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Animal –( Nouvelle tamoule ) – Vannanilavan

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Vannanilavan est le pseudonyme de Ramachandran, né à  Dadankulam, au sud de l’état indien du Tamilnadu. Il est l’un des écrivains les plus importants qu’ait connu la langue tamoule dans les années  70. Grâce à leur qualité d’écriture et leur singularité, ses nouvelles ont un exceptionnel pouvoir  sur  ses lecteurs. Esther, Paampum pidaaranum et Tharmam, sont  ses recueils de nouvelles les plus célèbres. De Même Kadal puram, Kambanathi, Reunis Iyer theru et Kalam sont ses romans les plus lus.  En tant qu’artiste dans les écrits, Vannanilavan sait  bien, comment exposer des images inhabituelles conçues par l’esprit durant la crise. D’ailleurs, la mise en forme parfaite de sa nouvelle est aussi très réputée dans le monde littéraire. Nanjilnadan un autre écrivain célèbre voit en lui le digne héritier de Pudumaipithan, le père de la littérature tamoule moderne. L’année dernière, un magazine littéraire  a sorti  un numéro spécial lui étant entièrement consacré.  Au début de cette année, la fondation Saral en Inde a honoré ce grand écrivain.

                                                          Animal

                                                                                  – Vannanilavan

Il n’y avait rien que des brindilles dans son panier en osier. Cependant, il était bien lourd. Apres l’avoir posé à terre, Sivanu Nadar s’assit sur une borne qui se trouvait à proximité. Son odeur corporelle était telle, qu’il en avait lui-même la nausée. Le dernier beedi, le tabac indien qu’il a fumé, c’était il y’a sept ou huit jours. L’odeur du beedi était toujours présente sur son visage.

Les entrées de tous les foyers lui semblaient calmes sans exception. Quatre ou cinq maisons après, un corbeau était assis seul, sur un mur en argile, et le fixait. Hier matin, lorsque la charrette passa par le temple Malaichi Amman, un corbeau s’était envolé au dessus de sa tête. Deux jours auparavant, il en avait aperçu un autre. « Ou s’agissait-il du même ? « se demanda-t-il en tournant la tête.

Un chien blanc essayait de forcer la porte de la maison en passant son museau dans l’interstice. La porte s’ouvrit un petit peu et se referma tout de suite. Sivanu Nadar n’arriva plus à contenir sa joie et son étonnement. Il se leva subitement et se dirigea vers la maison. Le chien en l’entendant arriver tourna la tête et recommença à ouvrir la porte de toute ses forces. Sivanu Nadar se pencha et chercha un caillou. N’en trouvant aucun, il ramassa des morceaux de briques, tuiles et granites provenant d’un mur érodé par la pluie et les lança en direction du chien. Le chien courut un peu plus loin et s’arrêta. Sivanu Nadar poussa la porte et entra dans la maison avant que le chien ne revienne vers lui. Une fois la porte refermée, il entendit le chien venir en courant et s’arrêter près de la porte. Il était content d’avoir pu rentrer dans la maison.

La maison lui était familière. Il y est venu plusieurs fois. C’est d’ailleurs lui qui a arrangé tous les mariages de cette maison. La maison avait deux parties. A côté de la cuisine se trouvait une petite chambre à provisions, à l’extérieur de celle-ci, il n’y avait qu’un thinnai (pyol )*en croisillon et rien d’autre.

Il fallut du temps à ses yeux pour s’habituer à la cuisine. Un mélange d’obscurité et d’odeur de cendres en sortait. Il ouvrit les portes d’une fenêtre, qui se trouvait juste au-dessus de la cuisinière. Mais il ne voyait rien, à part quelques cendres et une marmite en terre cuite posée sur la cuisinière.

La porte de la chambre à provisions était ouverte. Derrière la porte, il y avait un nellikuthir, la grange à riz. Un chiffon, qui servait à boucher son trou, était tombé par terre. Sivanu Nadar se pencha pour regarder à l’intérieur du nellikuthir. Au fond, il n’y avait qu’une fine couche de poussière et quelques graines de riz. Une grosse caisse en bois se trouvait à côté du nellikuthir. Sivanu Nadar tenta de la bouger avec toute son énergie. Quelques vaisselles en déboulèrent. Au dessus du seuil de l’entrée, une photo était suspendue recouverte de toiles d’araignée. Il regarda les personnages de la photo, l’un après l’autre. Il les connaissait tous. Il était embarrassé de rester là.

Au moment de partir, il aperçut une vieille boîte d’Ovomaltine derrière la porte en face du nellikuthir. Il s’empressa de se diriger vers elle. Il fut ravi de voir des fourmis sortir de la boîte. Il souleva la boîte et ouvrit son couvercle. Au fond, il restait encore un peu de canne à sucre en poudre. Suffisant pour préparer le café au moins deux fois. Il prit la boîte et s’assit devant la porte. Il la frappa légèrement contre le sol. Les fourmis se mirent à se disperser et coururent partout. Entre temps, il remarqua l’ouverture et la fermeture de la porte de la cuisine. Lors de l’ouverture, il vit également la truffe noire du chien.

En peu de temps, toutes les fourmis étaient parties. Il revint avec la boîte et se cacha derrière la porte de la cuisine. Cette fois, lorsque le chien passa son museau dans la porte entrouverte, il essaya de la refermer en appuyant sur la porte de toutes ses forces. Le chien commença à pousser des cris et des hurlements étranges, un son qu’il n’avait jamais entendu auparavant. En entendant ces hurlements, Sivanu Nadar craignait de relâcher sa prise sur la porte. Après plusieurs tentatives, la porte s’était bien fermée au support coulissant. La peur rendit Sivanu Nadar immobile. A l’extérieur, le mélange de cris et des hurlements continuait de se faire entendre, puis s’éteignit peu après. L’endroit où le chien avait laisse entrer son museau pour pousser la porte était parsemé de gouttes de sang. Étant toujours sous le choc, Sivanu Nadar resta à l’intérieur de la maison en tenant fermement la boîte pendant quelque temps avant de sortir.

Dehors, au pied de la porte où le chien s’était débattu pour sortir son museau, des griffures ont semé la pagaille sur le sol et sur le bas de la porte. Le sol était recouvert de sang. Un sang qui n’avait pas la couleur du sang humain mais était plutôt orange et graisseux. Lorsqu’il leva les yeux, Sivanu Nadar aperçût toujours le même corbeau, assis seul quatre ou cinq maisons après, sur un mur en argile, et qui le regardait. Il essaya de faire partir l’oiseau en remuant la boîte qu’il avait dans la main. L’oiseau restait muet, sans bouger. Il relança le morceau de brique qu’il lui a servit pour effrayer le chien. Il pensa que l’oiseau s’envolerait. Mais celui-ci alla s’asseoir sur un autre mur en argile, deux maisons plus loin et recommença à regarder Sivanu Nadar.

Il croyait que l’animal était caché et par conséquent avança avec prudence. En jetant un œil bien assuré dans toutes les directions, il alla vers sa maison. Il faisait jour, cependant il avait peur en voyant toutes les portes des maisons alentours closes. Il pensait que le chien se cachait quelque part et pouvait l’agresser. Pour se mettre en garde contre cette attaque éventuelle, il marchait au centre de la rue. Ce n’est qu’en s’approchant de sa maison qu’il se souvint de son panier.

Des qu’il rentra chez lui, il referma la porte derrière lui. La satisfaction était telle qu’il ne l’avait jamais vécue auparavant. Dans la boîte d’allumettes, il n’y avait que trois bâtonnets. Il commença à réunir toutes les conditions nécessaires afin de lui assurer du feu avec une seule allumette.

Ce jour-la, il n’était sorti ni le soir, ni la nuit. Le matin, à son réveil, il regarda par la fenêtre. Le chien était assis à l’entrée.

-Traduit du tamoul par  Nagarathinam krishna

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*. Un thinnai est une plate-forme longue et étroite attachée à l’avant de la maison, donnant sur la route et ombragé du toit qui s’étend au-delà de la maison. Ces plates-formes ont été nivelés lisses et parfois avaient des dalles de pierre posé sur eux, pour le confort.

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