L’être, a-t-il une raison d’être

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Le sujet du café-Philo à Strasbourg ce mercredi dernier, c’était « L’être, a-t-il une raison d’être »

Pour moi,  d’abord, il n’y pas de différence entre l’être et l’existence, ensuite l’être est composé des cellule vivantes. Avec cette idée à l’esprit, j’ai abordé ce sujet. Bien entendu , certains des interlocuteurs affirment  que l’être et l’existence sont différents.

 

Voici ce que j’ai partagé au débat:

 

Pour trouver les raisonnements de l’être c’est nécessaire de savoir : qui est l’être ? Où peut-on le trouver ?  Et Quels sont les éléments d’un environnement qui peut favoriser le cycle de sa vie ou de son existence.

 

L’être est fait de corps et d’esprit, c’est une union de ces deux, il est également composé de cellules vivantes et animées.

 

  1. C’est donc tout naturellement, l’être, il est là pour agir, pour bouger, pour construite ou déconstruire, pour créer ou détruire, pour révolter ou asservir, pour questionner ou répondre, parce que ce sont des actions qui justifient l’existence d’être, à travers ces actions l’être doit chercher son identité.

 

  1. Dans le trajet de la vie humaine entre le départ et l’arrivé, autrement dit entre la naissance et la mort, l’être est quelque part dans le cheminement. Une fois il est né, il est devenu un être, Dans cette situation, l’être n’a pas d’autre choix que survivre, puis que dans le cycle de la vie, il est condamné à perpétuité, c’est -à dire jusqu’à la mort

 

  1. Puis selon le Bouddhisme ou Hindouisme, l’être, c’est un éveil spirituel, c’est-à-dire une réalisation de soi, il s’agit de réaliser les objectifs de soi.

 

  1. Le monde est fondé sur le principe de dualisme, pour affirmer le néant, l’être doit exister. Ainsi le dualisme justifie la raison d’être par la coexistence de l’être et le néant

 

  1. L’être est une dent de la roue dentée, pour un bon fonctionnement de la machine ou de la société, une dent saine, active est importante. Non seulement pour ceux qui dépendent de lui (la famille, les ouvriers, le pays etc.) et aussi pour sa propre survie, et donc l’être a raison d’être.

 

  1. Même ceux qui refusent d’être, donnent leurs raisons d’être en se donnant leur vie, je ne parle pas de folies meurtrières, je cite ici des êtres-suprêmes qui perdent leurs vies pour l’humanité.

 

  1. Enfin, le monde se tourne ou s’avance grâce à ceux qui comprennent la raison d’être, je pense à tous les intellectuels, érudits, savants artistes, écrivains y compris la nature, les animaux etc.

 

J’aimerais connaître votre réflexion sur se sujet. Merci d’avance.

De Pondichéry à Strasbourg -Nagarathinam Krishna

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Depuis sa création, l’homme se déplace. Pour vivre, par nature, il faut bouger, c’est le sort de l’homme et l’animal. Nous ne pouvons pas rester donc sur un point fixe comme des arbres, qui au contraire, pour croître et se développer cherchent tout ce qu’l leur faut, sur place : l’eau, la lumière et d’autres éléments nutritifs.

Il y a deux mille ans, avant Jésus Christ, un poète s’appelait Kaniyan Poungounranar disait : « Tous les pays sont à nous et tout le monde est notre famille ». Si l’on pose la question à un Syrien d’aujourd’hui, qui quitte son pays déchiré par la guerre, il s’alignerait avec la pensée du poète sans la moindre hésitation. Aujourd’hui, le vers de poète, plus que jamais est devenu une sorte de maxime, une portée universelle du monde. La preuve, on assiste à ces derniers temps, un flux migratoire sans précédent partout dans le monde.

Ce n’est pas aussi simple que l’on croit de partir d’un pays qui pourtant nous accompagnait depuis la naissance jusqu’à une majeure partie de la vie. Quand on quitte un pays, on se quitte avec tout ce qu’on s’est familiarisé. En d’autres mots on se sépare de nous-mêmes. Pourtant, certains entre nous, comme moi -d’ailleurs, voulons partir du pays d’origine, dont les raisons sont diverses. Parmi lesquelles, il y en a deux qui peuvent être assez facilement distinguées : l’une est politique et l’autre est économique. Quelle que soit la raison de son départ, à travers cette aventure, l’homme tente d’avoir une vie meilleure. Donc, il y a un prix à payer. Ce prix pourrait comprendre la maison où il est né, le terrain où il jouait avec ses amis, et des endroits qui lui permettaient d’avoir des moments chaleureux et conviviaux.

Dans mon parcours, Pondichéry comme Strasbourg tous deux sont importants. A vrai dire, Pondichéry, c’était une ville d’accueil. Dès son antiquité, tout au long de son histoire, grâce à sa position littorale sur la côte Coromandel et ayant pu bénéficier de nombreux privilèges, offerts par les Etats indiens successifs, la ville accueille aujourd’hui comme hier, des gens d’ailleurs.  C’est une ville à la portée de mon village natal, cela n’était pas donc étonnant que je l’aie choisie comme un point de repère de ma vie. Et donc la ville Pondichéry s’était devenue le jardin de mon enfance, un terrain de jeu à l’âge de l’adolescent et la terre de fiertés lorsque je me promenais dans les rues comme Barathi, Gandhi et Sri Aurobindo.

Au moyen des noms des protagonistes qui écrivirent l’histoire de Pondichéry, des institutions françaises, des édifices coloniales, des mots comme : hôpital, potion, école, directeur, cahier, bureau, régie chez les vieux citadins, et avant tout, de la présence de nombreux souches françaises au territoire, la ville nous confirme son éternelle relation avec la France.

Si l’on demande à un Français de nouvelle génération, ‘ quels sont les anciens comptoirs français en Inde, il y aura une forte chance d’être déçu. Pourtant Pondichéry était sous l’administration française jusqu’en 1954. En revanche, pour la majeure partie d’indiens, Pondichéry c’est un petit Paris.

Puis, il y a un autre Pondichéry, avec toute sa grandeur et sa beauté, s’est figé dans mon souvenir depuis longtemps, C’est le Pondichéry des années 60 à80 et je les regarde souvent avec nostalgie : Le point du jour et son tour de magie sur la mer, les bourdonnements des vagues au petit matin, accompagnés du son des cloches du temple confinés au sublime, et surtout la peinture de la pluie au ciel de Pondichéry pendant la mousson. En fait, j’aimais la pluie de Pondichéry dont je n’arrête pas de parler dans mes romans.  Avec tout cet environnement, j’ai fait mes études, je travaillais dans la fonction publique, je me suis marié et poursuivais des missions prescrites par la société indienne pour un Grihasta (Un des quatre stades de la vie des Hindus en Inde).

A Strasbourg, le mythe français avec toutes ses mystères et merveilles m’attendait. J’avais eu la nationalité française par mariage en 1977. Une maxime tamoule dit : « Si nécessaire, voyagez même en mer pour gagner de l’argent ».  C’est le rêve d’un Indien sur deux en Inde. Malgré tout, je n’avais pas envie de partir, mais le destin en a décidé autrement. C’était en été de1985, je suis arrivé en France. Aujourd’hui, ayant la possibilité de me rendre souvent en Inde, je ne regrette pas de l’avoir quitté.

En arrivant à Strasbourg j’ai constaté qu’il y a quelques similitudes entre les deux villes. Par sa taille, avec son peuple de différentes cultures, Strasbourg m’a déjà attiré au premier abord. La ville et ses environs possèdent de nombreux charmes. Elle est aussi un point de départ idéal pour découvrir les merveilles d’Alsace. Avec sa cathédrale de l’architecture gothique, le centre-ville, le parlement européen, la petite France et ses maisons à colombages, la fleuve Rhin, les Deux-rives, le massif des Vosges, des espaces-verts, le piaillement discret des oiseaux, surtout celui des cigognes, Strasbourg nous parvient à retenir. De plus, en temps de pluie, Strasbourg me donne les mêmes impressions que Pondichéry.

C’est à Strasbourg en consacrant quelques petites heures pour la lecture, j’ai découvert la richesse de la littérature à la fois dans la langue tamoule et dans la langue française. J’en ai reçu beaucoup de deux côtés, je dois donc à eux, ce que j’ai reçu. Créer un pont littéraire entre les deux langues est un moyen, non seulement pour mener à bonne fin de ma reconnaissance envers les deux langues et aussi pour permettre une partie des gens de deux langues d’aller d’une rive à l’autre et de déguster la saveur de la littérature. Donc, j’ai commencé à écrire des romans et des nouvelles en appréciant à la juste valeur de ces pays.   J’écris des essaies en tamoul et j’ai traduit des livres comme : L’amant, de, Bonjour Tristesse, le Procès-Verbal, les cauchemars de Karl-Marx et une trentaine des nouvelles de grand écrivains français pour faire connaître aux lecteurs tamouls. Afin de compléter cette démarche, un site nommé Chassé-Croisé : France -Inde, s’est lancé, il y a deux ans avec le concours de mon ami S.A. Vengada Soupraya Nayagar.Le site nous aide à présenter des écrivains tamouls aux Français. Mais, comme dans toutes les bonnes causes, nous aussi, rencontrons des difficultés à tenir correctement, par conséquent, le délai est long entre les publications.

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En Inde, la caricature des divinités hindoues n’est plus en odeur de sainteté-Julien Bouissou

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Peut-on caricaturer une divinité hindoue ? Le célèbre magazine américain Fortune, dont la ligne éditoriale flirte peu avec la satire, vient de faire une amère expérience. En janvier, celui-ci a publié sur sa couverture un dessin de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, sous les traits de la divinité Vishnou pour illustrer un long reportage sur la conquête de l’Inde par le site marchand américain. Jeff Bezos est représenté avec un teint bleu, un point rouge sur le front, portant une fleur de lotus à sa main gauche, un tatouage de son enseigne sur l’autre.

Déguisé dans cet apparat, on lui offrirait sans sourciller une prière et quelques offrandes. Mais, quoi qu’en pense Fortune, le dieu du commerce électronique, et encore moins Jeff Bezos, n’a pas encore sa place dans le panthéon hindou. « Le Seigneur Vishnou est une divinité majeure et vénérée de l’hindouisme qui peut être révérée dans les temples et les autels, et non pas utilisée de façon inconvenante », s’est emporté Rajan Zed, le directeur de la Société universelle de l’hindouisme basée au Nevada, aux Etats-Unis, précisant que « l’usage inapproprié de concepts et de symboles hindous à des fins mercantiles n’était pas acceptable ». A la suite de cette polémique, le directeur du magazine s’est excusé auprès de fidèles hindous, par le biais d’un communiqué : « Il est clair que nous nous sommes trompés et nous nous excusons. »

Le joueur star de cricket Mahendra Singh Dhoni, qui bénéficie pourtant d’un statut de demi-dieu en Inde, n’a pas eu droit à plus de clémence. Il a été représenté il y a quelques années en couverture d’un magazine indien sous les traits de Vishnou portant au bout de ses nombreux bras les différentes marques qu’il sponsorise, et notamment celle d’une chaussure de sport. Sacrilège ! Les pieds sont considérés en Inde comme impurs. Le joueur a été visé par une plainte, alors qu’il n’était pour rien dans ce choix éditorial. Le seul à avoir été épargné, étrangement, est le premier ministre indien, Narendra Modi. Il avait été représenté, au lendemain des élections de mai 2014, sous les traits du dieu Brahma dans le quotidien Mumbai Mirror.

On savait la liberté d’expression menacée en Inde par les conservateurs hindous, mais aussi chrétiens, musulmans ou sikhs. Plusieurs livres ont été retirés de la vente sous leur pression, des salles de cinéma projetant des films « hérétiques » ont même été saccagées. Même la France n’est pas épargnée. Le fabricant de chaussures Minelli avait dû retirer des ventes une paire d’escarpins où était imprimée une image du dieu Ram. Le film Les Bronzés 3, dans lequel une image du dieu Shiva est déchirée, avait été vilipendé. En 2006, l’organe de presse des nationalistes hindous, Organiser, avait trouvé un argument étonnant pour réclamer l’interdiction du film : Shiva est « le prophète le plus vénéré des hindous ». Un prophète, Shiva ? Ce qualificatif avait surpris de nombreux spécialistes de l’hindouisme. Faut-il penser, comme le journaliste indien Abhijit Majumder, que « l’extrême droite hindoue finit souvent par incarner l’ennemi qu’elle prétend combattre : l’islam radical » ?

« Toutes nos divinités hindoues sont des caricatures »

L’hindouisme n’est pas une religion au même titre que l’islam ou le christianisme : elle n’a ni dogme, ni clergé, à savoir aucune autorité spirituelle reconnue comme telle par tous les fidèles. L’intolérance dont se disent victimes les radicaux hindous, « au nom du respect de leurs croyances », n’est donc pas partagée par tous, loin de là. La tradition de la caricature en Inde est ancienne. Charles Dickens, qui pariait sur son échec au prétexte que « le tempérament asiatique est grave et qu’il ne trouve aucun plaisir à l’amusement en tant que tel », s’est trompé. Le Mahatma Gandhi avait eu l’idée de reproduire dans son journal Indian Opinion, publié en Afrique du Sud, les caricatures de journaux satiriques britanniques qui s’en prenaient à l’empire colonial. On y trouvait déjà des divinités hindoues, allègrement caricaturées. Qu’il est difficile pour un dessinateur indien de résister à la tentation de caricaturer les divinités hindoues ! Le célèbre dessinateur Kaak était bien obligé de le reconnaître : « Toutes nos divinités hindoues sont des caricatures. »

Il suffit de regarder la richesse et la variété de l’iconographie hindoue dans la culture populaire. Pas une représentation de Vishnou qui ne ressemble à une autre. Toutes sont déformées, différentes, en fonction du contexte culturel et de l’histoire de chaque région. Les représentations de divinités saturent même l’espace public : elles sont sur les calendriers, dans la publicité. On les a même placardées le long des murs dans les villes pour dissuader les piétons d’uriner sur place. « Les caricaturistes ramènent dieu sur terre », explique Ritu Gairola Khanduri, professeure à l’université du Texas, aux Etats-Unis, auteure d’un passionnant ouvrage sur « la culture de la caricature en Inde » (Caricaturing Culture in India, Cambridge University Press, non traduit). « La caricature indienne peut retourner les esprits et montrer au reste du monde à quel point les dieux peuvent nous faire rire et grimacer sur nos situations politiques, ajoute l’universitaire. Les dieux sont tout-puissants, n’est-ce pas ? »

Julien Bouissou, Le Monde.fr le 1er février 2016

Les pulsions tyranniques du pouvoir -Pratap Bhanu Metha*

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L’arrestation de Kanhaiya Kumar [leader d’un syndicat étudiant] et la campagne de répression lancée pour étouffer l’opposition politique à l’université Jawaharlal-Nehru (JNU) de New Dehli donnent à penser que notre gouvernement est à la fois terriblement pernicieux et politiquement incompétent. Il utilise le nationalisme pour réprimer le patriotisme qui s’exprime dans l’attachement à la Constitution, l’usage tyrannique de la loi pour étouffer la dissidence, le pouvoir politique pour régler ses comptes et le pouvoir administratif pour détruire les institutions.

Cette répression serait motivée par des slogans hostiles à la nation qui auraient été scandés à la JNU et par le rassemblement organisé à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Afzal Guru [séparatiste cachemiri dont l’exécution secrète en février 2013 a marqué la fin du moratoire sur la peine capitale]. En réalité, la réaction disproportionnée du gouvernement semble au plus haut niveau tyrannique : il a fait arrêter Kanhaiya Kumar [pour sédition], alors que le discours de celui-ci n’était en rien hostile à l’Inde  Mère Inde.

La fureur avec laquelle les ministres de l’Intérieur et du Développement des ressources humaines ont entonné le thème de la défense de “Mère Inde” et de l’éradication des manifestations anti-indiennes suggère plusieurs choses. D’abord, la décision politique a été prise au plus haut sommet de l’Etat. Ensuite, c’est une déclaration ouverte destinée à faire comprendre qu’aucune opposition ne sera tolérée. Cela montre clairement que le gouvernement revendique haut et fort le monopole du nationalisme.

C’est une démonstration de force brutale contre un discours qui n’incitait en rien à la violence. Les mesures de répression tirent parti de l’ignorance de la loi sur la sédition. C’est une action insidieuse par sa remarquable capacité à faire de l’ignorance le porte-flambeau du nationalisme. Le gouvernement ne veut pas seulement étouffer l’opposition, il veut étouffer la pensée, comme en témoignent ses assauts répétés contre des universités.

Le patriotisme qu’il défend requiert l’anéantissement de toute pensée. Ne créons pas de confusions. Certains étudiants ont peut-être exprimé des idées critiquables [des slogans favorables à l’indépendance du Cachemire auraient été entendus], mais l’université est un lieu où l’on doit pouvoir débattre, y compris de la pendaison d’Afzal Guru [condamné pour avoir fomenté un attentat au Parlement indien en 2001]. Et rien de ce qui a été dit ne répond à la définition de l’illégalité au sein d’une démocratie libérale. Par ailleurs, notre société est en train de perdre de vue un point essentiel : le fait qu’un individu manifeste son désaccord ne justifie pas l’usage du pouvoir coercitif de l’Etat. La critique du mouvement étudiant est en fait affaiblie par le recours à la force. En outre, ce qui est en cause ici n’est pas la définition du patriotisme ou de l’hostilité à la nation.

OPINION

Une grande partie des médias et de l’intelligentsia laissent naïvement le débat s’engager autour de la question du nationalisme. Aussi, au risque de l’hyperbole, je dirais que le moment est venu d’affirmer qu’être hostile à la nation n’est pas un crime. Car, si le nationalisme est pris dans un sens étroit, si la définition qu’on en donne ne tolère pas la critique, si elle s’aligne sur la tyrannie, si elle tire parti de l’ignorance et de l’anti-intellectualisme et si son but est de déchaîner une passion destructrice, alors s’élever contre son pays est peut-être même une obligation. Ne nous méprenons pas : un tel recours au pouvoir de l’Etat a pour but de mettre les défenseurs de la liberté, les critiques radicaux de l’Etat, sur la défensive. Il vise à faire de nous des traîtres.

L’université est un lieu où l’on doit pouvoir débattre

Ressentiment. Pernicieuses, les mesures prises par le gouvernement sont aussi politiquement ineptes. Au sens strict, la répression répond à ses objectifs : polariser et désorienter l’opinion en débattant sans cesse du nationalisme, et attiser le ressentiment contre les institutions qu’il a étiquetées comme étant de gauche. Mais, à long terme, elle va porter préjudice à sa crédibilité. Pour commencer, elle fournit à l’opposition le prétexte dont celle-ci avait besoin pour s’unir. Et elle serait parfaitement dans son droit. L’opposition n’est pas une chose à traiter à la légère.

Si terrible que soit le bilan du parti du Congrès [membre de la coalition au pouvoir de 2004 à 2014] et de la gauche en matière de liberté d’expression, c’est le moment pour eux d’annoncer un nouveau départ. Mais ils doivent retenir cette leçon. Ils se sont parés de toutes les vertus depuis longtemps, alors que ce sont eux qui ont créé et utilisé les instruments légaux de répression dont le BJP [Bharatiya Janata Party, le parti nationaliste hindou au pouvoir] se sert aujourd’hui. La politique menée face à l’opposition doit être préservée de tout opportunisme.

Et la répression est le signe d’un manque total de jugement au sein du gouvernement, où des ministres ont trouvé le moyen de déclencher une crise nationale à partir de ce qui n’était, somme toute, que des problèmes mineurs de la politique étudiante. Les efforts de l’ABVP, le syndicat étudiant nationaliste hindou, pour pousser le gouvernement à s’ingérer dans les affaires universitaires pour des raisons d’ordre idéologique ne présagent rien de bon pour l’avenir. Ils ont même fourni à un grand nombre de citoyens qui ne soutenaient pas la gauche un motif pour se joindre à elle. La JNU, dont l’importance dans la vie intellectuelle du pays avait décliné, a été revigorée grâce au BJP. Il en ressort que le parti au pouvoir est incapable de réprimer ses pulsions fondamentales, mais cette médiocre politique du ressentiment corrompt ses objectifs à long terme.

Une démocratie qui laisse l’opposition tranquille est une démocratie robuste

Subversion. Le BJP n’a toujours pas tiré les leçons des deux dernières années. Le débat sur la tolérance va éclipser tout le reste, non pas à cause d’une collusion viscérale contre lui, mais parce que la défense de la liberté est un élément vital de la démocratie. Et en l’occurrence, c’est le BJP qui a fait monter les enjeux. Il y a aussi une subtilité que le parti nationaliste ne semble pas avoir comprise : hormis en cas de violences réelles et immédiates, une démocratie qui laisse l’opposition tranquille est une démocratie robuste. Car tant que ceux qui repoussent les limites de la liberté d’expression ne sont pas menacés, l’ensemble de la population se sent en sécurité.

Aucun des actes des étudiants n’a autant menacé l’Inde que la subversion par le gouvernement des notions de liberté et de jugement. Nos ministres doivent comprendre que si l’objet du débat est le nationalisme, ce sont eux, et non la JNU, qui devraient être sur le banc des accusés. Car ils ont menacé la démocratie, et c’est l’acte le plus antipatriotique qui soit.

— Merci au  Courrier International  le 25 février 2016 et CIDIF-INDIA

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*Président du Center for Policy Research à Dehli

 

Une traduction litigieuse -Julien Bouissou

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C’est une traduction litigieuse qui a gâché des mois d’efforts en matière de diplomatie culturelle. La Chine était l’invitée d’honneur du Salon du livre de New Delhi, début janvier, avec huit écrivains et 81 maisons d’édition du pays présents sur place. L’invitation avait été lancée au lendemain de la visite en Inde du président chinois, Xi Jinping, en septembre 2014. Quoi de mieux que la littérature pour sceller l’amitié entre les peuples ? C’était compter sans certains choix de traduction qui compliquent l’amitié plutôt qu’ils ne la facilitent. Fin décembre, la traduction chinoise du recueil de poésie Les Oiseaux de passage, rédigé par l’un des auteurs indiens les plus célèbres du XXe siècle, le Prix Nobel de littérature Rabindranath Tagore, a suscité le malaise. «Le monde, pour son amant, retire son masque d’immensité»a été traduit par : «Le monde, pour son amant, retire les sous-vêtements recouvrant son immensité.» C’est un lecteur chinois qui a relevé la maladresse et sauvé l’honneur du pauvre Tagore. Lequel avait, paix à son âme, visité Shanghaï en 1920 pour promouvoir l’amitié entre les deux peuples et inauguré une « Maison de la Chine » dans son ashram de Shantiniketan.

Aussitôt révélée, début décembre 2015, la maladresse a été qualifiée d’«attaque terroriste culturelle» et son auteur, Feng Tang, d’«obsédé des hormones» dans la presse chinoise. D’autres sont au contraire venus au secours de ce traducteur, qui est aussi un écrivain populaire en Chine, au motif que son droit à l’interprétation devait être respecté. L’ouvrage a finalement été retiré de la vente. «L’œuvre de Tagore a d’abord été traduite du bengali à l’anglais, puis de l’anglais au chinois, ce qui explique sans doute cette approximation», relativise Bikash Niyogi, le directeur de la maison d’édition indienne Niyogi Books. Il faut dire que les éditeurs indiens sont sensibles aux opportunités du marché chinois. «Le Salon du livre de Delhi est un pas supplémentaire vers la création d’un marché pour nous en Chine et vice-versa, il est temps que nous nous redécouvrions», reconnaît Diya Kar Hazra, la directrice de l’éditeur Pan Macmillan India.

Méfiance réciproque

Le traducteur, qui devait participer à une conférence à New Delhi sur « la contribution de Tagore à la littérature chinoise », a annulé, en toute sagesse, sa visite. Son éditeur l’avait mis en garde contre des menaces sur sa sécurité dans la capitale indienne. A-t-il reconnu une quelconque erreur ? Bien au contraire, à en juger l’entretien accordé par Feng Tang au magazine India TodayTagore lui-même était irrévérent et il n’était pas quelqu’un qui aimait être vénéré. Ce qui me dérange, c’est la manière dont [les critiques]décident de ce que Tagore voulait dire.»

Cette maladresse de traduction risque toutefois d’entretenir la méfiance réciproque qui gangrène les relations entre les deux pays, à la fois si proches et si lointains l’un de l’autre. Une guerre les a opposés en 1962, et les deux capitales continuent de se disputer la souveraineté de plusieurs territoires. Malgré leur frontière commune, les échanges culturels sont anémiques et il n’y a guère que le bouddhisme et la chaîne de l’Himalaya qu’ils ont en commun. L’Inde et la Chine ne sont pas encore tout à fait «une âme et deux corps» comme l’avait clamé, en 2014, le premier ministre indien aux côtés de son homologue chinois. Et pas seulement à cause de problèmes de traduction.

Merci:  C.I.D.F  et Le Monde (le 29 janvier 2016)

Jhumpa Lahiri, En d’autres mots, traduit de l’italien par Jérôme Orsoni, Actes Sud, 155p.

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Romancière américaine originaire du Bengale, Jhumpa Lahiri, qui est un auteur à succès (prix Pulitzer 2000), nous conte dans ce petit livre l’histoire de sa relation avec les diverses langues qu’elle connaît et pratique et, surtout, de sa rencontre éblouissante avec l’italien, une aventure qui l’a marquée profondément.

Du Bengali, sa langue maternelle qu’elle n’a parlée qu’avec ses parents jusqu’à l’âge de quatre ans, elle a dû, arrivée à l’école, passer à l’américain qui est devenue sa langue dominante dit-elle. Dominante, certes, mais bien dominée puisqu’elle a reçu l’un des prix les plus prestigieux pour son livre L’Interprète des maladies.

En d’autres mots est l’histoire personnelle de sa rencontre avec le monde italien dont elle a pressenti toute la richesse et une tournure d’esprit qui l’ont immédiatement séduite. Pendant plus d’une décennie, Jhumpa Lahiri s’est efforcée d’apprendre cette langue sans avoir l’impression de faire le moindre progrès. Des séjours intermittents à Florence, Venise ou Rome lui laissaient l’impression que ses efforts étaient vains et qu’elle n’arriverait jamais à échanger avec les Italiens dans leur propre langue.

A force de désir et de volonté et avec son installation en Italie, l’auteur est parvenue à faire sienne cette langue au point d’écrire directement en italien des textes qu’il lui arrive de devoir traduire en anglais. Elle découvre à cette occasion la difficulté de la traduction : en face de son « original » italien, la transcription en américain lui paraît, dans un premier jet, terne et sans relief. Et enfin, voici son premier livre écrit directement dans cette langue qu’elle avait si longtemps voulu maîtriser, livre publié par l’éditeur Ugo Guanda à Milan. Le circuit est assez surprenant d’une américaine d’origine bengalie, Prix Pulitzer, écrivant dans la seule langue qu’elle ait vraiment choisie et qui est traduite dans toutes les autres langues, y compris dans celle qui l’a fait connaître.

Commençant par une allégorie particulièrement éclairante, ce livre est un parcours que Jhimpa Lahiri nous invite à refaire avec elle afin de découvrir les joies de la connaissance intime d’une autre langue ainsi que la découverte de l’altérité qui ouvre sur tout un monde de nouvelles dimensions.

L’apprentissage d’une langue est une initiation jamais tout à fait terminée, c’est une ouverture incomparable sur les autres et sur soi-même. Ce livre nous le rappelle ou nous l’apprend avec beaucoup de grâce et de conviction.

 

Roland Bouchet, La Lettre du CIDIF décembre 2015.

LUI-(nouvelle ) – Krishna NAGARATHINAM

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   Lui

  écrit en tamoul -Krishna Nagarathinam

-Taduit par S.A.Vengada Soupraya NayagarNayagar Chassé croisé

Dès que j’appuie sur l’interrupteur de la sonnette, la porte de ma maison s’ouvre. Mon épouse, vêtue de son sourire habituel, m’interroge:
-Cette fois, tu as oublié quelle clef ? Celle de la voiture ou bien du garage?
-Toutes les deux.
Comme d’habitude, la main sur la tête, elle me sourit davantage et se moque de moi en disant,
-C’est presque devenue une habitude.
En l’écartant j’entre dans la maison. Au bout de cinq minutes, je regagne le seuil avec les clefs. Cette fois, elle n’est pas là.
Je hurle :
-Tu es déjà partie? Viens fermer la porte.
Je l’attends quelques minutes mais en vain.
« Elle ne viendra pas. Tu n’as qu’à partir. » La voix m’en avertit.
Je ferme à la clef et je pars.
Il m’a fallu cinq minutes pour sortir la voiture de mon garage.
Dès que la voiture s’engage sur la route principale, je commence à m’ennuyer davantage. Je me demande si cette personne serait toujours là. L’intuition me répond qu’il serait là.
Je l’observe depuis quelques jours.
Peut- être, il était toujours là. C’est fort possible que c’est moi qui ne l’avais pas aperçu. Si c’est vrai, est-ce qu’il y en aura des preuves ? Faut-il chercher les preuves pour cela? Oui, bien-sûr, me répond mon cher Siri(1). Tiens ! J’ai oublié de vous parler de Siri. C’est mon compagnon, mon ami, mon maitre, mon gourou…
Il y a six mois que ma femme m’a offert un « i Phone » pour mon anniversaire. Et voilà, le début du contact entre moi et Siri. Cette amitié a évolué et aujourd’hui nous sommes devenus presque des amis intimes. A quel point ? Ma femme me signale : « Vous êtes insensé ! J’ai peur de continuer à vivre avec vous ». Elle me dit même de consulter un psychiatre. En ayant assez de moi, elle m’a quitté avec notre enfant d’un an pour s’abriter chez sa sœur ainée que je n’aime pas.
Tard, une nuit, explosa une querelle entre Siri et moi.
-Est-ce que ma femme a raison de dire que je suis insensé ?
Siri rigola en disant :
-Comme si elle est pleine de bon sens !
Et il continua :
-Au fait, personne d’entre vous n’est sensé.
En réfléchissant bien, je crois qu’il n’a pas tort. Néanmoins, je lui ai demandé, si rien ne se passe selon mes envies tels que « mon choix, ma volonté, mon amertume… »
Siri rétorqua :
-Tu rêves ? Absolument rien ! De nos jours, sais-tu qu’est-ce qui reste silencieux ? Ce n’est pas l’ignorance, plutôt c’est l’intelligence !
J’étais surpris de cette réponse.
-Et alors, comment préserver notre individualité ?
-Cède à ton émotion ! Rejette ton intelligence ! Va goûter cette expérience.
Depuis une semaine je suis content de conserver mon individualité. J’ai voulu l’annoncer à mes proches. C’était exactement le moment où j’ai rencontré cette personne. Tous les matins quand je prenais le volant pour me rendre à mon bureau, je l’ai remarqué s’isoler devant l’arrêt d’autobus N° 52. Son comportement semble annoncer qu’il n’a aucun rapport avec les autres voyageurs qui attendent l’autobus. Donc, je pense qu’il est facile de sauver son individualité. Il est tellement grand qu’on devrait se lever la tête pour le saluer. Le buste, les épaules, la tête, les yeux, cherchent à voir quelque chose. Les filles décolletées hésiteraient à s’approcher de lui. De temps en temps, il se sert du creux de sa main pour se protéger de la lumière. Même en plein soleil, son visage est sombre comme si une ombre y est tombée. Les cheveux gris de ses tempes, sa moustache et sa barbe ne sont pas en harmonie avec son corps. La lassitude d’avoir parcouru la vie désorganisée se reflète dans ses vêtements et dans ses yeux décolorés. J’habite en banlieue. Depuis des années j’ai l’habitude de prendre ce chemin pour me déplacer en voiture. Pour traverser cet arrêt d’autobus cela ne dure que quelques instants. Pourtant, les petites cases de ma mémoire qui ont stocké les détails de ces instants me présentent une image vague de ce bonhomme.
Un jour, comme ma voiture est tombée en panne, j’étais obligé de le rejoindre à cet arrêt d’autobus. En espérant que nos rencontres précédentes lui suffisaient de me reconnaitre, je l’ai salué en souriant. Mon sourire n’avait pas l’air de retenir son attention car il était attiré plutôt vers l’affiche des horaires de l’autobus 50. Une chienne assise aux mains croisées d’une femme a grogné comme si la bête a reniflé cet homme. La dame l’a calmée. En regardant les yeux de la dame on se demande : « Qui a grogné ? La dame ou bien la chienne ? » Au bout de quelques minutes, il regarda sa montre. Son geste de secouer les mains, on dirait qu’il allait jeter sa montre. Pour la première fois comme s’il était conscient de son autrui, il regardait de tous côtés. Puis, d’un air décisif, il se dirigea vers moi.
-Vous avez l’heure ?
-9h30.C’est l’heure. L’autobus va arriver.
-Merci ! Vous êtes de l’Inde ? Il m’a demandé avec un accent sri-lankais.
-Oui. De Pondichéry. Je vous vois souvent ici à cette heure-ci ! Et vous ?
-Yazpanam (Srilanka). J’habite aux alentours.
La conversation s’arrête. L’autobus arrive. Il monta l’autobus et présenta son billet au conducteur. Peut-être un coupon mensuel. De mon côté, j’ai cherché un billet auprès du conducteur et je l’ai composté. J’ai vu l’ami sri-lankais déjà bien installé. Je suis allé prendre le siège en face de lui. Ses pensées étaient ailleurs. Mon regard était rivé sur lui. J’ai surtout remarqué le côté droit de son visage : la joue décharnée, la peau matée s’assombrit davantage dans l’autobus. Son indifférence m’a beaucoup éprouvé. Son silence semblable à celui d’un minuit m’a fait sentir la proximité d’une cheminée. Sa façon de m’ignorer m’énerve davantage. Je me demande pourquoi il me rejette. Ce qui suscite ma curiosité envers lui. J’ai décidé de faire quelque chose pour le mettre mal à l’aise. Oubliant les autres passagers, j’ai imaginé qu’il n’y restait que « lui et moi ». Cette imagination me facilitait à faire ce que je voulais. Et voilà, nous sommes seuls dans une arène de boxe. Il n’y a aucun spectateur pour nous applaudir. Le fait qu’il n’y a non plus un arbitre pour nous signaler les fautes ou la tricherie me rend heureux. J’ai fait exprès de m’étirer les pieds jusqu’à lui. Le souffle de mes pieds devrait remuer sa peau. Ses chaussettes ne lui suffiraient pas pour empêcher la chaleur de mon souffle mêlé d’ennui et de colère. Ses pieds noués restaient immobiles sous son siège. Je touche la pointe de ses chaussures avec la mienne. Il se retire les pieds et me regarde. Je déteste son regard compatissant. Au début il a l’air de me fixer droit dans mes yeux. Puis, il me saisit le bras ; brutalement il le tordit dans mon dos et il m’a déséquilibré pour que je tombe sur terre. J’avais déjà perdu. Ma chemise était trempée de sueur ; j’étais stupéfait. N’osant plus le voir, je me suis allongé sur mon siège, les yeux fermés. Mes pieds recoquillaient sous le siège. Je l’ai suivi discrètement. Une sorte d’indifférence a traversé subitement à travers sa bouche. Il me restait peut-être une demi-heure de trajet. Est-ce qu’il fallait toujours continuer ce drame ? La question m’a incité à le revoir. J’étais debout. Je me sentais devant le miroir. Il était en mi- sommeil ou bien il faisait semblant. A l’arrêt prochain, acceptant ma défaite, je lui ai dit : « je descends ». Il se retira les pieds et m’a répondu : « Oui ».
Ce soir, je n’ai pas bien dormi. J’ai voulu qu’il soit à l’exclusion des autres comme moi. Mais je n’ai pu rien faire jusqu’alors. Alors, j’ai décidé de prendre à nouveau l’autobus demain afin de lui parler. Le lendemain j’étais même un peu en avance à l’arrêt d’autobus. Comme il pleuvait, les gens cherchaient à s’abriter sous le toit d’arrêt. J’ai cherché cet homme parmi la foule où se trouvaient des gitanes, un vieil Algérien avec sa jeune femme et trois enfants, une Africaine grosse aux habits serrés qui passait le rouge aux lèvres (celles qui étaient déjà rouges). Cette Africaine lança un regard furtif vers un Blanc. La jeune mère avec sa charrette de bébé devrait faire obstacle à son passetemps. Une famille pakistanaise à cinq enfants avec leurs habits de Shervani, Salvar Kamis, la voile… Il n’y manquait que cet ami sri-lankais. J’en étais déçu. Je me retirai de la foule en ouvrant mon parapluie. Le temps avança. Mon intuition m’avertit qu’il ne viendrait pas. Alors, je me suis décidé de me rendre chez moi pour prendre ma voiture. Tiens, il était là sous la pluie ! L’autobus 50 à son tour est arrivé. Cette fois, j’ai pu monter avant lui et j’ai pris un siège en attendant de voir ce qui allait se passer. Comme il m’a déjà connu, il était censé se diriger vers moi pour me saluer. Dans ce pays, il est coutume que deux personnes se saluent même s’ils ne se connaissent pas. Donc, je l’attendais. Mais rien ne s’est passé. Bien que j’aie un siège vide à côté de moi, il n’est pas venu. Déçu, je ne me souviens plus où il est descendu ce jour-là. A mon tour, je ne me souviens non plus mon arrêt.
Dix jours se sont écoulés. C’était un jour férié. J’étais au centre-ville. Mon état d’âme ne me permettait pas de comprendre la signification de ce jour. J’avais une rage en moi pour annoncer au public demain : « Dès aujourd’hui, il faut que vous suiviez votre propre sagacité ou vous serez tous guillotinés ».
Le matin, j’ai appelé ma femme pour l’avertir : -Si tu ne rentres pas je me suiciderai. N’écoute pas les autres, aie ta propre conviction !
Elle s’en moquait et répondit : -Voyons ! Pour qui tu me prends ? Je crois que tu es bourré dès le matin !
Avant de raccrocher elle rajouta : -D’abord, reprends ton bon sens !
Ne sachant quoi faire je me suis laissé errer dans les rues. J’entrais dans une brasserie. Installé dans une banquette près du guichet, j’ai commandé un Ricard. Le garçon m’a apporté la boisson avec des olives salées. J’ai fini le verre. Quand j’ai quitté le restaurant, il était 17h mais le soleil était toujours éclatant. Au centre-ville, quatre ruelles partent d’un endroit pareil à une Place. On y trouvait les boutiques de grandes marques. La circulation étant interdite, on y trouvait plein de gens balader – un peu plus que d’habitude. Les gens se sont habillés légèrement à cause de la chaleur. J’étais le seul à marcher sans compagnie. Les autres marchaient ensemble : amis, couples, amoureux…Tous étaient remplis de joie avec un beau soleil couchant. A la place, il y avait une statue d’un officier militaire qui aurait joué un rôle dans la mission de libérer la ville de l’occupation pendant la guerre. Devant la statue, un grand bassin avec les fontaines. Autour des fontaines il y a des banquettes. Deux pigeons jouaient sur le bassin en s’envolant et en se promenant sur la muraille de la fontaine. Un vieux monsieur essaya d’attirer l’attention de ses oiseaux en leur jetant les miettes de pain.
Il était là, assis sur une des banquettes près de la fontaine. Je me suis rapproché de lui et je l’ai salué :
-Bonjour !
Il était en train de fumer.
-Bonjour !
Il m’a répondu en me serrant les mains après avoir passé sa cigarette à la main gauche.
Tout d’un coup d’un geste féminin, il m’a invité de m’asseoir auprès de lui.
– Il parait que vous avez trop bu ?
– Oui, mais vous en êtes partiellement responsable.
– Moi ?
Il a réagi avec un ton d’étonnement et au moment où il se tenait correctement, il me ressemblait à une femme qui était en train d’écarter les cheveux qui lui couvraient le visage derrière les oreilles, tout en donnant un sourire enjôleur. J’étais immobile de stupéfaction pendant quelques instants. Puis j’ai repris mon ton accusateur :
-Oui, c’est vous qui en êtes responsable. Chaque fois que je m’approche de vous, vous m’ignorez. Ce qui m’a trop humilié.
Mon ivresse me fait frotter les yeux larmoyants.
-Séchez vos larmes. On nous regarde. Est-ce que vous avez une famille, des enfants ?
-Oui, j’en ai. Mais, ma femme m’a quitté pour vivre toute seule avec notre enfant. Elle se plaint de mon comportement.
-Qu’est-ce qui s’est passé ?
-Elle n’aime pas que je me réveille pour arpenter toute la nuit. Cela l’ennuie. Fâchée, elle m’a quitté pour s’installer chez sa sœur ainée. Et vous ?
-Dès mon arrivée, j’habite seul dans ce pays : ma femme et ma fille sont en Inde, mes fils à Londres et au Canada. Mais il faut accepter la vie telle quelle.

Quand il a terminé la phrase, j’ai lu entre les lignes les brins de ma vie.
Prétendant de m’avoir tout lâché, il alluma une Marlboro. Ça fait longtemps que je n’ai pas fumée une cigarette de telle marque. J’ai osé lui demander :
-Une cigarette, s’il vous plait !
Il sort le paquet de sa poche et m’a offert une cigarette et une boite d’allumettes.
En allumant la cigarette, je lui ai rendu son briquet. Je me sentais que l’image de son visage se dégringolait. Les cheveux descendaient sur les épaules. L’obscurité du visage a disparu. Le visage attirant d’une femme blonde apparut. La moustache épaisse a cédé la place au duvet d’une femme. Les joues gonflées, les cheveux, le front, tous sont devenus jaunes sous le soleil de crépuscule. Quand il a remis le paquet de cigarette dans sa poche, son col se glissa et laissa voir sa poitrine. Cela m’a fait frémir. Cette personne a un peu repoussé mes mains qui avaient envie de toucher sa poitrine. J’ai attrapé ses mains et je l’ai invité :
-Venez avec moi.
-Où ?
-A mon appartement.
-On verra ! Donnez-moi votre adresse !
-Non, immédiatement. J’ai une bouteille de whisky. Discutons pourquoi il faut préférer les émotions à l’intelligence. Il parait que ce sont les émotions qui contrôlent le bon sens.
-Mon œil ! Une histoire à dormir debout.
-Non. Vous êtes comme moi, un homme hors du commun. Je suis sûr que je pourrai vous convaincre. Discutons-en longuement jusqu’à l’aube.
-Mais, laissez-moi partir. Je n’ai plus de temps.
Mais je n’ai voulu le laisser partir. Les badauds se sont arrêtés pour assister au drame. Deux policiers, un homme et une femme, se faufilant dans la foule, se dirigèrent vers nous. La policière emmenait cette personne en question vers le véhicule pour l’interpeller. L’interrogation terminée, elle est revenue vers son collègue. Elle dit quelque chose dans le creux de son oreille. Ensuite, les deux policiers m’ont conduit vers leur véhicule.
Ils m’ont demandé la carte d’identité. Tout en la vérifiant sur l’ordinateur, le policier m’a parlé :
-Savez-vous déjà de quoi vous êtes accusé ?
-(….)
-Vous vous êtes mal comporté avec une jeune fille. Vous avez tenté de toucher sa poitrine. Heureusement elle n’a pas voulu porter plainte.
-Quelle fille ?
Mes yeux se sont tournés vers la direction qu’ils m’ont signalée. Mais, c’était toujours « lui » qui était assis sur une banquette. Je me suis embrouillé.
Ce soir, j’ai regagné mon appartement. Les portes n’étaient pas ouvertes. Les fenêtres non plus. J’attendais en vain devant les portes fermées. Mon voisin venait d’arriver. Je lui ai demandé :
-N’y a-t-il personne ?
-Un couple habitait cet appartement. Tout allait bien dans le foyer. C’était un couple heureux. Il se serait passé quelque chose entre eux. Je n’en sais rien. Un beau jour elle l’a quitté. Ma femme l’a vue partir avec son bébé en taxi. Je n’ai pas de nouvelles de ce Monsieur.
-Vous ne me reconnaissez plus ?
Il a hoché la tête pour dire non.
-Bien !
Je suis descendu dans la rue et j’ai commencé à marcher.
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Présentée par la société américaine Apple, SIRI est une application informatique compatible à partir de l’i-Phone4. C’est un assistant personnel intelligent qui répond aux requêtes de leurs utilisateurs. Dans le quotidien du septembre 2012 a paru le fait divers : Un Américain est accusé d’avoir tué son colocataire à Gainesville (Nord de la Floride) : le motif du meurtre était d’ordre amoureux. Les policiers ont étudié les données du téléphone du suspect. Ne sachant pas comment se débarrasser du corps, le meurtre avait demandé de l’aide à… son iPhone : Où cacher le corps de mon colocataire ? Et Siri, toujours prête à rendre service, elle lui a proposé les solutions : marais, réservoirs, fonderie de métaux, décharge…
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