, elles s’affirment dans leurs harmonies autant que dans leurs oppositions… Elles s’entrechoquent, elles nient la règle et interviennent dans un désordre qui n’appartient qu’à elles… Le sujet ? Peu importe, il s’agit de peinture et tout le champ est encombré. Il s’agit d’une bataille !

5. Où trouvez-vous votre inspiration ?

• A travers mes pratiques croisées, mes préoccupations et recherches multiples et surtout grâce à ma curiosité tous azimuts, je construis jour après jour mon propre champ d’investigations que je qualifie de pluriel ; c’est dans cette pluralité que je trouve les bases de mon inspiration artistique.

6.  Quel message souhaitez-vous nous transmettre à travers vos œuvres ?

• Un message à transmettre à travers mers œuvres ? Ce n’est pas sûr qu’il y ait de message particulier dans mon travail… peut-être provoquer le plaisir de l’œil, simple plaisir rétinien… inviter à une certaine légèreté dans l’interprétation des choses – et peut-être du monde – mais toujours susciter une envie de liberté : peindre pour être libre !

————————————————————————–

Grognements nocturnes de la porte (Nouvelle)

Par défaut

                     

                                                     K.J. Ashokkumar

(KJ Ashokkumar est un jeune écrivain tamoul originaire de l’État du Tamil Nadu. En 2016, son premier recueil de nouvelles a été publié et récompensé comme le meilleur recueil de l’année par deux organisations littéraires. Un roman est sur le point d’être publié)

Grognements nocturnes de la porte

Le rêve qu’il fit à l’aube, alors qu’il somnolait, était semblable à la phase intense d’une relation sexuelle, et l’on pourrait aussi dire qu’il s’agissait d’une rêverie permanente d’un souvenir. Souvent, il se réveille avec les répercussions de tels rêves. Parfois, après s’être réveillé, il lui faut quelques minutes pour se rendre compte que ce n’était qu’un rêve. Alors, pour se débarrasser du choc qu’il a subi, il est obligé de le faire comme s’il avait autre chose à penser. Malgré cela, il n’arrive pas à s’en débarrasser et il le ressent jusqu’à ce qu’il se couche la nuit suivante.

Au matin, lorsque Koothaiyan se réveille, le visage qui était apparu dans son rêve lui semble très familier. En même temps, il est un peu confus, car ce n’est pas le visage de feu Vasuki, sa première femme. De plus, de telles suppositions le font se sentir agacé et frustré. De plus, ce visage était allongé et avait un grain de beauté sur la lèvre inférieure. Néanmoins, le corps nu avec des seins tressaillant et un vagin proéminent correspondait à celui de Vasuki. En s’approchant de la fille, il s’est rendu compte que ce n’était qu’un rêve, mais il ne pouvait pas s’en sortir. À ce moment-là, alors qu’il l’embrassait et atteignait l’orgasme, poussé par le vent, la porte de la cuisine a provoqué un cri strident, exactement comme celui de Vasuki au moment de son plaisir sexuel. Lorsque Bavani était à la maison, elle prenait soin de fermer la porte. Depuis qu’elle l’avait quitté et était retournée chez ses parents, il avait oublié de fermer la porte correctement. Ne pouvant tolérer le grincement de la porte, il s’est soudainement levé et a agité ses jambes comme pour s’échapper de cette situation intolérable.

C’est avec les mêmes souvenirs, accompagnés de fortes palpitations et maux de tête, qu’il se brossa les dents en regardant le canal qui coulait devant sa maison. Pour lui, cette eau qui avait été si pure durant son enfance était devenue un égout. Il jeta un caillou dans l’eau, qui fit plusieurs anneaux pendant un instant avant de disparaître dans l’eau. Puis ses yeux se tournèrent vers l’intérieur du toit de sa maison. Il y vit des toiles d’araignée, comme si l’on venait de le remarquer pour la première fois. Il aurait pu prendre le temps de les nettoyer, mais il ne le fit pas. Avec sa réticence habituelle, il a continué à se brosser les dents. Après avoir pris une douche, derrière la maison, il rentra chez lui et prit son petit déjeuner : du riz cuit à la veille mélange de l’eau, accompagnée d’un cornichon, tout en se demandant pourquoi l’idée de fermer la porte avec le loquet ne lui venait que dans la journée. Si Vasuki était là, elle lui servait son petit déjeuner avec une certaine amertume, mais il entendait les bruits de ses bracelets de bras et de cheville, comme elle était présente et se déplaçait dans la maison.

La chemise et le dhoti accrochés à un anneau fixé au mur avaient l’air sales. Une fois habillé, il a remarqué que les poches de la chemise et le dhoti à la hauteur des cuisses étaient également plus sales. Il s’agissait de taches huileuses provenant du travail du magasin qu’il tenait. Alors, faisant fi de tout comme toujours, il descendit de sa maison avec son vélo.

Au moment où Koothaiyan traversait le petit canal avec son vélo en passant par un tronc de cocotier, son ami Sellaya, qui se rendait quelque part, a hoché la tête avec un grand sourire, mais notre homme n’a pas accordé beaucoup d’importance au sourire de son ami. Bien sûr, ce dernier s’était moqué de lui, il le comprit, mais son indifférence à l’égard de l’attitude de son ami le surprit. Vasuki lui avait également souri de façon moqueuse à plusieurs reprises, mais heureusement une douce odeur de terre, émanant de son corps, l’avait poussé à faire preuve d’une certaine gentillesse. En fait, comme une sorte de contrat non écrit entre eux, si le moindre mépris surgit dans la famille, il se termina rapidement en extase.

         Le vélo a un peu souffert quand il s’est assis sur le siège du vélo. Ce vélo a été acheté par son père, alors que le fils n’était encore qu’un enfant. Après sa mort, c’est son fils qui s’en est emparé. Se laissant flotter dans les souvenirs et les rêves, il pédale sur son vélo en admirant la rue qui court au même rythme que lui dans la direction opposée. Il a l’impression que les couleurs s’estompent et sont prêtes à donner leur vie à tout moment en se séparant. La roue avant, légèrement tordue, oscillait comme si elle ne voulait pas porter son maître. Son magasin est situé dans une rue principale de la ville. Depuis la mort de son père, la boutique est ouverte tous les jours et son seul ami actuel est Manikam, un veuf qui possède un magasin de vélos à louer.


       Il s’agit d’une petite épicerie avec peu de lumière pour identifier le gérant et ses marchandises. Il cherche occasionnellement les marchandises dans une commune voisine un peu plus grande que la sienne. Il n’est donc pas nécessaire de parler de la clientèle, elle aussi vient de temps en temps. Un jour, un client était venu, il était peut-être pressé, il a demandé du curcuma. Notre vendeur, au lieu de servir le client, s’était égaré dans ses souvenirs, alors le client, qui avait du mal à attendre, est parti immédiatement, et cela suffit pour comprendre comment il tient son magasin.

Son corps commencera à se contracter s’il pense à Vasuki. Il est obsédé par l’idée qu’il n’a pas réussi à contrôler la douceur de son corps. Souvent, assis dans le noir, il s’interroge sur l’effondrement volontaire d’elle pendant leur coït et sur la vérité qui se cache derrière. À l’apogée de leur relation corporelle, il craignait de regarder dans les yeux de Vasuki, car ils ressemblaient aux yeux du fauve. À ce moment-là, même les mouvements de son corps lui semblaient être ceux d’une bête arrogante, et pourtant elle se fondait dans leur acte.

Il l’a épousée un jour de pluie dont on se souvient encore. Pour cela, il dut faire face aux moqueries de ses proches qui lui reprochaient d’avoir mangé du riz trempé pendant son enfance, comme le dit la légende locale. L’enthousiasme de sa mère l’a déconcerté ce jour-là. Peu après la naissance de son fils, elle était devenue sourde et s’était retirée du monde de la gaieté, qu’elle couvrait d’un silence permanent. Il était amusant de la voir, rompant avec son univers habituel, s’enthousiasmer pour le mariage de son fils. Il remarquait aussi que le bel esprit qu’il avait trouvé chez sa mère pendant son mariage se perdait peu à peu et finissait par se transformer en mépris pour Vasuki. Il y avait d’autres raisons à cela. Elle comprit que le comportement agité de sa belle fille dans la maison était dû à sa relation sexuelle malheureuse avec son fils. Mais ce dernier faisait tous les coups contre Vasuki, pour l’humilier. Il n’était pas prêt à accepter son incapacité dans cette affaire, d’ailleurs, plus elle se l’éloignait, plus il allait vers elle, et son attitude la poussait à le détester encore plus.

Ce n’est qu’alors qu’il s’est rendu compte qu’un écolier se tenait devant lui. Le ton, qui soulignait « Frère, donne-moi de l’encre », a peut-être été entendu une deuxième ou troisième fois. Après le départ du garçon, ses pensées se sont remises à vagabonder. Il s’est assis sur son trépied préféré et a commencé à regarder le mur opposé.

Il est impossible de ne pas ricaner chaque fois qu’il pense à Sivaguru, qui vit tout près de chez lui. On a dit que le langage corporel excessif de ce dernier, son rire et son discours fort étaient des facteurs d’attraction des femmes, mais il ne l’a jamais cru, maintenant il y croit. Désormais, s’il lui arrive de croiser Sivaguru, ses yeux se baissent à nouveau et il fait inconsciemment semblant de se concentrer sur autre chose. Lorsque sa mère lui a étrangement raconté son choc en apprenant la vie extraconjugale de sa femme, il était plus inquiet de l’état d’esprit de sa mère que de lui-même.

Le jour où elle a été prise en flagrant délit, elle avait quitté leur maison. Pour la première fois, il vit des larmes dans les yeux de sa mère. Quand elle lui a dit : « Tu n’as pas besoin de cette fille », c’était dur à encaisser. Elle ne vivait, après avoir perdu son mari dans sa jeunesse, que pour son fils et ses héritiers, pour qu’il puisse la comprendre. 

Le lendemain, Vasuki avala du poison, se roula pendant quelques minutes dans le couloir, puis se donna la mort. Ni lui ni sa mère ne s’y attendaient. La mort sera-t-elle capable de nettoyer tous les dégâts ? Les ruses de Vasuki pour cacher la vérité ou les mensonges n’ont donné que des calomnies à la famille. Comme des fourmis s’approchant de bonbons, la maison entière était remplie de gens et l’on voyait des têtes humaines partout. La mère et le fils étaient incapables de répondre aux questions des proches. Vasuki semblait dormir avec les yeux mi-clos alors qu’elle était morte. Il la fixait, s’attendant à ce qu’elle se réveille à tout moment, alors que le corps gisait dans le couloir. Le poids de la perte de Vasuki a pesé sur son esprit pendant un long moment. Au-delà de ce qu’elle était vraiment, il se sentait en quelque sorte coupable de sa mort. Tout comme sa mère, il avait l’impression que la série de ses silences avait commencé à partir de là.

Comme d’habitude, il a allumé son magasin tard après s’être rendu compte que la nuit est tombée et que les lumières des autres magasins sont allumées. Il a repensé à sa maison. Sa présence solitaire lui rappela sa maison, en particulier le fait que la porte de la cuisine réclama son attention. Il essaie de comprendre pourquoi elle lui semble si proche de son cœur et pourtant si méprisable. À plusieurs reprises, la porte lui a parlé intimement et parfois elle l’a regardé sans le moindre signe. Chaque jour, il envisage de fermer la porte pour ne pas l’entendre rouspéter, mais il ne comprend pas pourquoi il oublie toujours.

Deux ans plus tard, il s’est remarié sur l’insistance de sa mère. Elle ressemblait à un poussin quand elle est venue chez eux. La pauvreté de sa famille l’a poussée à accepter un veuf comme mari.   Lorsqu’il l’a touchée pour la première fois, ses jambes, ses mains et sa poitrine ressemblaient plus à un corps d’enfant qu’à celui d’une femme, et il avait souvent l’impression d’approcher une fille malade.

La mère lui a demandé de sortir avec sa nouvelle femme. Selon elle, ce genre de pratique permettrait de rapprocher le couple et d’apaiser les ragots. Mais malheureusement, la mère, qui était sa sage conseillère pour une vie de couple harmonieuse, est décédée avec diverses douleurs physiques et mentales avant que toute réciprocité ou attente ne puisse être satisfaite.

         Cette nouvelle femme, en peu de temps, commença à se quereller avec sa belle-mère et prit l’habitude de se rendre chez ses parents après chaque incident. Lui-même, pendant sa pause déjeuner, se rendait à vélo chez ses beaux-parents pour la chercher après avoir réussi à la ramener au calme. Mais elle ne s’est jamais disputée avec son mari du vivant de sa belle-mère. Mais hélas, il arriva un jour, quelques jours après la mort de sa mère, par suite d’une dispute avec lui, qu’elle se rendit chez ses parents.

Le soir, dès qu’il entre dans sa maison, il doit préparer son dîner : du riz avec de la sauce, presque de la même manière que sa nouvelle femme, cependant, en cuisinant, elle a pu lui épargner un surcroît de fatigue. Le vent froid et la pluie rendaient les choses encore plus difficiles. Il prit la lampe et l’alluma dans l’obscurité familière. La lampe à huile l’aida à voir le canal vacillant et s’écoulant lentement. Il est presque dix heures du soir et il n’y a personne dans la rue.

Ce qu’il ne comprend pas, c’est la peur qui le recouvre depuis quelque temps, comme une grande vague, à tel point que même le gommier rouge qui est en face de sa maison lui apparaît avec la langue sortie, les bras tendus, une jambe levée et les cheveux lâchés comme un esprit maléfique et lui fait avoir la phobie de sa vie.

Parfois, dans ses rêves, il marche longuement en suivant un chemin bordé de buissons, imaginant des incidents plus graves, comme qu’un chat brun se jette sur lui à un endroit inattendu. Il se réveille alors en sueur, tourmenté par des cauchemars. Depuis son second mariage, il fait ce genre de cauchemars, mais le miaulement qu’il entend à la fin ressemble plutôt au grognement de sa première femme, Vasuki. Ce qui est encore plus étonnant, tout en étant libéré de la peur, il est surpris de voir un chat près de la porte.

Le vent léger et froid secoue les feuilles et lui montre la présence de ce grand arbre. Les stries lumineuses de ses bords lui rappellent de la cornée de l’œil de sa seconde femme. Le fait de penser à elle entraîne le jeune homme dans l’obscurité comme un poisson s’immerge dans l’eau sombre du fond. Au bout d’un moment, il se rend compte que ses jambes tremblent. Il ressent également une forte pression sur sa poitrine et craint qu’elle ne se brise à tout moment. « Ce sont des épreuves que je n’ai jamais eues auparavant, assez pour faire rire Sivaguru », pensa-t-il.

Contrairement à sa première femme, c’est lui qui détestait la seconde. Il se souvient du visage de cette dernière le jour où elle a appris son mécontentement à son égard, et alors toutes ses craintes ont commencé à proliférer. Cependant, la nouvelle ne lui a jamais fait des reproches, mais elle obéissait à ce qu’il disait.

Le soir, après le dîner, il voulait dégager la porte qui faisait un bruit rappelant les grognements de Vasuki. Quand la seconde était avec lui, elle a pu empêcher ce désagrément, et c’est un mystère incompréhensible pour lui.   Les mots de sa mère qui l’a souvent servi jusqu’à sa mort « Susamama Iruntukkoda » (ne sois pas naïf !) qui lui vient à l’esprit lui donnent la nausée.

         Avec un peu de tristesse, la porte se détacha avec son habituel grognement haineux. Il eut l’étrange sensation d’être allégé après la décharge d’un important volume de son corps. Cette nuit-là, après plusieurs mois, il a pu trouver un sommeil profond. Le lendemain matin, devant le miroir, un sourire apparut sur son visage et il déambula un moment en se regardant dans le miroir. Il quitta la maison et prit un bain dans le réservoir où il s’était baigné lorsqu’il était enfant. Se réjouissant de ce moment, il y nagea pendant quelques minutes. À son retour, après avoir remis la porte à sa place, vêtu comme un marié, il se rendit à sa boutique avec une joie sans précédent.

—————————————————————————————  

                              – Traduis du tamoul par Krishna NAGARATHINAM

Quelle est ta première impression sur notre ville ?

Par défaut

Extrait du roman « Je vis dans le passé » de Krishna NAGARATHINAM

— Quelle est ta première impression sur notre ville ? m’interrogea Madhavan. 

Nous étions assis côte à côte sur un banc devant la mer bleue, sous le soleil doux et à l’abri de nos regards allant de l’un à l’autre. Les vagues battaient en cadence les rochers noirs posés contre l’érosion de l’eau, en contrebas ; chaque fois que les embruns fouettaient nos visages, nous tentions de saisir la main de l’autre comme si nous cherchions du réconfort, sans le vouloir. Un peu plus loin de nous, quelques personnes jouaient avec les vagues comme des enfants, en trempant leurs pieds. La mer représentait une aubaine pour les citadins, mais ce n’était pas le cas à Pondichéry. En effet, je ne cessais d’être étonnée depuis que j’avais appris que les Pondichériens se dispensaient de baignade sur la plage sauf pour une raison religieuse ou professionnelle.

— Quelle est ta première impression sur notre ville ?

Après quelques secondes de réflexion, j’ouvris de grands yeux et commençai à parler sur un ton différent :

— Écoute ! D’après moi, il y a deux Pondichéry. Celui de l’est et celui de l’ouest. Tout ce que j’ai visité avec toi, l’ashram, les anciens édifices peints en gris et blanc, les monuments, les rues calmes, les maisons coloniales, sauf le temple… En bref, cette partie est de la ville pour moi n’est rien d’autre que l’héritage de la colonisation, que des corps sans âme. En revanche la partie ouest, avec sa gare routière, ses quartiers populaires, ses rues bruyantes, ses marchands, ses crieurs de légumes et de fruits que j’ai eu l’occasion de voir ce matin avant d’arriver chez toi, m’ont plu davantage ; ils étaient aussi beaux que votre famille. Donc je n’ai aucune raison de ne pas préférer la partie ouest de Pondichéry à celle de l’est. Tu dois comprendre que les personnes que l’on aime et les objets que l’on préfère sont toujours les meilleurs. Tu peux aimer Pondichéry, comme j’aime Paris ou Jessica, Pasadena. Tu peux alors me demander pourquoi voyage-t-on ? On voyage parce que nous n’arrivons pas à trouver tout ce qu’il nous faut chez nous ; il faut sortir, on doit chercher ailleurs ou bien, quand l’on en a marre de notre vie monotone, un ailleurs cligne des yeux et nous invite à venir le découvrir chez lui. Mira Alfassa est venue à la recherche d’Aurobindo car sa présence physique était introuvable à Paris. Pour elle, si Pondichéry était beau, c’est parce que c’était là que son futur ami spirituel se trouvait. C’est pareil pour moi, l’endroit où je retrouve les choses que je cherche est toujours magnifique.

Edilivre
Le Cargo
157 boulevard Macdonald
75019 Paris
Téléphone: 01 41 62 14 40
Email: client@edilivre.com

https://www.eyrolles.com/Loisirs/Livre/je-vis-dans-le-passe-9782414525416/

Au jardin de Pascal Krapp

Par défaut

                            

                                                                     Krishna Nagarathinam

          Les poésies sont des bourgeons qui s’épanouissent devant ceux qui s’approchent pour en recueillir le parfum. Elles ne sont rien pour les êtres qui ignorent la présence des autres : les vivants encadrés par la terre et le ciel dans le décor de la nature. En transformant le passé en présent, ils tentent de rendre la vie éternelle pour nourrir le monde qui souffre d’incompréhension. En fait, elles constituent le souffle d’un moment précis, transmis à ceux qui cherchent à comprendre non seulement la perspective, mais aussi la rétrospective de la vie et de ses visages drôles, multiples, complexes, inouïs et incompréhensibles.

          Le monde, la nature, les humains, en général toutes les créatures ont beaucoup de choses à dire aux autres. Dans un univers animé, chaque voix est importante. Et personne n’est censé ignorer en particulier les voix qui se font entendre à l’appui de la vie humaine. Les récits, quelle que soit leur forme, nous prennent en main et nous montrent une image de la vie que nous avons ignorée en passant.

          Le poète Pascal, que je viens de connaître à travers ses sublimes vers grâce à mon ami Xavier, nous fascine beaucoup. Des moments de sa vie avec des paroles justes et belles nous emmènent dans un monde fait d’amour et de douleur. Et j’ai l’impression de me promener dans un conte de fées, chaque fois que je lis ses jolis vers.

          Dans le présent article, j’ai choisi quelques poèmes de Pascal, résultats obtenus à la suite de mes coups à la porte de son recueil « L’Adopté du père » pour qu’il vous soit ouvert, poète, pour vous le faire découvrir.

                               Ma destinée

                    À l’aube se lève une question

                    Au crépuscule se couche une réponse

                    De ta première seconde dans la lumière

                    Laisse — toi aller sur les chemins

                    Là où tu trouveras ton destin

                    Et tu y estomperas tous tes souvenirs d’hier.

          Le destin « est le premier poème de ce recueil qui m’a accueilli de manière à faire comprendre ce que nous pourrions éventuellement découvrir un peu plus loin chez le poète. Le mot “Destinée” signifie à la fois le destin et l’avenir que nous connaissons. Notre poète évoque la naissance et la mort de la vie humaine en citant l’aube et le crépuscule d’un jour. Il est vrai que le jour — par sa nature est comparable d’ailleurs à celui de notre vie : le début, le déroulement, la fin… s’élève sans doute avec une question, à laquelle on est libre de répondre, cependant la justesse et la faculté de raisonnement qu’on lui accorde écrivent le destin de chacun.   

          Le poème “Rose” illustre la beauté de l’amour et laisse parler un cœur émouvant et palpitant.   À l’aide d’un pinceau trempé dans une langue élégante, le poète applique méticuleusement du fard sur les joues de son poème.

“……

Lorsque tu es bleu,

Je me souviens de la vie à deux

J’avais voulu te peindre

Pour ne pas me plaindre,

De ce monde qui se fane

Et voulant taire à jamais mon âme.

                                       (La Rose) 

          Et voici le troisième qui a retenu mon attention dans ce recueil. En fait, je ne vois pas le titre attribué par l’auteur à ce poème qui partage l’amour profond d’un enfant envers son père qui a été dissipé dans le passé.

          ‘Papa, je ne t’ai jamais vu, et cela dès le commencement,

          mis à part quand je me regarde dans un miroir

          À cet instant, je veux être pour toi rempli d’espoir

          Papa je ne sais si tu es encore vivant,

          Si n’est dans les souvenirs de maman.

Les larmes sont nécessaires pour comprendre la douleur qui nous saisit.

          Le plus souvent, nous sommes pris dans le piège habilement tendu par le poète pour que nous puissions ressentir la douleur d’un vide survenu dans notre vie. À la tombée de la nuit, après un long voyage, rude, mystérieux, fleuri, épineux, nous essayons de nous reposer. Nul ne sait ce qui nous attend à l’aube du jour suivant. C’est Dieu seul qui le sait, pense l’auteur. Il s’agit de son choix, de sa liberté, c’est le secret de la vie humaine, nous devons le comprendre.

          ‘C’est Ta Main qui sur moi se pose

          Avant même que mon corps n’éclose

          Ce sont tes yeux qui sur mon visage se posent

          Avant même qu’un premier mot je n’ose.

                                       (Ta main, tes yeux…)

          Au jardin de Pascal Krapp, on trouvera tout ce qu’il nous faut pour alimenter notre réflexion. Rien n’échappe à ses grands yeux attentifs, à son cœur trop sensible, à ses empreintes sur la vie.

          Les poèmes que j’ai cités ne sont que quelques exemples pour apprécier sa qualité créative. Dans ce recueil, Rouge Colère, Maman, Vie, etc. tous aussi belles les unes que les autres. Comme chacun de nous, ce poète peut aussi avoir des défauts, mais dans le monde où nous vivons, ce ne sont pas des tigres, mais des cerfs qui flanchent. Le poète dit que ses poèmes sont un mélange d’anecdotes de sa vie. Certes, il nous y présente son père, sa mère, son frère, l’amour, la douleur, la blessure, la miséricorde, enfin son Dieu bien aimé.

——————————————————

Corona Chat (Nouvelles )

Par défaut

Corona chat est un recueil de nouvelles en français de Krishna Nagarathinam, récemment paru.
Originaire d’Inde et vivant en France, l’auteur nous fait partager des sentiments étranges et mystérieux nourris par ses errances quotidiennes dans notre monde actuel. Tout comme vous et beaucoup d’autres, lui aussi est possédé par un regard ou un dispositif bien à lui permettant de comprendre l’autre. Si même ces nouvelles nous amènent à faire des efforts pour comprendre l’auteur et par lui nous tous.

Editions Edilivre – APARIS
Le Cargo
157 boulevard Macdonald
75019 Paris

Tél : 01 41 62 14 40
Fax : 01 41 62 14 50

Bavâni, l’avatar de Mata-Hari

Par défaut

L’extrait du roman ‘Bavani, l’avatar de Mata-Hari’ lu, lors d’une manifestation sur ‘la découverte de la littérature tamoule de l’Inde’, à Châteaudun du 25 au 30 mai, organisée par l’Association ‘Tu connais la nouvelle?’.

Bavâni se rappelait souvent les vers du poète Barathi : «Tout est bien venant du ciel : la pluie, l’éclair, le tonnerre, la mer et la forêt. » Tous les aspects de la pluie lui plaisaient : fureur, quiétude, rebond, compassion, valeur, cruauté, charisme, malice, désir, physique, esprit, mesure, démesure… en somme la personnalité transcendante de celle-ci : de ses perles poussées à la limite des toits de chaume, de sa course sur la pente des feuilles à court terme, de ses retrouvailles avec ses origines, la mer, la terre. La pluie déclenchait, sur son corps et sur l’âme, des frissons dont elle s’était délectée déjà. Enfant, elle s’était amusée à faire flotter des bateaux en papier ; adolescente, en serrant bien sa jupe, elle sautillait joyeusement dans l’eau pluviale et, tout en craignant les foudres de sa grand-mère, elle savourait les délices qu’elle lui offrait en tombant sur son visage, en glissant dans son dos, sur sa poitrine. Elle en avait pris froid et s’était fait soigner par la vieille femme. N’empêche ! Elle préférait marcher sous la pluie ! Mais elle, qui accueillait avec joie le déchaînement des averses, rechignait aujourd’hui devant le déferlement de sa sensualité à l’égard de son ami, car elle savait que même ceux et celles qui s’y connaissaient s’y prenaient mal.

Dans la région de Pondichéry, il fait un temps exceptionnellement beau avant et après la saison des pluies. Les mois d’aïpasi et de kartikaï (octobre et novembre) pour le père de Bavâni, étaient les meilleurs de l’année. Il se tenait en extase devant le ciel qui accueillait les nuages pluvieux, comme s’il avait découvert une trouvaille inouïe. Son cœur et son corps en ressentaient les effets qui se transmettaient parfois à sa fille. Il préférait se présenter le buste nu : « Regarde ! Regarde ! C’est un spectacle unique, mais sans lendemain », disait-il à sa fille. Plus d’une fois, elle en sentait le frisson qui se répandait sur tout le corps. « La pluie est un être supérieur, disait-il, un objet de culte, le tremplin des rêves ». Il se mettait ensuite à contempler l’horizon où le soleil fatigué, assiégé par des nuages, se débarrassait de ses attaquants avec l’aide du vent. Quand d’autres nuages le prenaient d’assaut, il se résignait à la méditation que le mouvement onduleux des vagues s’acharnait à troubler. Mais en se sentant envahie par la senteur salée de l’air marin, la fille disait à son père :

– Papa, peut-on rentrer ?

– Il faut s’accoutumer à la pluie, répondait le père. Ni le froid de la neige, ni la fureur du vent, ni le soleil ardent n’ont une telle majesté ! Seules l’eau et la pluie, sa source, ont la capacité de niveler les hauts et les bas de la vie. C’est la pluie qui est la source de notre naissance et de notre vie ; même si je suis dépourvu de nourriture, je survivrai en consommant l’eau de la pluie comme l’oiseau mythique sakravaka. La pluie est, pour moi, une panacée.

Mlle Tamari

Le père, qui admirait tant la pluie, avait peut-être choisi un jour de pluie pour quitter ce monde. Des images se déroulaient devant ses yeux : le père qui descend dans la mer, elle qui crie au bord de l’eau, le corps du père ramené à la maison où on l’a étendu sur le perron, le ventre boursouflé, les yeux tout rouges, le nez pris d’assaut par les mouches, le corps, enfin, transporté vers le champ de la crémation, les gens qui apportent des quantités supplémentaires de pétrole pour brûler le corps… Si seulement on pouvait dissoudre le corps dans la pluie !

Elle sortit de sa chambre. Son regard embrassait la vaste étendue de terre vers le Sud, plantée d’arbres qu’elle ne distinguait pas clairement. Sur le bord de la rivière d’Ariankuppam, se dressaient des cocotiers, des manguiers, des jacquiers. Une foule de grues blanches planait au-dessus de ces arbres, puis un peu plus loin, on voyait un nuage gris. Tout à coup, quelques merles venus de nulle part s’envolèrent, les arbres détournèrent la tête devant le vent. Le vent était si frais qu’elle se décida à rentrer. Quelques secondes plus tard, elle se retrouva dans la cour intérieure de la maison ; tout en s’appuyant contre un pilier, elle leva sa tête vers le ciel et, pour répondre à son attente, des gouttes commencèrent à tomber.

Depuis quelques années, la liste des choses préférées de Bavâni contenait, entre autres, l’air, le feu, la terre et le ciel. Cela était peut-être dû à la pluie. Si son père était encore en vie, il lui aurait tout expliqué. C’est grâce à lui qu’elle avait appris à oublier tout ce qu’elle n’aimait pas et à s’enraciner dans le ciel, à étendre les branches au fond de la terre, à boire l’air, à respirer l’eau, à se tremper les doigts dans le feu. En fait, elle savait qu’elle n’était pas comme les autres, mais le dilemme en elle, c’était son impossibilité à être comme elle le souhaitait.

  • Tu t’amuses sous la pluie à longueur de journée et puis, la nuit, tu tousses. Si tu tombes malade, je ne saurai pas quoi faire à mon âge, disait la grand-mère.

Bavâni en avait marre (assez) d’entendre la même litanie depuis toujours.

  • Pâti, ne recommence pas !
  • Mais si ! Si tu tombes malade, où trouverai-je un médecin pour te soigner ?
  • Si tu n’arrêtes pas, un jour ou l’autre, je partirai sans rien dire.

Des larmes ruisselaient en cascade sur le visage buriné de la vieille femme.

  • Non, non, Pâti ! hurla-t-elle. Je ne te quitterai pas. Où veux-tu que j’aille sans toi ?

Elle serra la grand-mère contre elle, et laissa durer la situation afin que le corps mou de cette dernière, animé d’un souffle tiède, prît son temps pour s’assimiler au sien. Elle essuya les larmes de l’aïeule. Au dehors, la pluie tombait en averse. Le tonnerre grondait. L’eau coulait abondamment dans la rue. Elle faisait des bulles qui s’éloignaient les unes des autres en crevant.

« Laquelle de ces bulles suis-je ? Et laquelle est la grand-mère ? D’après la loi de la création, moi, je suis celle qui se forme et la grand-mère est celle qui crève. Celles qui se sont déjà éloignées représentent peut-être papa et maman. La vie est-elle un éloignement constant ? Comment pourrais-je m’éloigner de cette maison et de ma grand-mère ? »

***

Bavâni, l’avatar de Mata-Hari (Roman)

de Krishna NAGARATHINAM

Editions Edilivre – APARIS
Le Cargo
157 boulevard Macdonald
75019 Paris

Tél : 01 41 62 14 40
Fax : 01 41 62 14 50

Je vis dans le passé – Krishna Nagarathinam

Par défaut

« Je vis dans le passé » est le nouveau roman de Krishna Nagarathinam, écrivain apprécié par les critiques indiens connus au Tamil Nadu, raconte le passé et le présent d’Auroville – une ville universelle où les hommes et les femmes de tous les pays peuvent vivre en paix et en harmonie progressive, au-delà de toutes les croyances, de toutes les politiques et de toutes les nationalités – à travers l’aventure inattendue d’une jeune parisienne nommée Mira. La jeune Mira, lassée de sa vie étourdissante, et d’une mère incompréhensive tente d’écrire son destin en s’installant à Auroville, la ville utopique rêvée par ses fondateurs. Elle ignorait que son parcours et celui de sa mère seraient identiques. Toute l’ironie de son histoire, non seulement son passé mais le passé de sa mère et de son amie américaine poursuit son présent.

V – La littérature de la diaspora tamoule

Par défaut

Récemment, la notion de migration a gagné en importance, surtout après l’émergence du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Aujourd’hui, dans la politique internationale, en termes économiques, dans la politique locale, dans les médias, elle est un sujet de débat. Il est endémique depuis le jour où les animaux et les humains sont apparus, et non pas aujourd’hui. Il faut marcher quand on a des jambes et bouger quand on ne peut pas avoir d’eau et de vie en s’enracinant comme un arbre au même endroit. Ainsi, par nature, l’homme est une créature migratoire. L’homme a commencé sa vie dans une grotte parce que la grotte était plus sûre pour lui que le plein air. Si l’homme n’avait pas commencé à émigrer alors, nous n’aurions pas acquis ce qui est aujourd’hui la littérature immigrante.

La distance que permettaient les pieds et l’esprit lorsqu’il fallait marcher, est aujourd’hui déterminée par les conditions économiques des personnes et les moyens de déplacement. Contrairement à l’époque où l’homme de l’âge de pierre migrait hier vers le « besoin fondamental » de la vie, l’homme contemporain émigre pour « un mode de vie sûr » qui est plus essentiel que le besoin fondamental. L’immigration vers de nouvelles terres pour des raisons politiques et économiques, laissant derrière elle le sol natal et la langue maternelle, est devenue la norme de la vie actuelle.

Dans les années passées, nous avons vu des Américains et des Australiens qui ont effacé l’identité des peuples indigènes de leurs colonies et ont commencé à vivre sur les terres appropriées. Puis nous voyons un autre type de population, partout dans le monde, qui s’est habituée à accepter le nouveau pays comme le sien et à s’éloigner progressivement de son origine, de sa culture et de sa langue avec une identité d’immigrant. Parmi eux, ceux qui s’intéressent à la littérature et à l’art expriment leurs expériences, leurs peines, leurs embarras et leurs joies d’une toute autre manière.

En général, aujourd’hui, les œuvres des écrivains sud-asiatiques sont plus que jamais disponibles dans les librairies occidentales. On trouve désormais dans les librairies européennes beaucoup de textes écrits par des Indiens et la diaspora indienne dans des langues occidentales, en particulier en anglais et en français. De nombreux ouvrages en langue tamoule : essais scientifiques et littéraires, poèmes, nouvelles et romans, proviennent de pays européens et des États-Unis, d’Australie, du Canada, des pays du Golfe, de Singapour, de Malaisie et d’autres pays où vivent les Tamouls et sont connus du monde littéraire tamoul.

La nomenclature du mot immigration dans un pays implique un mode de vie différent de celui des personnes nées dans le pays. C’est-à-dire que dans la vie des immigrés d’un pays, une réalité mentale mixte apparaît : le désir du pays de naissance, les désirs et les rêves nourris par le pays d’adoption, le sentiment de quelqu’un de trop dans le pays d’accueil, la dépression que subit le « Moi ».

Cet article a été écrit sur des écrivains expatriés comme S. Ponnuthurai, A.Muthulingam, Po. Karunakaramurthy, Shoba Shakthi, Melingi Muthan, qui ont émigré du Sri Lanka en raison de la guerre civile, ainsi que Kanchana Damodaran, un écrivain américain, et Nagaratnam Krishna, un écrivain parisien. Tous peuvent écrire des romans et des nouvelles en utilisant deux formats de prose littéraire. Cet article examine donc comment les écrivains qui traitent de deux formes littéraires très étroites – et cela aussi – façonnent un nouveau mode de vie avec cette dimension. (1)

S.Ponnuthurai, auteur de nombreux livres et a montré son talent d’écrivain alors qu’il était encore dans son pays natal. Certains peuvent se demander comment une telle œuvre a pu devenir une diaspora alors que lui-même est allé plus tard dans un autre pays pour écrire. Son livre « Mayini » peut nous aider à dissiper cette confusion. Malgré son style narratif simpliste, la fiction Mayini a adopté la technique narrative mondiale postmoderne d’aujourd’hui. C’est-à-dire que le roman établit sa technique narrative interne à partir de l’anxiété de son expatrié sans explorer et apprendre qu’une telle stratégie existe à l’extérieur. Le roman de Maini présente l’histoire des familles et des individus cingalais qui dirigent le Sri Lanka.

De même, A. Muthulingam, qui a déjà vécu au Sri Lanka en tant qu’écrivain tamoul, a reproduit son écriture par un roman intitulé « Un journal intime avec quelques vérités » comme une réplique de la diaspora. Ce roman n’est pas écrit comme les autres romans. Les quarante-six chapitres sont compilés comme quarante-six expériences. Quarante-six segments sont vécus par une seule personne (c’est-à-dire l’auteur lui-même ?). On y trouve deux types d’expériences, l’une est celle du narrateur et l’autre celle de l’auteur. Le texte comporte de nombreux genres avec des tons qui peuvent dépasser les expériences personnelles de l’auteur et le présenter comme quelqu’un d’autre.

          Les auteurs P. Karunakaran Murthy, Melinchi Muthan, Shiva Shakthi, etc. ont écrit les histoires liées au Sri Lanka où ils sont nés.

          Dans le récit de Karunakaramurthy,  » Ami perdu « , le narrateur, cherchait un ancien camarade de classe, nommé Balachandran. Comme il s’y attendait, cette retrouvaille lui a procuré un grand plaisir. Lorsque le narrateur vient d’Allemagne et repense à ses jours passés, Balachandran pose une question : « Qui êtes-vous ?

Le nom du récit de Melinci Muthan est « Une rivière, couverte de neige ». Le conteur qui voyage à l’étranger se demande pourquoi il devrait rentrer chez lui. Le narrateur raconte qu’il a eu l’impression d’errer dans un monde blanc sans problèmes lorsqu’il a vu la terre couverte de neige, en pensant à son village. Avec sa mère, une fois quand il était écolier, il a défriché toute leur terre et a attaché un morceau de tissu contenant du sel, béni par sa mère, sur la crête de leur maison. Lorsqu’ils ont appris l’arrivée des soldats près du temple de Siva, ils ont disparu. Il se souvient de tout. Enfin, l’histoire se termine par une réflexion du narrateur :  » Entre la vie de mon grand-père et la mienne, aucune différence, nous menons tous deux une vie de psychose « .

Laila, de l’écrivain Shobasakti, est également une œuvre réalisée en mémoire de la mère patrie. Avant de raconter l’histoire d’une jeune fille du mouvement de résistance, elle évoque la vie migratoire de son narrateur. Le narrateur vit à Paris avec des Africains, des Arabes, des gitans, etc. Ce sont des gens, selon l’auteur, que le président Nicolas Sarkozy souhaitait nettoyer. Il vit dans un immeuble de treize étages. Le narrateur voit un jour une femme avec un chien blanc dans l’ascenseur. Puis l’histoire se déroule, elle était auparavant dans un mouvement de libération. Dans toutes les histoires (Allemagne-Sri Lanka ; Canada-Sri Lanka ; France-Sri Lanka), les différents fils de la tension à double visage entre le corps (dans le pays d’exil) et la vie (au Sri Lanka) sont racontés. *

                                                                     Krishna Nagarathinam

—————————————————————————————

* Écrit à l’aide d’un article lu lors d’une conférence sur la littérature tamoule en 2015 par Tamijavan, auteur connu pour ces écrits postmodern

IV – Les quatre poétesses tamoules*

Par défaut

La présence des femmes-poètes en langue tamoule n’est pas un phénomène nouveau. Dès la période de Sangam (entre 1er et 4e siècle), les femmes de toutes classes confondues, en nombre égal aux hommes ont apporté à la langue tamoule une valeur inestimable, une beauté sublime à l’aide de leurs plumes. Aujourd’hui, elles sont plus nombreuses.

Malathi Maithri(1968) Née à Pondichery, est une des figures emblématique qui ont métamorphosé et secoué le monde de la poésie dès 1990. A son actif, elle présente un recueil d’essais et trois recueils de poèmes.

Celle qui assemble les cieux

A l’image du ciel qui emplit
La coquille vide
Après la naissance de l’oisillon
Ainsi le désir emplit
Tout.
Ma fille assemble
Des morceaux de ciel dispersés
Par le battement d’ailes
Des oiseaux migrateurs.
Comme un jeu mystérieux.
Le bleu colle à ses mains.

                       – Malathi Maithri

______________________________________

Salma(1968) : née au sud de Tamilnadu (Inde), est reconnue comme féministe et très appréciée à la fois pour ses poèmes et pour ses essais. Son travail combine un franc-parler rare sur les zones taboues de l’expérience des femmes tamoules traditionnelles avec un langage intense réprimé et la résonance métaphorique surprenante.

 La rouille du silence

Quand j’espère tes mots
Un lourd silence tombe
Et emplit l’espace
Tout entier.
Il est plus aisé
De croire au silence
Que de croire les mots
Bien que le silence aussi finisse par rouiller.

-Salma

___________________________________________

          Kutti Revathi ( 1974) : C’est le nom de plume du Dr S. Revathi. Poétesse tamoul de Chennai (Tamilnadu), Inde, elle est une des rares femmes qui se bat sans relâche pour son existence à travers ses vers révolutionnaires.Sa poésie cherche à évoluer une langue subversive, à explorer et à récupérer un royaume qui était longtemps aux mains des hommes.

Mon amour

Qu’il flotte dans l’eau
Comme une masse nuageuse ;
Vous ne pouvez déchiquetez l’eau.
Qu’il fleurisse comme un arbre
Poussant ses branches le long des courants des rivières.
Qu’il s’écoule pour toujours, qu’il ne soit jamais immobile.
Laissez le tenir dans ses flots de fiers chevaux au galop.
Que son œil, telle une grande croix perce le ciel.

– Kutti Revathy

__________________

        Sukirtharani est née au Tamilnadu. Elle enseigne dans un lycée du Tamilnadu et avant tout, une poétesse engagée de la langue tamoule. Elle a publié quatre recueils de poésie: Kaippatri Yen Kanavu Kel, Iravu Mirugam, Avalai Mozhi Peyarthal et Theendap Pataatha Muththam. Elle est lauréate du Prix Sundhara Ramasamy de Neithal Ilakkiya Amaippu, Nagercoil, Tamil Nadu.

Le soldat
Avec ces mêmes yeux
J’observe
Les arbres font de nouvelles feuilles, puis des fruits ;
L’été, les feuilles jaunes,
Les graines, les racines, les ombres,
champs de bataille et mort,
 tu as été tué
et tu retournes à la vie.

                        -Sukirtharani

TRADUITS  PAR MIREILLE SANTO

*Mireille Santo : C’est une femme de lettres indienne francophone.Née à Pondichéry, elle a eu son bac littéraire au lycée français de Pondichéry, sa licence de lettres modernes à Paris XIII. Depuis dix ans elle travaille comme gestionnaire administratif au Musée du Louvre, Paris. Passionnée de l’écriture, elle a écrit déjà plusieurs nouvelles sur l’Inde dont une qui a été primée par le CAP du ministère de la culture en 2008.

————————————————————————————————————-