Un moine pas comme les autres

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Ça s’est passé au Sri Lanka, à Batticola, récemment dans une avenue très fréquentée. Un moine bouddhiste, entourés par des officiers de police, pourtant considéré comme un pacifiste et on espère qu’il ne puisse émettre que des incantations pour la paix tout le temps, menace un officier de village, tamoul devant le public, Ce qui importe, c’est que cet incident s’est produit et il serait honteux que si le monde du Bouddhisme n’en prend pas note.

 » Eh toi, crie-t-il, t’es un membre du groupe militant des tigres, j’en suis certain ! À quel point ta présence m’énerve, tu sais. Tu es un officier tamoul et tu ne cesses de déposer des plaintes contre ma communauté cinghalaise. Arrête-les immédiatement et occupe-toi des problèmes de Sribatha et Vilbathu. Si tu exclus un seul cinghalais de son terrain je te tuerai ! La cour des Tamouls connaîtra le même destin que la cour des militants des tigres. Il y a quelque temps, les militants ont tué les Cinghalais et aujourd’hui qu’ils les attaquent, voilà la différence. Attention ! Si tes gens se conduisent dans cette façon, c’est la fin de leur vie, dis-leur. Heureusement, la présence d’un officier de police a sauvé ta peau, sinon tu ne peux pas partir comme ça ! Eh Tamoul paria ! Tu te rappelles bien que, ce terrain n’appartient ni à ton père ni à ta mère. C’est mon dernier avertissement ! (Il se retourne vers l’officier de police) Quelques coups me suffisent de le tuer ».

D’un côté un homme d’État mais Tamoul qui est resté muet ; de l’autre côté un homme religieux mais Cingalais. Entre les deux, qui est le vrai moine, c’est à vous de juger !

Adichanallur : Un témoinage du passé glorieux des Tamouls -Gérard JOSEPH.

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Adichanallur se trouve sur la rive droite de Tamarabrani dans le district de Thoothukudi à l’extrême sud du pays tamoul. Korkai,l’ancienne capitale de la dynastie des Pandyas est à 15 km de Adichanallur.On parlait beaucoup de ce petit village dans les journaux régionaux ( j’insiste le mot »régionaux ») en 2005. Grâce aux fouilles dirigées par Archeolgoical Survey of India (ASI) entre 2003 – 2005, Adichanallur devient peu à peu populaire jusqu’ alors inconnue même chez les Tamouls. Ce site archéologique date de l’âge du fer.Cette découverte fascinante a révélé un témoignage retentissant du passé glorieux et avancé des Tamouls.

Dr.Jagor,un éthnologue et explorateur allemand était le premier à découvrir cette nécropole. Il avait mené les fouilles au hasard et avait deterré des urnes funéraires en terre cuite (mudoumakkal thazhi en tamoul) Ces urnes sont de toutes tailles et toutes formes. Également, s’y trouvaient des armes et des outils en fer,principalement des couteaux,des dagues,des haches etc. En grande quantité, on signalait la présence des ossements et des squelettes. La plupart des objets découverts avaient été emportées par Jagor et disposées au musée de Berlin.( A voir et vérifier par les Tamouls à Berlin).

Ensuite,venait le tour d’un officier britannique de ASI, Alexander Rea. Il commençait ses fouilles en 1889 s’étendant jusqu’au 1905. Hormis d’innombrables belles poteries, il répertoriait également des armes et des outils en fer,des ustensiles et objets personnels en bronze,des outils ménagers en pierre, des colliers,des ornements en or, etc. Au dedans des urnes se révélaient des traces vestimentaires,des balles de riz et millet. Des lampadaires,des flèches,des lances,des épées, des figurines des animaux,etc s’ajoutent à la longue liste des fouilles comptant environ 2000.

Louis Lapicque, un Français, s’est également lancé dans cette aventure en 1904.

En 2004, des jeunes indiens dynamiques sous la direction ambitieuse de

M. T.Sathyamurthy ont entamé leurs fouilles. Presqu’un centenaire s’est écoulé entre les deux fouilles. Ces travaux s’avéraient plus fructueux que les recherches précédentes. A la surprise de tout le monde, ils ont découvert une nécrople qui s’étendait sur une quarantaine d’hectares. Sur 157 urnes funéraires, 57 en étaient intactes. Des squelettes entiers en position accroupie ont été signalés dans les 15 autres. Ce cimetière était planifié à trois niveaux : l’enterrement ancien succédait au plus récent et pour l’enterrement futur, l’espace vide avait été prévu. En grand nombre, on trouvait des mêmes objets que les deux dernières fois. Il y avait,également, une inscription de Tamil-Brahmi. Certains érudits refusent d’y voir une écriture. Donc, le déchiffrement reste contestable. Contrairement à l’usage, l’inscription se trouvait à l’intérieur d’une urne. La datation de ces découvertes peut se ranger entre 800-500 an av.JC.

Autrement,on pouvait citer aussi d’autres découvertes importantes et surtout ces poteries aux motifs géometriques qui ,selon les archéologues désignent les marques des clans. Il y avait dès fois des empreintes digitales. On pourrait dénombrer aussi une urne couverte par une deuxième. Ce qu’on appelle twin-pot system. C’était une question d’hygiène, il semblait.

Et pour couronner le tout, venait une découverte extraordinaire. Ce sont des motifs bien appliqués dedans une urne où il y avait des ossements. Parmi ces motifs, nous distinguons bien au centre,une grande femme fine à la poitrine saillante et vêtue jusqu’au genoux. Ses mains étant tout près de son corps,ses paumes y sont éloignées. Les archéologues sont unanimes que la femme représentait la Mère-déesse. Cette représentation indique le culte de la fertilité. A côté d’elle,on peut noter une gerbe de riz et sur sa tige se posait une grue. On énumère aussi un cerf et un crocodile. Afin de donner un effet dentelé à chaque motif, un petit fil fin avait été utilisé. En général, ce genre de motifs repère-t-on sur les peintures rupestres et non sur la poterie.

Depuis la découverte de cette nécropole, un mystère intriguait les archéologues. Où habitait-elle cette population qui ensevlissait ces morts ? Où avaient-ils fabriqué les perles d’une extrême perfection ?Les fouilles entamées par ASI en 2005 ont élucidé cette question. Un site d’habitation est trouvé à 500 m de la nécropole. Il y avait des vestiges d’un rempart,3 fours à poteries avec du charbon,des cendres et des morceaux de pots. Apparemment,la population était très engagée en activités industrielles. Les archéologues suggèrent que c’était une civilisation de nature urbaine.

Y a-t-il un rapport entre Adichanallur,Harappa et Mohenjadaro? On ne pourrait pas y établir un lien, faute de preuves solides. Personne ne sait quelle langue parlait-on à la civilisation de l’Indus. Le déchiffrement du script de l’Indus défie les épigraphistes depuis plus d’un siècle. Pour déchiffrer n’importe quelle écriture,trois critères sont indispensables : primo, la langue du peuple à ce temps-là ; secundo,les textes bilingues et tertio, les textes devraient être longs. L’écriture indusienne ne répond à nul de ces critères. Alors que la langue de Adichanallur est plus ou moins confirmée comme tamoul,tenant compte de la proximité géographique. La litérature tamoule de l’âge sangam décrit les us et coutumes identiques à Adichanallur ainsi se rapprochant de la langue tamoule. Le script ressemble beaucoup à Tamil-brahmi, selon Iravatham Mahadevan,un expert incontestable et autoritaire dans ce domaine.

Or, en 2006, un instituteur local aux environs de Mayiladuthurai, est tombé sur un objet précieux. Il s’agit d’une hache néolithique (1500 av.JC)en pierre sur laquelle se trouvait une inscription. Elle ressemblait beaucoup à celle de l’Indus. Aussi,en 2008,d’autres fouilles dévoilent les ressemblances avec l’écriture de l’Indus.

Le débat acharné s’enflamme entre les partisans des langues pro-dravidiennes du sud et pro-aryennes du nord. Assumons que l’écriture est dravidienne,on pourrait néanmoins affirmer et sans équivoque qu’il y avait eu des échanges culturels entre les deux peuples de deux extrémités. Ce qui manque cruellement sur ce fait, est qu’une recherche nette et indépendante est impossible. Aucune recherche à ce sujet n’est impartial. Souvent on dramatise ou dédramatise! Il y a beaucoup de subjectivités que d’objectivités. Souvent les Indiens du nord n’admettaient pas la primauté civilisationnelle du sud . Ils rejettent en bloc les opinions venant du sud. Pourtant

60 % des trouvailles archéologiques viennent du pays tamoul mais les excavations entreprises au sud de l’Inde sont beaucoup moins nombreuses que celles du nord.. Au cas où il y aurait d’autres fouilles en l’avenir, on pourrait s’attendre à des grandes surprises.

Revenons au début de l’article! J’ai mis l’accent sur le mot « régionaux »,vous rappelez-vous?. Voilà pourquoi! Aucuns journaux nationaux, excepté « The Hindu »ont détaillé sur ces découvertes dramatiques. Soit ils ont complètement ignoré ou on l’a traité en fait divers. Même les régions voisines de Tamil Nadu traitaient ces informations avec indifférence. Or, c’est un fait historique bien établi.

Si vous êtes interessés à savoir davantage, vous êtes priés de consulter d’innombrables articles et des débats sur le web dont la plupart sont en anglais ou tamoul. Vous pourriez consulter Tamil-brahmi, Asokan brahmi, Adichanallur, civilisation de l’indus,Iravatham Mahadevan, Asko Parpalo, S.R.Rao,Archeological survey of India, etc.

Un musée est en voie de construction à Adichanallur dans le but d’exhiber les fouilles qu’on y a trouvées. Mais les travaux sont arrêtés abruptement pour une raison quelconque souvent bidon. Quand est-ce que ce musée verra son jour? Ce rêve s’accomplira ou s’enfouira comme ces vestiges fabuleux de nos ancêtres?

Seul le Temps répondra…

Gérard JOSEPH.

Remerciements: Le Trait d’Union,Pondichéry.

L’être, a-t-il une raison d’être

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Le sujet du café-Philo à Strasbourg ce mercredi dernier, c’était « L’être, a-t-il une raison d’être »

Pour moi,  d’abord, il n’y pas de différence entre l’être et l’existence, ensuite l’être est composé des cellule vivantes. Avec cette idée à l’esprit, j’ai abordé ce sujet. Bien entendu , certains des interlocuteurs affirment  que l’être et l’existence sont différents.

 

Voici ce que j’ai partagé au débat:

 

Pour trouver les raisonnements de l’être c’est nécessaire de savoir : qui est l’être ? Où peut-on le trouver ?  Et Quels sont les éléments d’un environnement qui peut favoriser le cycle de sa vie ou de son existence.

 

L’être est fait de corps et d’esprit, c’est une union de ces deux, il est également composé de cellules vivantes et animées.

 

  1. C’est donc tout naturellement, l’être, il est là pour agir, pour bouger, pour construite ou déconstruire, pour créer ou détruire, pour révolter ou asservir, pour questionner ou répondre, parce que ce sont des actions qui justifient l’existence d’être, à travers ces actions l’être doit chercher son identité.

 

  1. Dans le trajet de la vie humaine entre le départ et l’arrivé, autrement dit entre la naissance et la mort, l’être est quelque part dans le cheminement. Une fois il est né, il est devenu un être, Dans cette situation, l’être n’a pas d’autre choix que survivre, puis que dans le cycle de la vie, il est condamné à perpétuité, c’est -à dire jusqu’à la mort

 

  1. Puis selon le Bouddhisme ou Hindouisme, l’être, c’est un éveil spirituel, c’est-à-dire une réalisation de soi, il s’agit de réaliser les objectifs de soi.

 

  1. Le monde est fondé sur le principe de dualisme, pour affirmer le néant, l’être doit exister. Ainsi le dualisme justifie la raison d’être par la coexistence de l’être et le néant

 

  1. L’être est une dent de la roue dentée, pour un bon fonctionnement de la machine ou de la société, une dent saine, active est importante. Non seulement pour ceux qui dépendent de lui (la famille, les ouvriers, le pays etc.) et aussi pour sa propre survie, et donc l’être a raison d’être.

 

  1. Même ceux qui refusent d’être, donnent leurs raisons d’être en se donnant leur vie, je ne parle pas de folies meurtrières, je cite ici des êtres-suprêmes qui perdent leurs vies pour l’humanité.

 

  1. Enfin, le monde se tourne ou s’avance grâce à ceux qui comprennent la raison d’être, je pense à tous les intellectuels, érudits, savants artistes, écrivains y compris la nature, les animaux etc.

 

J’aimerais connaître votre réflexion sur se sujet. Merci d’avance.

De Pondichéry à Strasbourg -Nagarathinam Krishna

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Depuis sa création, l’homme se déplace. Pour vivre, par nature, il faut bouger, c’est le sort de l’homme et l’animal. Nous ne pouvons pas rester donc sur un point fixe comme des arbres, qui au contraire, pour croître et se développer cherchent tout ce qu’l leur faut, sur place : l’eau, la lumière et d’autres éléments nutritifs.

Il y a deux mille ans, avant Jésus Christ, un poète s’appelait Kaniyan Poungounranar disait : « Tous les pays sont à nous et tout le monde est notre famille ». Si l’on pose la question à un Syrien d’aujourd’hui, qui quitte son pays déchiré par la guerre, il s’alignerait avec la pensée du poète sans la moindre hésitation. Aujourd’hui, le vers de poète, plus que jamais est devenu une sorte de maxime, une portée universelle du monde. La preuve, on assiste à ces derniers temps, un flux migratoire sans précédent partout dans le monde.

Ce n’est pas aussi simple que l’on croit de partir d’un pays qui pourtant nous accompagnait depuis la naissance jusqu’à une majeure partie de la vie. Quand on quitte un pays, on se quitte avec tout ce qu’on s’est familiarisé. En d’autres mots on se sépare de nous-mêmes. Pourtant, certains entre nous, comme moi -d’ailleurs, voulons partir du pays d’origine, dont les raisons sont diverses. Parmi lesquelles, il y en a deux qui peuvent être assez facilement distinguées : l’une est politique et l’autre est économique. Quelle que soit la raison de son départ, à travers cette aventure, l’homme tente d’avoir une vie meilleure. Donc, il y a un prix à payer. Ce prix pourrait comprendre la maison où il est né, le terrain où il jouait avec ses amis, et des endroits qui lui permettaient d’avoir des moments chaleureux et conviviaux.

Dans mon parcours, Pondichéry comme Strasbourg tous deux sont importants. A vrai dire, Pondichéry, c’était une ville d’accueil. Dès son antiquité, tout au long de son histoire, grâce à sa position littorale sur la côte Coromandel et ayant pu bénéficier de nombreux privilèges, offerts par les Etats indiens successifs, la ville accueille aujourd’hui comme hier, des gens d’ailleurs.  C’est une ville à la portée de mon village natal, cela n’était pas donc étonnant que je l’aie choisie comme un point de repère de ma vie. Et donc la ville Pondichéry s’était devenue le jardin de mon enfance, un terrain de jeu à l’âge de l’adolescent et la terre de fiertés lorsque je me promenais dans les rues comme Barathi, Gandhi et Sri Aurobindo.

Au moyen des noms des protagonistes qui écrivirent l’histoire de Pondichéry, des institutions françaises, des édifices coloniales, des mots comme : hôpital, potion, école, directeur, cahier, bureau, régie chez les vieux citadins, et avant tout, de la présence de nombreux souches françaises au territoire, la ville nous confirme son éternelle relation avec la France.

Si l’on demande à un Français de nouvelle génération, ‘ quels sont les anciens comptoirs français en Inde, il y aura une forte chance d’être déçu. Pourtant Pondichéry était sous l’administration française jusqu’en 1954. En revanche, pour la majeure partie d’indiens, Pondichéry c’est un petit Paris.

Puis, il y a un autre Pondichéry, avec toute sa grandeur et sa beauté, s’est figé dans mon souvenir depuis longtemps, C’est le Pondichéry des années 60 à80 et je les regarde souvent avec nostalgie : Le point du jour et son tour de magie sur la mer, les bourdonnements des vagues au petit matin, accompagnés du son des cloches du temple confinés au sublime, et surtout la peinture de la pluie au ciel de Pondichéry pendant la mousson. En fait, j’aimais la pluie de Pondichéry dont je n’arrête pas de parler dans mes romans.  Avec tout cet environnement, j’ai fait mes études, je travaillais dans la fonction publique, je me suis marié et poursuivais des missions prescrites par la société indienne pour un Grihasta (Un des quatre stades de la vie des Hindus en Inde).

A Strasbourg, le mythe français avec toutes ses mystères et merveilles m’attendait. J’avais eu la nationalité française par mariage en 1977. Une maxime tamoule dit : « Si nécessaire, voyagez même en mer pour gagner de l’argent ».  C’est le rêve d’un Indien sur deux en Inde. Malgré tout, je n’avais pas envie de partir, mais le destin en a décidé autrement. C’était en été de1985, je suis arrivé en France. Aujourd’hui, ayant la possibilité de me rendre souvent en Inde, je ne regrette pas de l’avoir quitté.

En arrivant à Strasbourg j’ai constaté qu’il y a quelques similitudes entre les deux villes. Par sa taille, avec son peuple de différentes cultures, Strasbourg m’a déjà attiré au premier abord. La ville et ses environs possèdent de nombreux charmes. Elle est aussi un point de départ idéal pour découvrir les merveilles d’Alsace. Avec sa cathédrale de l’architecture gothique, le centre-ville, le parlement européen, la petite France et ses maisons à colombages, la fleuve Rhin, les Deux-rives, le massif des Vosges, des espaces-verts, le piaillement discret des oiseaux, surtout celui des cigognes, Strasbourg nous parvient à retenir. De plus, en temps de pluie, Strasbourg me donne les mêmes impressions que Pondichéry.

C’est à Strasbourg en consacrant quelques petites heures pour la lecture, j’ai découvert la richesse de la littérature à la fois dans la langue tamoule et dans la langue française. J’en ai reçu beaucoup de deux côtés, je dois donc à eux, ce que j’ai reçu. Créer un pont littéraire entre les deux langues est un moyen, non seulement pour mener à bonne fin de ma reconnaissance envers les deux langues et aussi pour permettre une partie des gens de deux langues d’aller d’une rive à l’autre et de déguster la saveur de la littérature. Donc, j’ai commencé à écrire des romans et des nouvelles en appréciant à la juste valeur de ces pays.   J’écris des essaies en tamoul et j’ai traduit des livres comme : L’amant, de, Bonjour Tristesse, le Procès-Verbal, les cauchemars de Karl-Marx et une trentaine des nouvelles de grand écrivains français pour faire connaître aux lecteurs tamouls. Afin de compléter cette démarche, un site nommé Chassé-Croisé : France -Inde, s’est lancé, il y a deux ans avec le concours de mon ami S.A. Vengada Soupraya Nayagar.Le site nous aide à présenter des écrivains tamouls aux Français. Mais, comme dans toutes les bonnes causes, nous aussi, rencontrons des difficultés à tenir correctement, par conséquent, le délai est long entre les publications.

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En Inde, la caricature des divinités hindoues n’est plus en odeur de sainteté-Julien Bouissou

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Peut-on caricaturer une divinité hindoue ? Le célèbre magazine américain Fortune, dont la ligne éditoriale flirte peu avec la satire, vient de faire une amère expérience. En janvier, celui-ci a publié sur sa couverture un dessin de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, sous les traits de la divinité Vishnou pour illustrer un long reportage sur la conquête de l’Inde par le site marchand américain. Jeff Bezos est représenté avec un teint bleu, un point rouge sur le front, portant une fleur de lotus à sa main gauche, un tatouage de son enseigne sur l’autre.

Déguisé dans cet apparat, on lui offrirait sans sourciller une prière et quelques offrandes. Mais, quoi qu’en pense Fortune, le dieu du commerce électronique, et encore moins Jeff Bezos, n’a pas encore sa place dans le panthéon hindou. « Le Seigneur Vishnou est une divinité majeure et vénérée de l’hindouisme qui peut être révérée dans les temples et les autels, et non pas utilisée de façon inconvenante », s’est emporté Rajan Zed, le directeur de la Société universelle de l’hindouisme basée au Nevada, aux Etats-Unis, précisant que « l’usage inapproprié de concepts et de symboles hindous à des fins mercantiles n’était pas acceptable ». A la suite de cette polémique, le directeur du magazine s’est excusé auprès de fidèles hindous, par le biais d’un communiqué : « Il est clair que nous nous sommes trompés et nous nous excusons. »

Le joueur star de cricket Mahendra Singh Dhoni, qui bénéficie pourtant d’un statut de demi-dieu en Inde, n’a pas eu droit à plus de clémence. Il a été représenté il y a quelques années en couverture d’un magazine indien sous les traits de Vishnou portant au bout de ses nombreux bras les différentes marques qu’il sponsorise, et notamment celle d’une chaussure de sport. Sacrilège ! Les pieds sont considérés en Inde comme impurs. Le joueur a été visé par une plainte, alors qu’il n’était pour rien dans ce choix éditorial. Le seul à avoir été épargné, étrangement, est le premier ministre indien, Narendra Modi. Il avait été représenté, au lendemain des élections de mai 2014, sous les traits du dieu Brahma dans le quotidien Mumbai Mirror.

On savait la liberté d’expression menacée en Inde par les conservateurs hindous, mais aussi chrétiens, musulmans ou sikhs. Plusieurs livres ont été retirés de la vente sous leur pression, des salles de cinéma projetant des films « hérétiques » ont même été saccagées. Même la France n’est pas épargnée. Le fabricant de chaussures Minelli avait dû retirer des ventes une paire d’escarpins où était imprimée une image du dieu Ram. Le film Les Bronzés 3, dans lequel une image du dieu Shiva est déchirée, avait été vilipendé. En 2006, l’organe de presse des nationalistes hindous, Organiser, avait trouvé un argument étonnant pour réclamer l’interdiction du film : Shiva est « le prophète le plus vénéré des hindous ». Un prophète, Shiva ? Ce qualificatif avait surpris de nombreux spécialistes de l’hindouisme. Faut-il penser, comme le journaliste indien Abhijit Majumder, que « l’extrême droite hindoue finit souvent par incarner l’ennemi qu’elle prétend combattre : l’islam radical » ?

« Toutes nos divinités hindoues sont des caricatures »

L’hindouisme n’est pas une religion au même titre que l’islam ou le christianisme : elle n’a ni dogme, ni clergé, à savoir aucune autorité spirituelle reconnue comme telle par tous les fidèles. L’intolérance dont se disent victimes les radicaux hindous, « au nom du respect de leurs croyances », n’est donc pas partagée par tous, loin de là. La tradition de la caricature en Inde est ancienne. Charles Dickens, qui pariait sur son échec au prétexte que « le tempérament asiatique est grave et qu’il ne trouve aucun plaisir à l’amusement en tant que tel », s’est trompé. Le Mahatma Gandhi avait eu l’idée de reproduire dans son journal Indian Opinion, publié en Afrique du Sud, les caricatures de journaux satiriques britanniques qui s’en prenaient à l’empire colonial. On y trouvait déjà des divinités hindoues, allègrement caricaturées. Qu’il est difficile pour un dessinateur indien de résister à la tentation de caricaturer les divinités hindoues ! Le célèbre dessinateur Kaak était bien obligé de le reconnaître : « Toutes nos divinités hindoues sont des caricatures. »

Il suffit de regarder la richesse et la variété de l’iconographie hindoue dans la culture populaire. Pas une représentation de Vishnou qui ne ressemble à une autre. Toutes sont déformées, différentes, en fonction du contexte culturel et de l’histoire de chaque région. Les représentations de divinités saturent même l’espace public : elles sont sur les calendriers, dans la publicité. On les a même placardées le long des murs dans les villes pour dissuader les piétons d’uriner sur place. « Les caricaturistes ramènent dieu sur terre », explique Ritu Gairola Khanduri, professeure à l’université du Texas, aux Etats-Unis, auteure d’un passionnant ouvrage sur « la culture de la caricature en Inde » (Caricaturing Culture in India, Cambridge University Press, non traduit). « La caricature indienne peut retourner les esprits et montrer au reste du monde à quel point les dieux peuvent nous faire rire et grimacer sur nos situations politiques, ajoute l’universitaire. Les dieux sont tout-puissants, n’est-ce pas ? »

Julien Bouissou, Le Monde.fr le 1er février 2016

Les pulsions tyranniques du pouvoir -Pratap Bhanu Metha*

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L’arrestation de Kanhaiya Kumar [leader d’un syndicat étudiant] et la campagne de répression lancée pour étouffer l’opposition politique à l’université Jawaharlal-Nehru (JNU) de New Dehli donnent à penser que notre gouvernement est à la fois terriblement pernicieux et politiquement incompétent. Il utilise le nationalisme pour réprimer le patriotisme qui s’exprime dans l’attachement à la Constitution, l’usage tyrannique de la loi pour étouffer la dissidence, le pouvoir politique pour régler ses comptes et le pouvoir administratif pour détruire les institutions.

Cette répression serait motivée par des slogans hostiles à la nation qui auraient été scandés à la JNU et par le rassemblement organisé à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Afzal Guru [séparatiste cachemiri dont l’exécution secrète en février 2013 a marqué la fin du moratoire sur la peine capitale]. En réalité, la réaction disproportionnée du gouvernement semble au plus haut niveau tyrannique : il a fait arrêter Kanhaiya Kumar [pour sédition], alors que le discours de celui-ci n’était en rien hostile à l’Inde  Mère Inde.

La fureur avec laquelle les ministres de l’Intérieur et du Développement des ressources humaines ont entonné le thème de la défense de “Mère Inde” et de l’éradication des manifestations anti-indiennes suggère plusieurs choses. D’abord, la décision politique a été prise au plus haut sommet de l’Etat. Ensuite, c’est une déclaration ouverte destinée à faire comprendre qu’aucune opposition ne sera tolérée. Cela montre clairement que le gouvernement revendique haut et fort le monopole du nationalisme.

C’est une démonstration de force brutale contre un discours qui n’incitait en rien à la violence. Les mesures de répression tirent parti de l’ignorance de la loi sur la sédition. C’est une action insidieuse par sa remarquable capacité à faire de l’ignorance le porte-flambeau du nationalisme. Le gouvernement ne veut pas seulement étouffer l’opposition, il veut étouffer la pensée, comme en témoignent ses assauts répétés contre des universités.

Le patriotisme qu’il défend requiert l’anéantissement de toute pensée. Ne créons pas de confusions. Certains étudiants ont peut-être exprimé des idées critiquables [des slogans favorables à l’indépendance du Cachemire auraient été entendus], mais l’université est un lieu où l’on doit pouvoir débattre, y compris de la pendaison d’Afzal Guru [condamné pour avoir fomenté un attentat au Parlement indien en 2001]. Et rien de ce qui a été dit ne répond à la définition de l’illégalité au sein d’une démocratie libérale. Par ailleurs, notre société est en train de perdre de vue un point essentiel : le fait qu’un individu manifeste son désaccord ne justifie pas l’usage du pouvoir coercitif de l’Etat. La critique du mouvement étudiant est en fait affaiblie par le recours à la force. En outre, ce qui est en cause ici n’est pas la définition du patriotisme ou de l’hostilité à la nation.

OPINION

Une grande partie des médias et de l’intelligentsia laissent naïvement le débat s’engager autour de la question du nationalisme. Aussi, au risque de l’hyperbole, je dirais que le moment est venu d’affirmer qu’être hostile à la nation n’est pas un crime. Car, si le nationalisme est pris dans un sens étroit, si la définition qu’on en donne ne tolère pas la critique, si elle s’aligne sur la tyrannie, si elle tire parti de l’ignorance et de l’anti-intellectualisme et si son but est de déchaîner une passion destructrice, alors s’élever contre son pays est peut-être même une obligation. Ne nous méprenons pas : un tel recours au pouvoir de l’Etat a pour but de mettre les défenseurs de la liberté, les critiques radicaux de l’Etat, sur la défensive. Il vise à faire de nous des traîtres.

L’université est un lieu où l’on doit pouvoir débattre

Ressentiment. Pernicieuses, les mesures prises par le gouvernement sont aussi politiquement ineptes. Au sens strict, la répression répond à ses objectifs : polariser et désorienter l’opinion en débattant sans cesse du nationalisme, et attiser le ressentiment contre les institutions qu’il a étiquetées comme étant de gauche. Mais, à long terme, elle va porter préjudice à sa crédibilité. Pour commencer, elle fournit à l’opposition le prétexte dont celle-ci avait besoin pour s’unir. Et elle serait parfaitement dans son droit. L’opposition n’est pas une chose à traiter à la légère.

Si terrible que soit le bilan du parti du Congrès [membre de la coalition au pouvoir de 2004 à 2014] et de la gauche en matière de liberté d’expression, c’est le moment pour eux d’annoncer un nouveau départ. Mais ils doivent retenir cette leçon. Ils se sont parés de toutes les vertus depuis longtemps, alors que ce sont eux qui ont créé et utilisé les instruments légaux de répression dont le BJP [Bharatiya Janata Party, le parti nationaliste hindou au pouvoir] se sert aujourd’hui. La politique menée face à l’opposition doit être préservée de tout opportunisme.

Et la répression est le signe d’un manque total de jugement au sein du gouvernement, où des ministres ont trouvé le moyen de déclencher une crise nationale à partir de ce qui n’était, somme toute, que des problèmes mineurs de la politique étudiante. Les efforts de l’ABVP, le syndicat étudiant nationaliste hindou, pour pousser le gouvernement à s’ingérer dans les affaires universitaires pour des raisons d’ordre idéologique ne présagent rien de bon pour l’avenir. Ils ont même fourni à un grand nombre de citoyens qui ne soutenaient pas la gauche un motif pour se joindre à elle. La JNU, dont l’importance dans la vie intellectuelle du pays avait décliné, a été revigorée grâce au BJP. Il en ressort que le parti au pouvoir est incapable de réprimer ses pulsions fondamentales, mais cette médiocre politique du ressentiment corrompt ses objectifs à long terme.

Une démocratie qui laisse l’opposition tranquille est une démocratie robuste

Subversion. Le BJP n’a toujours pas tiré les leçons des deux dernières années. Le débat sur la tolérance va éclipser tout le reste, non pas à cause d’une collusion viscérale contre lui, mais parce que la défense de la liberté est un élément vital de la démocratie. Et en l’occurrence, c’est le BJP qui a fait monter les enjeux. Il y a aussi une subtilité que le parti nationaliste ne semble pas avoir comprise : hormis en cas de violences réelles et immédiates, une démocratie qui laisse l’opposition tranquille est une démocratie robuste. Car tant que ceux qui repoussent les limites de la liberté d’expression ne sont pas menacés, l’ensemble de la population se sent en sécurité.

Aucun des actes des étudiants n’a autant menacé l’Inde que la subversion par le gouvernement des notions de liberté et de jugement. Nos ministres doivent comprendre que si l’objet du débat est le nationalisme, ce sont eux, et non la JNU, qui devraient être sur le banc des accusés. Car ils ont menacé la démocratie, et c’est l’acte le plus antipatriotique qui soit.

— Merci au  Courrier International  le 25 février 2016 et CIDIF-INDIA

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*Président du Center for Policy Research à Dehli

 

Une traduction litigieuse -Julien Bouissou

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C’est une traduction litigieuse qui a gâché des mois d’efforts en matière de diplomatie culturelle. La Chine était l’invitée d’honneur du Salon du livre de New Delhi, début janvier, avec huit écrivains et 81 maisons d’édition du pays présents sur place. L’invitation avait été lancée au lendemain de la visite en Inde du président chinois, Xi Jinping, en septembre 2014. Quoi de mieux que la littérature pour sceller l’amitié entre les peuples ? C’était compter sans certains choix de traduction qui compliquent l’amitié plutôt qu’ils ne la facilitent. Fin décembre, la traduction chinoise du recueil de poésie Les Oiseaux de passage, rédigé par l’un des auteurs indiens les plus célèbres du XXe siècle, le Prix Nobel de littérature Rabindranath Tagore, a suscité le malaise. «Le monde, pour son amant, retire son masque d’immensité»a été traduit par : «Le monde, pour son amant, retire les sous-vêtements recouvrant son immensité.» C’est un lecteur chinois qui a relevé la maladresse et sauvé l’honneur du pauvre Tagore. Lequel avait, paix à son âme, visité Shanghaï en 1920 pour promouvoir l’amitié entre les deux peuples et inauguré une « Maison de la Chine » dans son ashram de Shantiniketan.

Aussitôt révélée, début décembre 2015, la maladresse a été qualifiée d’«attaque terroriste culturelle» et son auteur, Feng Tang, d’«obsédé des hormones» dans la presse chinoise. D’autres sont au contraire venus au secours de ce traducteur, qui est aussi un écrivain populaire en Chine, au motif que son droit à l’interprétation devait être respecté. L’ouvrage a finalement été retiré de la vente. «L’œuvre de Tagore a d’abord été traduite du bengali à l’anglais, puis de l’anglais au chinois, ce qui explique sans doute cette approximation», relativise Bikash Niyogi, le directeur de la maison d’édition indienne Niyogi Books. Il faut dire que les éditeurs indiens sont sensibles aux opportunités du marché chinois. «Le Salon du livre de Delhi est un pas supplémentaire vers la création d’un marché pour nous en Chine et vice-versa, il est temps que nous nous redécouvrions», reconnaît Diya Kar Hazra, la directrice de l’éditeur Pan Macmillan India.

Méfiance réciproque

Le traducteur, qui devait participer à une conférence à New Delhi sur « la contribution de Tagore à la littérature chinoise », a annulé, en toute sagesse, sa visite. Son éditeur l’avait mis en garde contre des menaces sur sa sécurité dans la capitale indienne. A-t-il reconnu une quelconque erreur ? Bien au contraire, à en juger l’entretien accordé par Feng Tang au magazine India TodayTagore lui-même était irrévérent et il n’était pas quelqu’un qui aimait être vénéré. Ce qui me dérange, c’est la manière dont [les critiques]décident de ce que Tagore voulait dire.»

Cette maladresse de traduction risque toutefois d’entretenir la méfiance réciproque qui gangrène les relations entre les deux pays, à la fois si proches et si lointains l’un de l’autre. Une guerre les a opposés en 1962, et les deux capitales continuent de se disputer la souveraineté de plusieurs territoires. Malgré leur frontière commune, les échanges culturels sont anémiques et il n’y a guère que le bouddhisme et la chaîne de l’Himalaya qu’ils ont en commun. L’Inde et la Chine ne sont pas encore tout à fait «une âme et deux corps» comme l’avait clamé, en 2014, le premier ministre indien aux côtés de son homologue chinois. Et pas seulement à cause de problèmes de traduction.

Merci:  C.I.D.F  et Le Monde (le 29 janvier 2016)