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A malin, malin et demi – Ki. Rajanarayanan

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Ki.Rajanarayanan (Ki.Ra)

Rayangala Shri Krishna Raja Narayana Perumal Ramanuja Naicker dit Ki.Rajanarayanan est né le 16 septembre 1922 à Idaicheval, près de Kovilpatti, Thirunelveli, Tamil Nadu. Il a abandonné ses études à l’âge de 12 ans. Dès lors, il a passé le temps en observant la nature et son entourage. Il est connu pour son style distinct et non conventionnel qu’il a introduit dans la narration des écrits littéraires tamouls : la langue parlée, surtout les dialectes de sa région natale. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles.  Son roman Gopallapurathu Makkal lui a remporté le prix de Sahitya Akadémy en 1991. Spécialiste des contes folkloriques, il en a publié plusieurs recueils et un dictionnaire des mots et des expressions folkloriques. Le conte traduit ici se trouve dans son œuvre intitulée Thatta sonna kathaikal,publié en 1984.Il vit à Pondichéry depuis vingt ans.

 

A malin, malin et demi       

                                                              Ki.Rajanarayanan.

Traduit par S.A.Vengada Soupraya Nayagar.

 

Il y avait une fois un bouc qui vivait chez son maître. Attaché par une corde dès sa naissance, il n’a jamais pu se déplacer. Un beau jour, le bouc comprit qu’il n’y a personne pour le surveiller chez son maître. Il décida de profiter du moment propice pour s’enfuir. Il rompit sa corde, s’échappa de chez son maître et prit la route. Une fois engagé en chemin, il découvrit que le monde est merveilleux et regretta d’avoir gaspillé la majeure partie de sa vie sans bouger.

Il régalait de toutes les herbes de parfums différents. Il en dégustait pour la première fois.  On dirait que c’était le jour le plus heureux de la courte vie du bouc. Il parvenait ainsi dans les bois entourés de collines. Le bouc mangeait tout son content. Rassasié, il eut soif. Il se rafraichit à l’eau limpide d’une source fraîche. Pour se reposer il chercha un abri paisible. Il n’en trouva apparemment rien. A son insu, il finit par trouver une tanière. Végétarien invétéré, le bouc n’aima pas trop cet endroit rempli d’odeur sanguine des déchets d’os décharné, de dépouilles et de rapines.

Mais le bouc n’avait pas de choix. Il se mit à l’aise avant de mâcher le foin en détente. Le bouc se reposa dans cet endroit isolé ignorant le fait que c’était une tanière du lion : le roi de la jungle était parti à la chasse. De son retour, le lion était surpris de voir les traces  étranges près de sa demeure.  Comme il n’y avait pas de bouc dans cette brousse, le lion n’a pas pu reconnaître  les traces d’un tel animal. De plus, on a si peur  du lion qu’aucun animal n’a le courage de s’approcher de la tanière du fauve. Donc, le lion s’exclama :

–    Qui est cet animal audacieux !

A vrai dire, il était un peu sidéré. Il se dit « Peut-être l’animal qui est entré chez moi doit être plus féroce que moi ».

Piqué par la curiosité, il décida d’y entrer pour le constater.

Comme c’était la première fois qu’il voyait un bouc, le lion était terrifié autant par le visage que par l’aisance du bouc : la barbiche pointue, les yeux mi-clos. Le bouc continua à ruminer sans souci. De son coté, le bouc n’avait jamais vu un lion. Mais notre bouc avait un cœur vaillant. Le lion ne savait que faire. Pourtant, il croyait qu’il serait prudent de faire la connaissance de l’animal qui occupait son territoire.

Alors il lui parla:

–         Je m’excuse, qui est entré chez moi ?

Le bouc d’un ton solennel répondit :

–         Qui est cette bête qui a l’audace de m’adresser la parole ?

Effrayé par le débit et le ton du bouc, cette fois-ci le lion a conclu qu’il avait affaire à un animal plus redoutable que lui. Quoi qu’il en soit, il décida de se présenter devant cet inconnu :

–         Je suis lion, le roi de la jungle. Sois le bienvenu chez moi !

C’était vrai. Le bouc n’avait jamais vu un lion. Mais sa mère lui avait raconté pas mal d’histoires sur les lions et les autres prédateurs. Pourtant, il se dit :

«  De toute façon, je serai tué ce soir. Mais dois-je mourir comme un lâche ? A l’instar de mes ancêtres, je vais affronter la mort et mourir en héros. »

Donc, le bouc réagit:

–         Tiens ! C’est toi qui te prends pour un roi ? voire, le roi de la jungle ? Entre. Sais-tu qui suis-je? Je suis le roi de toutes les jungles. J’attends ici pour te dévorer. Je sais bien que tu rentres à cette heure là. Allez ! Dépêche-toi, entre vite.

Le lion ne saurait perdre même une seconde de plus. Il prit ses jambes à son cou et disparut. Un renard qui vit cette fuite, s’étonna de voir le lion courir  de peur. Ce n’était que les autres animaux qui se sauvaient en entendant le lion rugir. Alors, le renard l’interpella :

–         Sire, pourquoi vous courez trop vite ?

Soulagé de voir quelqu’un pour partager son angoisse, le lion lui confessa :

–         As-tu vu l’empereur ?

Le renard se frotta la tête. Il n’arriva pas à comprendre le problème..

–         Sire, que dites-vous ? un empereur ?  qui est-ce ?

–         Le roi de tous les rois, le plus grand parmi nous.

–         Oh ! ce genre de choses, ce n’est que pour les gens de ville. Chez nous, les animaux, nous n’avons pas ce titre.

–         Tu parles ! Je viens de voir un empereur. Le roi de toutes les jungles.

Ne tardons plus. Partons d’ici tout de suite. Il faut trouver une forêt où il n’y  a ni les rois ni les empereurs.

Le renard réfléchit :

«  Eh oui, notre roi, bien qu’il soit grand et féroce, manque un peu de bon sens ».

Il reprit la parole :

–         Sire, pourquoi vous prenez une telle décision hâtive ?

–         Parce que… Si cet empereur te voit, il t’avalera en un clin d’œil. Oh ces dents féroces… Je  l’ai échappé belle. Tu te prends peut-être pour un animal plus courageux que moi ?

–         Pas du tout. Il n’ya personne ici pour se mesurer avec vous. Mais je préfère rendre visite cet animal à mon tour.

Avant de terminer la phrase, il courut vers la tanière où le nouvel animal se reposait.

Le lion se cacha derrière un buisson pour assister au sort du renard imbécile.

En s’approchant de la tanière, le renard reconnut les empreintes du bouc car il avait déjà égorgé une dizaine de boucs et de chèvres. En découvrant l’ignorance du lion le renard rit sous sa barbe. Il rejoint le lion.

-Oh Sire! Ce n’est pas un empereur. Ce n’est qu’un petit bouc. Peut-être sa barbe vous aurait impressionné. Des fois, certains boucs intelligents ont une barbe luisante. Allez, suivez-moi, je vous montrerai comment cette bête aura peur de moi !

Le lion n’était pas prêt à y croire et se dit :

« Cet animal féroce a osé  m’attaquer. Comment un renard arrivera-t-il à  le menacer. Ce n’est qu’une farce. »

Le renard comprit que le lion n’était pas du tout convaincu. Il essaya de le persuader:

–         Seigneur, vous vous cachez derrière moi. Que le bouc commence par m’attaquer. Vous aurez assez de temps pour vous sauver.

Ecoutant le propos du renard, le lion s’était fâché. Il se mit à rugir et hurler :

–         Un lion derrière un renard ? Que parles-tu ?

Le bouc ne guette pas chez moi pour t’attaquer. Il y reste pour me tuer. Je te connais bien. Dès que le bouc m’attaque tu t’en fuiras. Dégage d’ici !

–         Alors, vous ne me croyez pas. Vous pensez que je vous laisserai tomber s’il aura un combat : Bon. J’ai une idée. Nous allons nous nouer les queues tous les deux ; comme ça je ne peux jamais vous quitter.

Le lion estima que c’est une bonne idée. Les queues nouées, les deux animaux se dirigèrent vers la tanière.

Le renard se présenta et dit au bouc :

–         Monsieur le bouc, quand est-ce que vous êtes arrivé ?

En fait, le renard pensait que le bouc se sauverait dès qu’il le verrait. Mais le renard oubliait qu’il était devant un bouc extraordinaire. Ce bouc courageux resta silencieux et continua à mâcher le foin. Le renard rompit le silence.

–         Hé ! Tu es sourd, quoi ? Tu ne sais pas même comment respecter ton souverain. T’es vraiment bête.

Le renard signala au lion de s’avancer. Dissimulant la peur, le lion fit un pas.

Voyant leurs queues nouées, le bouc fut heureux. Rassuré, il dit d’un ton moqueur.

–         Eh toi, le renard, où est ton roi,  laisse-le entrer. Je vois, comme tu es malin ! Félicitations ! Tu as tenu ta parole et tu m’as amené le lion. Je t’en remercie.

Le bouc continua :

–          Qu’est-ce qu’on attend ? Le lion va entrer ou bien je dois sortir pour l’attaquer ?

Le bouc fit semblant de se lever. Le lion hurla de toute sa force et  commença à courir pour sauver sa peau. Cela  va sans dire que le pauvre renard noué à la queue du lion a été trainé le long de la route. Le renard n’était plus vivant pour voir la suite. Oui, c’était la fin de la vie du renard et celle de cette histoire.

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