Vingt ans après, Arundhati Roy fait un retour fracassant à la fiction ( Un article de Courrier International)

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rtxnji8_layout_compDepuis Le Dieu des petits riens, en 1997, elle n’avait publié que des essais. Tout juste paru en anglais, le deuxième roman de l’écrivaine et militante altermondialiste Arundhati Roy décrit un pays rongé par la misère et la violence. Et donne de l’urticaire aux fondamentalistes hindous.

 

La parution du nouveau roman d’Arundhati Roy, The Ministry of Utmost Happiness (“Le Ministère du bonheur extrême”, inédit en français), mardi 6 juin, ne passe pas inaperçue en Inde. Tous les journaux lui consacrent de longs articles. Il faut dire que l’auteure originaire de Shillong, capitale du Meghalaya, un petit État du nord-est de l’Inde collé au Bangladesh, “n’est pas tant une écrivaine qu’un fer de lance politique”, rappelleIndia Today.

 

Celle qui s’est fait connaître dans le monde entier, il y a vingt ans, avec son premier roman Le Dieu des petits riens (Gallimard, 1998) – un ouvrage écoulé à six millions d’exemplaires, immédiatement remarqué par The New York Times et récompensé par le Booker Prize, le prix le plus prestigieux pour la littérature anglo-saxonne – est pourtant régulièrement “tournée en ridicule” dans son propre pays. En cause : ses prises de position pacifistes, écologistes et altermondialistes. Dans un pays de plus en plus en proie au sectarisme politique et religieux, “on la traite de sympathisante terroriste, de communiste et de sécessionniste”, souligne India Today.

 

Signe de l’aversion qu’elle suscite, la parution de son deuxième roman (chez Penguin en Inde, Hamish Hamilton au Royaume-Uni et Knopf aux États-Unis) a valu à l’auteure un tweet menaçant (retiré depuis) d’un député du BJP [Parti du peuple indien], le parti nationaliste hindou au pouvoir : “Au lieu de lancer des pierres contre les Jeeps de l’armée”, a écrit Paresh Rawal, dans une allusion aux violentes manifestationsqui se déroulent depuis plusieurs semaines au Cachemire, “lapidez Arundhati Roy”.

 

Dans ce contexte pour le moins tendu, Open Magazine s’interroge : “Les gens de pouvoir sont habitués à être aimés ou détestés. Mais qu’en est-il des auteurs?” Face à ces attaques, Roy se comporte “comme le scarabée rhinocéros”, la créature “la plus résistante sur Terre”. Au cours des deux dernières décennies, observe le magazine Open, “elle n’a jamais abandonné aucun combat et ne s’est jamais dérobée devant l’ennemi”.

Un roman qui est aussi un “objet politique”

 

Il y a fort à parier que The Ministry of Utmost Happiness s’attirera “autant de génuflexions que de crachats, alors que l’ouvrage ne mérite ni les unes ni les autres”. Il ne sera sans doute “pas à la hauteur des attentes des fans” de l’écrivaine rebelle, tant celles-ci sont grandes. Mais il montre selon l’hebdomadaire (son journaliste a pu lire les épreuves avant sa parution) qu’Arundhati Roy incarne “une voix féroce et sans peur dans l’Inde d’aujourd’hui”.

 

Plaidoyer contre l’autorité et le pouvoir, ce livre est plus “un objet politique” qu’un véritable roman, affirme Open. Tel que le décrit The Guardian, il déploie une trame tentaculaire où l’on croise “une transexuelle de Delhi, un intouchable qui se fait passer pour un musulman, un insurgé au Cachemire, une membre de la rébellion maoïste du Bastar [un district de l’État du Chhattisgarh] et une femme révoltée qui kidnappe un bébé abandonné, pour ne citer que ces personnages”.

 

Autant d’histoires qui permettent à la romancière de traiter d’une impressionnante palette de sujets d’actualité, parmi lesquels l’intolérance qui traverse le sous-continent, l’opposition à un barrage sur le fleuve Narmada, les pogroms antimusulmans de 2002 au Gujarat [l’État d’origine du Premier ministre Narendra Modi] ou encore l’insurrection au Cachemire, le tout sur fond de montée du fondamentalisme hindou.

 

La force de la fiction

 

Dans une longue interview à Outlook, Arundhati Roy défend toutefois le caractère fictionnel de son livre, revendiquant le roman comme une arme politique :

 

“Au Cachemire par exemple, les reportages de journalistes ou les rapports sur les droits de l’homme ne disent pas vraiment la vérité sur ce qui se passe. Le roman est le seul moyen de dire, ou d’essayer de dire, ce que signifie vivre sous un régime militaire, ce que cela a comme impact sur l’esprit et les sentiments des gens.”

 

Et de conclure : “Un roman, c’est presque comme une prière. Il est composé de plusieurs couches qui ne sont pas destinées à être consommées, mais à dessiner un univers. The Ministry of Utmost Happiness devrait paraître en France, chez Gallimard, en 2018.

 

 

Merci à C.I.D.I.F

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Bavâni, l’avatar de Mata Hari

 La couverture

Chers amis,

 

C’est avec grand plaisir je partage la sortie de mon roman « Bavâni, l’avatar de Mata Hari.

 

Cordialement

Krishna Nagarathinam

 

 

Bavâni, l’avatar de Mata Hari

« Le roman de Krishna NAGARATHINAM décrit la longue quête identitaire vers l’épanouissement personnel de plusieurs figures féminines. Par-delà les frontières et les préjugés socio-culturelles, ses protagonistes imposent leur   personnalité riche et complexe. Situant à la fois son action dans la France contemporaine et celle du début du vingtième siècle, l’auteur brouille la chronologie historique pour réunir personnages réels et fictionnels. Le lecteur est tenu en haleine au fil d’une enquête sur la mort mystérieuse d’une jeune indienne originaire du Pondichéry, confondue avec la célèbre espionne Mata Hari. Sa fille part à la rencontre de ceux qui l’ont connue pour découvrir la vérité. A travers elle, c’est une part de l’histoire de l’émancipation féminine qui nous est racontée. »

 

Krishna NAGARATHINAM (1952)

Écrivain, traducteur indien vit à Strasbourg depuis 1985. Il a déjà écrit quatre romans, cinq recueils de nouvelles, un recueil de poèmes, et neuf recueils d’essais donc cinq sur la littérature française. Il est Aussi l’auteur de neuf traductions en tamoul(dont Bonjour tristesse de Françoise Sagan, le Procès-verbal  de Le Clèzio  et l’Homme révolté d’Albert Camus) et d’une traduction en français (De haute lutte, avec Dominique Vitalyos aux éditions Zulma). Ses romans ont connu le succès et reçu le prix littéraire de l’état du Tamilnadu, INDE

 Bavâni , l''avatar de Mata hari couverture Finale Editions Edilivre – PARIS
175 boulevard Anatole France
Bat A, 2e étage
93200 Saint Denis
Tél : 01 41 62 14 40 / Fax : 01 41 62 14 50

 

 

Le Théâtre Indianostrum de Pondichéry

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du 21 avril au 4 juin 2017

Nos amis du Théâtre Indianostrum, qui nous avaient si bien accueillis et hébergés à Pondichéry pour le début de nos répétitions d’Une chambre en Inde, présentent :

Trois spectacles en tamoul, sur-titré en français

Mises en scène de Koumarane Valavane
Musique de Jean-Jacques Lemêtre

Avec Charles Vinoth, Kalieswari Srinivasan, Mani Bharati, Radhika Prasidhha, Rency Philip, Ruchi Raveendran, Santhosh Kumar, Vasanth Selvam, Vetri Premkumar. Interprète musique Arjun Chandran

 

• Kunti Karna



du 21 au 30 avril, le vendredi à 20h, le samedi à 17h, le dimanche à 15h
Trouvant dans l’hypnotique rythme du rituel et la force vive du Kalaripayatt, antique art martial indien, le souffle même de l’épopée, cette création d’aujourd’hui, inspirée du grand mythe indien du Mahabharata, fouille les immémoriales questions de l’identité, de l’abandon et de l’orgueil. Inspirée de « Karna et Kunti » de Rabindranath Tagore et du « Mahabharata » de Jean-Claude Carrière.

 

• Terre de cendres



du 5 au 21 mai, le vendredi à 20h, le samedi à 17h, le dimanche à 15h
Dans la nuit des destinées humaines, deux mères, deux étoiles guident l’exode de ceux que la guerre sacrifie. L’une est la déesse Ellamma, mère de toutes les victimes. Elle apaise les morts ; l’autre est Flora, jadis lueur de rêve dans l’obscurité d’un camp de concentration, qui aide les vivants à résister. Poème intense, « Terre de cendres » est un voyage qui rappelle combien, aux heures les plus sombres, le théâtre maintient le cap : raconter et entendre.

 

• Karuppu



du 26 mai au 4 juin, le vendredi à 20h, le samedi à 17h, le dimanche à 15h
C’est sous la forme d’un théâtre dansé que nous faisons et défaisons les liens qui unissent Purusha (l’homme) et Prakriti (la femme), convoquant les mythiques et envoûtantes figures d’Iphigénie, d’Ophélie, de Clytemnestre, de Médée… et de Kali.

 

INFORMATIONS PRATIQUES


Durée des spectacles :
- Kunti karna : 1h20
- Terre de cendres : 3h (entracte inclus)
- Karuppu : 1h30
Réservations : 01 43 74 24 08, tous les jours de 11 à 18h || indianostrum.theatre@gmail.com || Fnac || Théâtre Online
Prix des places : Individuels : 18 € ou Tarif Intégrale Indianostrum : 13 € (par spectacle) || Collectivités, demandeurs d’emploi : 13 € || Scolaires et Etudiants – de 26 ans : 10 € ||

Jallikattu – Gérard JOSEPH

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Jallikattu« Un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines ».Marcus Garvey

Il y a 3 semaines que plus d’un million de Tamouls sont descendus dans la rue pour la défense de leur langue et de leur culture. L’interdiction de jallikattu par la Cour Suprême a soulevé une vague de protestations dans toute la région tamoule. Grâce aux réseaux sociaux, la mobilisation a remporté un immense succès. La manifestation en faveur de jallikattu a commencé à Allangânallûr,un village de l’extrême sud de l’Inde et a franchi tous les contients puisque la diaspora tamoule est omniprésente. Les Tamouls en transcendant toutes les barrières de la caste, de la  religion et des pays ont affiché leur unité pour soutenir le jallikattu,une pratique culturelle bimillénaire.

Jallikattu au stricto senso est « pièce de monnaie » et « attacher ». Au fait, le mot « salli » veut dire l’argent et « kattu »est littéralement,lier ou attacher. (par exemple le mot tamoul francisé catamaran (kattu + maram) signifie « attacher les bois ». Au cours des siècles et dû à une sanskritisation legère, le mot  salli est devenu jalli. (nous disons en tamoul : salli kâsuku kûda othavâthu qui signifie que c’est complètement inutile). Il s’agit d’un jeu qui consiste à récupérer les pièces attachées aux cornes des taureaux. La coutume d’attacher les pièces aux cornes de l’animal remonte à l’époque de Nayaks. Ce spectacle se passe normalement au lendemain de mâttu pongal (fête à laquelle les vaches et taureaux sont honorés) qui tombera vers mi-janvier. Dans la littérature classique tamoule, les noms de cette pratique ancestrale sont: yer thazuvuthal (embrasser le taureau), manju viratu (chasse au taureau), kolayeru thazhuvuthal(dompter le taureau qui risque de tuer) etc. Le terme jallikattu a fait son apparition un peu plus tard.

Un article journalistique imagine ainsi la genèse de ce sport :  » Lorsque les tribus pastorales déplaçaient avec leurs troupeaux, quelques bêtes égarées pouvaient dévoyer les autres et semer le chaos. Afin de les rattraper, les bergers étaient obligés de courir à toutes jambes pour les arrèter en saisissant par leur bosse et les ramener à leur troupeau. En général, les jeunes dynamiques avaient le devoir de rétablir l’ordre parmi les bêtes. La pluie des louanges tombait sur ces aventuriers et ils étaient récompensés pour leurs actes audacieux. Ainsi cette pratique avait évolué et s’etait métamorphosée en jeu au cours des siècles.

Probablement, on peut situer l’origine de ce sport au temps de la civilsation de l’Indus. Un des sceaux de cette civilisation datant de 4000 ans dépeint un taureau furieux qui terrasse un homme ou plusieurs dans l’air. Visiblement, le taureau sort vainqueur. La plupart des archéologues opinent qu’il s’agit d’un combat de taureau. Cette tablette se trouve au musée de New Delhi. Les spécialistes de la civilisation dravidienne affirment que le jallikattu doit être un réliquat de la civilisation indusienne.

La littérature tamoule classique souligne l’importance de ce sport. Kalithogai, un livre qui remonte au début de l’ère chrétienne donne des détails minutieux sur cette coutume. « Que le taureau est plus féroce qu’un éléphant en furie, ne lâche pas prise sur lui et les épaules de notre fille t’apporteront les drapeaux de la victoire « , chante le poète de Kalithogai. Un autre poème du même recueil donne un avertissement aux lâches : » Aucune des bergères n’étreignera un jeune berger même dans une autre naissance s’il n’a pas le courage d’embrasser un taureau ». Kalithogai situe Jallikattu uniquement dans le paysage de mullai. Aucun de quatre autres paysages soit marutham,pâlai,neithal et kurunchi n’est associé au jeu bovin. La partie mullaikali abonde en vers sur ce sport. Elle détaille l’espèce, la couleur et la fureur du taureau. Le jour où une fille est née, on sépare un veau du bétail et on l’éleve avec soins. On y trouve la description de jeunes filles regardant le spectacle, les règles, les scènes horribles suite à des blessures etc. Un autre ancien chef d’œuvre tamoule Cilapathikâram fait aussi référence à ce sport. Aucun ouvrage ne parle de tuer ou torturer les bêtes et cela continue jusqu’à nos jours. Quelques peintures rupestres dans les villages de Tamil Nâdu dépeignent également les scènes de la domestication des taureaux.

Le jallikattu peut se différer d’un département à l’autre.. Nous allons vous décrire celui qui est très populaire. Allangânallûr, une commune du sud du pays tamoul est mondialement connue pour ce spectacle. La particularité de Bos Indicus est sa bosse. Le dompteur doit s’agripper à la bosse du taureau,se laisse traîner avec l’animal avant de le freiner. Personne ne peut l’approcher ni par devant ni par derrière. Le seul moyen de contraindre l’animal est de passer par ses côtés et saisir sa bosse. Ces bêtes sont très élevées avec beaucoup de soins et de prévenances. L’entrée s’appelle vâdi vâsal. Les taureaux y attendent avec leurs maîtres et les participants guettent leur arrivée sur deux côtés. On libère en premier le taureau qui est dédié au temple et personne ne le touche. Il erre librement et rentre dans le village ou au point de rassemblement. Les autres taureaux sont relâchés l’un après l’autre. Il devient très féroce, voire excité, dès qu’il entre dans l’arène. Il accourt en folie devant les cris d’une marée humaine. L’animal charge violemment celui qui essaie de l’attraper. Il le projette en l’air, le piétine et sans l’encorner, il passe à un autre homme. Aucun mal n’est fait aux personnes qui tombent même par hasard. Étonnant, n’est-ce pas? Si le taureau parvient à briser tous les cordons et dépasse les paramètres indiqués,il est déclaré vainqueur et choyé. Si le participant parvient à le retenir pendant quelques secondes sur quelques mètres ou l’arrêter complètement au dedans des frontières, un trophée ou une autre récompense lui sera remks. (Ceux qui tombent ou franchissent la ligne lors de cette aventure, sont éliminés tout de suite).

Donc, pourquoi tant de tollés? Qu’est-ce qui donne lieu aux controverses?  La Cour Suprême de l’Inde a interdit la pratique de ce sport sur demande de PETA (People for the ethical treatment of animals) et d’autres associations luttant pour les droits d’animaux. Les accusateurs réclament l’interdiction en prétextant que les organisateurs enivrent et torturent l’animal. Au lieu de réglementer le jeu, le plus Haut Tribunal a carrément banni ce sport. Cette décision a soulevé une vague de protestations chez les Tamouls. « Pourquoi n’embrassent-ils pas les lions », ironisent les juges sans comprendre la gravité,la sensibilité et la compléxité du problème. Il est vrai qu’il y ait des inconvénients. Mais l’interdiction n’est pas une remède.. Pourquoi pas les surmonter en rectifiant les erreurs? Dans cette aventure, c’est plutôt l’homme qui encourt beaucoup plus de risques voire la mort. Pas comme en Espagne où l’animal est tué cruellement.

Les partisans de jallikattu accusent les sociétés laitières étrangères. Les éleveurs tamouls croient que les pays étrangers en vue d’exporter leur race bovine vers l’Inde et de promouvoir leurs produits laitiers ont manipulé PETA et ont sollicité l’interdiction. Le jallikattu, l’agriculture, le paysan, le consommateur, l’identité etc sont tissés par un lien fort. Le lait que donnent ces vaches étrangères est moins énergétique que celui des indigènes. Les taureaux reproducteurs sont servis pour jallikattu et pour l’accouplement. Un laitier aura recours à l’insémination artificielle pour augmenter sa production et les taureaux locaux seront à l’abandon voire extinction. Aussi, la viande de Bos Indicus est très prisée au Moyen Orient. La plupart des taureaux destinés pour jallikattu ont aboutidans l’abattoir ces  deux dernières années. Les paysans y voient une complicité entre PETA et les pays étrangers pour détruire le tissu social des Tamouls. Nous n’ avons énuméré que quelques raisonnements qui visent droit à la vie quotidienne des paysans. Ce mécontentement populaire a engendré un rassemblement colossal.

Les étudiants tamouls ont manifesté leur colère premièrement ,le 8 janvier. Suite à des appels sur les réseaux sociaux et sans appui de partis politiques, la manifestation a fait l’éruption comme un volcan, le 15 janvier et a pris d’une grande envergure. Toute la population tamoule s’est liguée avec les étudiants dans toute la région. À la plage de merina, ils se sont amassés en million. On peut y voir les enfants de bas âge, des couples qui viennent de se marier, des femmes avec leurs bébés, des personnes âgées, les policiers, etc en scandant les slogans en faveur de leur sport culturel. Leur seule revendication est la révision de la loi. Les manifestants étaient figés pendant une semaine et aucun incident de la violence n’est rapporté. Seul le dernier jour, la situation a dégénéré et a mal tourné. Quelques bandits déguisés en étudiants ont incendié les véhicules, ont jeté des cailloux, et s’en sont pris aux policiers. C’est le plus grand rassemblement que connaît le pays tamoul depuis 1965. En 1965, les étudiants manifestaient contre l’imposition de l’hindi. Quelques étudiants en ferveur se sont immolés et en défense de leur langue quelques uns sont tombés sous les balles des policier.  Le Congress, le parti national a été chassé du pouvoir en 1967 à cause de leur stratégie linguistique. Depuis 1967, aucun parti national ne peut s’ancrer fermement au pays tamoul. Les personnes de troisième génération qui accusent souvent les jeunes de 21è siècle pour leur nonchalance, s’étonnent et se félicitent de cette manifestation. Les nouvelles technologies, les résaux sociaux, le modernisme, etc n’empêchent pas cette nouvelle génération d’afficher leurs affections pour leur langue et leur culture. Dès qu’il y a un danger imminent pour leur mère tamoule, ils n’hésiteront pas à descendre pour la protéger comme ont fait leurs ancêtres. L’indifférence du gouvernement fédéral vis à vis de Tamoul Nâdu concernant des disputes avec les régions voisines ont vexé énormément la population tamoule. À force d’emmagasiner ces déceptions, la colère populaire a soudainement explosé et le problème de jallikattu a servi de tremplin.

Pour conclure, les pouvoirs régional et national se sont inclinés devant le pouvoir majestueux du peuple. La loi a été révisée en faveur du jeu ancestral. Le pays tamoul se réjouit d’avoir retrouvé le jallikattu, un sport bimillénaire qui témoigne le courage et la vaillance des Tamouls. Enfin la jeune génération tamoule a pris le taureau par les cornes. Oui dans une démocratie, le peuple est toujours le maître incontestable : vox populi, vox Dei.

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Vient de paraître : « La dernière fois à Pondichéry » de Catherine Brai

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Un roman, qui a pour cadre Pondichéry, vient de paraître aux éditions L’Harmattan. Il nous est signalé par l’un des fidèles lecteurs du CIDIF qui nous demande si nous pouvons en parler sur le site. Bien volontiers. Nous envoyons ci-dessous l’annonce de l’Harmattan. C’est avec plaisir que nous publierons un compte rendu de lecture si l’un de nos lecteurs ou l’une de nos lectrices veut bien nous communiquer ses impressions.


C.I.D.I.F
Centre d’information et de documentation de l’Inde francophone

SITE CIDIF

Catherine Brai
« Philosophe de formation, j’ai enseigné dans de nombreux pays dont les Comores, le Japon, la Turquie, le Mexique.

Née à Saigon (Vietnam), d’un père métis et d’une mère vietnamienne. Je suis arrivée en France à l’âge de dix-sept ans pour faire mes études supérieures à La Sorbonne. Je vis actuellement à l’île de La Réunion.« 

Professeure bénévole à Pondichéry, l’héroïne-narratrice se retrouve peu à peu coupée de son milieu et amoureuse d’un homme qui sans cesse se dérobe. Elle doit lutter pour ne pas confondre le réel et l’imaginaire, l’objectif et le subjectif, la raison et la folie. Le sujet pourrait être angoissant mais l’auteure le traite avec humour et autodérision, rendant le lecteur complice de ce voyage où s’entrechoquent les deux cultures.

184 pages • 18 €
EAN : 9782343113739

Editions diffusion L’Harmattan

Adresse : 16 Rue des Écoles, 75005 Paris
Téléphone :01 40 46 79 11

La fenêtre opaque, par Krishna Nagarathinam

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Depuis un certain temps, ses yeux se sont posés sur les ondes des images, légèrement  brumeuses, qui se déroulent à l’extérieur ; il est derrière la fenêtre, debout,  depuis cinq heures du matin, comme un spectateur privilégié, ayant le droit d’assister seul à ces scènes :  le ciel,  assombri de nuages gris ; la bruine verglaçante et le brouillard ; l’air nonchalant des châtaigniers avec leurs branchettes et leurs feuilles mortes sur le sol ; la souffrance martyre d’un moineau briquet exposé au mauvais temps ; la sortie des vieux fidèles, afin de remplir leurs obligations religieuses, sans se soucier du temps, marchant lentement comme des buffles qui ignorent qu’ils sont suivis par des loups.

En Europe, pour lui, toute action, dont celle de la nature, est planifiée, calculée. Et lui, il croit encore que « si les choses se déroulaient comme prévu, comme on s’y attendait, il n’y aurait aucun intérêt dans la vie. » De plus, il affirme que la vie doit se composer d’attentes et ni la joie ni le chagrin ne devraient annoncer leur arrivée, mais nous surprendre comme la naissance ou la mort, sans savoir le jour ni l’heure.

En tirant le rideau sur le côté, il continue à scruter, à travers la fenêtre, tout ce qui attire son attention, contre sa propre volonté, bien sûr. Cette attitude fait partie de sa routine du dimanche. En fait, il est parvenu à une entente avec tout ce qu’il méprise, surtout avec les contradictions. Il lui arrive parfois de se hâter de sortir de ce vécu externe. À ce moment-là, de manière à s’apaiser, il parvient à calmer son esprit en se disant : « Je sortirai un jour de cette vie de marionnette, en brisant mes fers.

Soudain, il entend un bruit monotone. Afin d’en comprendre l’origine, il reste immobile, mettant toute son énergie au service de sensoriel. Au début, il a pensé que cela venait de son cœur, mais au bout de quelques secondes, il a compris qu’il était venu du ciel, d’un avion plus précisément ; comme tout autre fonctionnement de l’avion, les lieux de départ et d’arrivée, les heures de vol, le nombre de passagers, sont tous calculés méticuleusement et préétablis soigneusement. Vers quel pays va-t-il ? En partance pour quelle destination ? Il cherche à comprendre, pourtant il sait bien que c’est impossible.

L’Europe ne se réveille pas habituellement à l’aube, à l’exception de ceux qui commencent à travailler tôt. Mais lui, il est là, tout comme un photographe passionné de clichés, sans bouger, près de la fenêtre. Cette coutume de se réveiller avec la lumière de l’aube a débuté en Inde. Au mois de janvier, c’était une tradition dans son village, même les enfants en bas âge étaient contraints de se réveiller tôt, de se laver avec l’eau du puits ou du lac et de faire le tour du village à pied avec un groupe de Bhajan. Naguère, il s’était laissé porter par l’enthousiasme de faire tout cela. Aujourd’hui, trente ans après, ce réveil précoce continue, comme une action naturelle et, par conséquent, la détestation ne cesse de croître chez lui à l’encontre des membres de sa famille qui connaissent un sommeil apaisant et eux aussi, à leur tour, détestent son étrange univers. Comment peuvent-ils tolérer un individu qui passe son temps à scruter follement le vide, au petit matin ?

Il a décidé de parler à Prêma, sa femme. Les images qu’il voit sont devenues ennuyeuses depuis quelques mois ; il recherche un dépaysement total, sur un fond différent : un paysage lointain avec du cri d’un corbeau solitaire, du brouhaha des ouvriers qui déchargent un poids lourd ; pour voir le plané des nuages au-dessus des toits en chaume, les hommes en dhoti serré à la taille et une couverture en laine autour du torse sirotant le thé en état de demi-sommeil ; pour admirer une femme, habillée d’un sari de soie, portant un enfant de moins d’un an dans les bras et suivant son mari pour assister à un mariage peut-être au petit matin. En somme, un tel spectacle lui manque ! Mais quand partira-t-il ? Demain, après-demain, le mois prochain ou l’année prochaine ?

Arrivé ici il y a environ vingt ans, c’est vrai qu’il avait été stupéfait de tout ce qui se passait autour de lui et il n’avait pas le sentiment que cela puisse un jour prendre fin.

Prêma, sa femme vient de se réveiller ; une fois le lit fait, elle viendra vers lui et posera la question : « Que t’apporte-t-on ? Du café ou du thé ? Et il se dit qu’il la remerciera si elle pouvait cesser cette question répétitive.

Il sent un petit souffle tiède derrière son cou, c’est sa femme, Prêma.

— Prêma, peux-tu apporter du café ? Je veux te parler.

— C’est à quel sujet ? Il ne s’agit pas de retourner en Inde, comme d’habitude ?

— Si, Si… Mais cette fois la décision est prise, le retour en Inde est certain. Viens, assieds-toi !

— J’en ai pour une heure, dit-elle, puis elle part .

Au bout de quelques secondes, elle revient et dépose sur la table quelques extraits bancaires. Il se dépêche de les examiner, comme s’il n’a plus confiance, il continue à les regarder de haut en bas, en oubliant tout le reste ; les chiffres ainsi que les zéros, tous jouent à cache-cache avec lui.

Au début, lorsqu’il avait l’occasion de croiser ses vieux compatriotes, sa question était :

— Comment arrivez-vous à vivre dans un pays étranger ? »

Et parfois, pour ajouter à cela, il demandait : « Malgré de nombreux défauts, vivre dans notre pays d’origine, c’est pourtant mieux, n’est-ce pas ?

Et leur réponse était, plus ou moins :

— On ne dit pas le contraire ! N’empêche, que faire face au destin ? Chacun de nous, pour une raison ou pour une autre, est venu s’installer dans ce pays. Tout porte à croire que c’est une question de survie, non un choix. Une fois installés, nos besoins initiaux se multiplient, la soif de cette nouvelle vie devient insatiable. Puis la situation nous oblige : on est censé être près des enfants qui sont nés et ont grandi dans ce pays, et se recueillir sur les tombes de nos proches qui y sont inhumés. Avec les jambes que j’ai, vous croyez que je peux voyager encore ? Et là-bas, qui est-ce qui m’attend ?

— Monsieur ! Je m’excuse de vous couper la parole, je ne suis pas d’accord avec vous. Si j’ai l’argent qu’il me faut, je partirai demain.

Avec un sourire aux lèvres, les vieillards s’en allaient.

Son éternel problème à lui, c’est de chiffrer le montant. Depuis son arrivée il le cherche sans relâche. Mais par malchance, chaque fois qu’il s’avance, il s’éloigne de lui. Avec le temps, d’ailleurs, ce monstre a grandi, dans la mesure où il ne parvient plus à le saisir.

Tout en laissant les chiffres emporter son esprit, il appelle sa femme :

— Prêma !

— Tu m’as appelée ?

— Oui ! Il faut contacter notre banquier pour prendre un rendez-vous. J’ai appris que le taux d’intérêt a atteint son niveau le plus bas. Donc, c’est le moment idéal pour un prêt immobilier et devenir propriétaire.

— Alors, ce n’est pas pour demain, notre départ ?

Sans réagir à sa question, il se tourne vers la fenêtre opaque.

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La culture tamoule – par David Annoussamy

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david-annusamyDavid Annoussamy, La culture tamoule, Éditions Kailash, 11/12/2016

 

Les livres de David Annoussamy sont toujours agréables à la lecture et donnent le sentiment au lecteur d’avoir appris et compris beaucoup sur le sujet traité. C’est encore le cas avec La culture tamoule parue en décembre 2016 et qui devrait être très prochainement disponible en librairie.

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Le projet de l’auteur est à la fois simple et ambitieux : faire connaître le fait tamoul dans le monde d’aujourd’hui.

Partie intégrante de la culture indienne, la culture tamoule présente un particularisme très marqué, d’abord par son ancienneté, les joutes littéraires des Sangam existaient aux siècles précédant l’ère chrétienne, et ensuite par la vigueur de ses institutions, les différentes dynasties Chola, Pandya et Pallava qui, du nord au sud du golfe du Bengale et au-delà des mers, ont su installer leur autorité et marquer leur présence par la construction de monuments dont beaucoup sont maintenant classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

L’auteur nous présente et nous explique le monde tamoul d’aujourd’hui dans tous ses aspects et d’abord dans ses relations avec le temps. Et le charme du livre opère immédiatement. Nous apprenons que le calendrier solaire est un peu en décalage avec celui que l’on connaît en Occident, mais surtout que toutes les heures de la journée n’ont pas la même valeur ni les mêmes qualités, certaines sont néfastes, d’autres fastes et qu’il importe donc de savoir à quel moment il convient d’entreprendre ou de faire des choses importantes, comme engager une affaire immobilière ou célébrer un mariage.

 

Entré dans le monde tamoul par le temps, nous continuons notre voyage en explorant la pensée religieuse et la vie religieuse que l’auteur distingue à juste raison. La journée est ponctuée de gestes rituels aussi bien à la maison qu’aux différents temples de la localité. Ces comportements sont purement personnels et ne sont pas imposés par une religion qui ne comporte ni dogmes ni de véritables commandements. Religion peu contraignante, mais très forte religiosité qui se manifeste dans toutes les relations, que ce soit avec les dieux, avec les membres de la famille ou dans les nombreuses fêtes collectives qui jalonnent les différents moments de l’année.

 

Ce sentiment religieux se double ou se prolonge de tout un ensemble de croyances qui touchent  à la superstition, aux astres, à la numérologie, aux horoscopes, aux présages et auxquels chacun attache plus ou moins d’importance mais qui suscitent des professions à part entière : tout projet de mariage donne lieu à l’examen des horoscopes des futurs époux par un homme de l’art.

 

L’exploration de la vie familiale et du système de castes complète cette introduction à la connaissance de l’être tamoul. Organisation de la famille et fonctionnement du système des castes subissent les contrecoups de la vie moderne mais sont encore suffisamment prégnants pour garder, sans doute pour de nombreuses années encore, leurs caractéristiques.

 

Il y a une  vie de société qui repose sur un ensemble de principes éthiques qu’une longue histoire littéraire a nourri, faite de bon sens et d’une profonde humanité, plus qu’humaine pourrait-on dire puisqu’elle s’étend à tout le monde vivant. Certains moralistes estiment que « le ventre du consommateur de viande est le cimetière des êtres vivants ! Celui qui élève des bêtes dans le but de les tuer et les mangers est un pécheur sans nom. C’est l’abus de confiance d’une suprême gravité ».

 

Religiosité, éthique, organisation familiale, contrats sont les éléments constitutifs des affaires que peut connaître la justice, qui doit leur trouver une solution équitable. Il est très intéressant de constater que les Tamouls n’ont jamais eu un corpus juridique sinon sous la période coloniale qui a voulu leur en donner un par une erreur totale d’appréciation de la situation. « Si les Tamouls n’ont pas donné une forme écrite à leur loi, ce n’est pas par incapacité mais par volonté délibérée … Une loi, dès qu’elle est écrite, tend à échapper au peuple. Un groupe de personnes spécialisées fait son apparition pour dire au peuple en quoi consiste la loi. ».

 

Pratiquement tous les aspects de la culture tamoule donnent lieu à analyse, de la médecine aux arts, à la littérature, à la musique, à la danse, au théâtre et au cinéma. Chaque chapitre est écrit de façon à être lu ou relu sans nécessairement revenir sur les sections antérieures.

 

D’où vient le plaisir que suscite la lecture de ce livre ? C’est l’auteur lui-même qui nous en donne l’explication en faisant l’éloge de la vertu de la parole dans son exposé sur les principes éthiques :

 

« Les moralistes accordent une grande importance à la parole. Ils prennent grand soin d’indiquer les règles du bon langage : tenir compte du lieu, de l’assistance, ne pas débiter trop vite, ne pas répéter, pas trop développer, s’abstenir de dire des faussetés, s’exprimer de façon concise. La meilleure façon de parler c’est de parler avec naturel sans jamais forcer son talent. Toute affectation produit de mauvais résultats ».

 

David Annoussamy applique à l’écrit ce que les moralistes recommandaient à l’orateur et participe ainsi à la culture tamoule qu’il connaît si bien et qu’il veut faire connaître à tout un public francophone qui vient et revient avec plaisir sur la côte Coromandel.

Pondichériens d’origine ou d’élection, avant le voyage périodique sur la Baie du Bengale et avant l’acquisition de tout autre guide, emportons, lisons et relisons ce livre : celui-ci nous ouvre vraiment les portes du monde tamoul que l’auteur aime tant et sait nous faire aimer.

 

Roland Bouchet, La Lettre du CIDIF janvier 2017.