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Douglas Gressieux

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Comme dans la plupart des pays du monde, il existe en France une centaine dgressieuxd’associations de la diaspora indienne au fonctionnement similaire : elles défendent leurs origines tout en restant fidèle à leur diversité régionale. La diaspora indienne, qui est composée de Tamoule, Telougou, Penjabi, Gujarathi etc., est intéressé avant tout par faire valoir sa culture sectorielle. Chaque année, leurs programmes célèbrent des fêtes régionales telles que Pongal, Dasara, Onam mais aussi le Deepavali, grande fête nationale. De même, on y enseigne souvent des cours de langue, de danse classique mais aussi de la danse moderne « Bollywood ».  En France, nous voyons comment les communautés indiennes mènent leurs vies. Dans ce contexte, nous devons apprécier les représentants de ces associations pour le sacrifice qu’ils font en matière de temps et d’argent.

Comme vous pouvez l’imaginer, les associations tamoules sont beaucoup plus nombreuses que les autres. Au début, les dirigeants de ces associations avaient des devoirs traditionnels.  Ceux-ci étaient de chercher des personnalités indiennes à l’aéroport et de prendre des dispositions pour une visite guidée de Paris etc. En retour, ces personnalités organiseront en Inde quelques réunions d’appréciation pour leurs services. Et bien sur, tout cela se fera aux frais des dirigeants des associations. Sans jouer ce genre de cinéma, il y a un président qui consacre toute sa vie pour l’Inde et sa valeur. Son nom est M. Douglas Gressieux et son association s’appelle «Les Comptoirs de l’Inde ». M. Gressieux même si français par le sang, est né et a grandi à Pondichéry en Inde et ce facteur intrinsèque a tourné son esprit vers l’Inde et son éthique.

Notre blog Chassé-croisé : France-Inde m’a permit de faire sa connaissance. Un jour, j’ai reçu un courriel où il m’a invité à se rendre dans son association. M. Gressieux  et son association se trouvent à Paris et moi à Strasbourg, à l’est de la France.  Environs 500 kms séparent nos deux villes, c’est pourquoi je ne me déplace pas ou rarement à Paris. Obsédé par son blog, j’ai quand même décidé de rencontrer M. Gressieux. Il pleuvait, le temps avait tout fait pour m’en empêcher, mais c’était pourtant chose faite.

Indian-soldiers-exhbn-070L’association « les Comptoirs de l’Inde vit le jour il y a vingt ans. Quelques sympathisants indiens et leurs amis Pondichériens se sont unis pour créer cette association. Pour eux, les Pondichériens ont deux cultures: la première est celle de l’Inde, et l’autre celle de la France. Il est donc nécessaire de préserver cette identité insolite. Même si le nom de l’association nous rappelle l’ancienne époque du colonialisme, pour ses membres, ce n’est rien d’autre qu’une façon de parler de l’avenir de l’Inde. Et cet esprit est avec eux partout où ils vont pour défendre la politique, l’économie, l’art, la littérature et la culture de l’Inde devant le public français. « Elle a l’ambition de servir de lien « culturel » entre la France et l’Inde à partir d’une œuvre de Mémoire sur les Anciens Comptoirs, avec pour toile de fond la Francophonie » déclare M. Gressieux.

9782849100721M. Douglas Gressieux est fonctionnaire à la retraite. Il parle et écrit couramment tamoul. C’est un traducteur et un écrivain. Il a à son compte quatre livres, qui parlent tous de l’histoire de Pondichéry. S’il m’autorise, j’ai envie de les traduire en tamoul. Depuis 2011, l’association organise chaque année le salon du livre sur l’Inde. Cette année, la jeune écrivain Indienne Mlle Abha Dawesar était l’invitée d’honneur.

– Nagarathinam Krishna

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Certaines des contributions majeures de l’association sont données ci-dessous : (renseignements fournis par l’association)

– La Documentation: un Centre Culturel et de Documentation sur l’Inde et les Comptoirs a été crée en octobre 1997. L’Association dispose aujourd’hui de plus de 3000 ouvrages et documents. Elle participe depuis 1999 à la « Fête du Livre » ainsi qu’aux journées du Patrimoine (Patrimoine des Comptoirs).

– Les Conférences : l’Association propose des conférences sur l’Inde et les Comptoirs à de nombreux organismes : Universités du 3ème Age, Communes, Écoles, Lycées, IUT…… Des interventions ont été faites en Guadeloupe et en Martinique au sujet des Antillais d’origine indienne.

– Les Recherches, l’Edition et l’Organisation de colloques : Elle a réalisé 4 ouvrages sur l’Inde et 2 colloques au Sénat en 1994 et 2004 pour le 40 ème anniversaire et 50ème  anniversaire du Transfert des Comptoirs à l’Inde.

– La Présentation d’Ouvrages sur l’Inde : en contact avec les Maisons d’Edition, elle organise des opérations de dédicace avec les auteurs des livres sur l’Inde. Des auteurs indiens sont venus dédicacer leurs ouvrages notamment lors de l’opération « Les belles étrangères » organisée avec le Centre National du Livre (CNL).

– Les Expositions : de nombreuses expositions de photos et de peintures sur l’Inde sont organisées au siège social en liaison avec l’Ambassade de l’Inde. L’Association a réalisé 4 expositions itinérantes sur l’Inde et les Comptoirs qui sont présentées en France et aux Antilles.

– Les Loisirs : elle organise des visites de Musées, de Temples (Hindous, Sikhs….) de la Mosquée de Paris et de sites particuliers (Institut de France)…. La Fête du Nouvel An Tamoul (le Pongal) permet aux amis de l’Inde de se retrouver. Des voyages en Inde (Inde du Nord, Inde du Sud et les 5 Comptoirs) sont organisés chaque année. Afin de maintenir ces liens, des cours de Tamoul et d’Hindi  sont dispensés au siège de l’Association, de même que des cours de chant Dhrupad et de danse classique de l’Inde du Sud, le Bharata-Natyam.

– La Francophonie : le travail de Mémoire effectué par l’Association l’amène à envoyer des livres en français dans les Anciens Comptoirs. A cette occasion, l’Association est en liaison avec de nombreux Ministères et ONG.

– La Participation aux activités du 20ème arrondissement : depuis sa création en mai 1992, elle adhère au CICA du 20ème  (comité des Associations) et participe aux nombreuses activités organisées par la Municipalité et la Maison des Associations. Elle a également apporté son soutien aux Conseils de quartiers.

– La liaison avec les Médias : elle est très souvent sollicitée par les Médias à propos de l’Inde : télévision, radio, sociétés de production, réalisateurs de films, revues, journaux, agences de presse…ses liens avec « L’Ami du 20ème » (mensuel de l’arrondissement) sont très anciens.

– L’animation en Ile de France et en Province : elle est aussi sollicitée par les Municipalités de l’Ile de France et de Province pour participer ou animer des manifestation sur l’Inde : Puteaux, Aubervilliers, La Courneuve, Courcouronnes, Issy-les-Moulineaux, Lille (opération Lille 3000), Montbéliard, Montreuil-sur-Mer, Senlis et bien d’autres…..).

– L’immigration Indienne : avec la création du Centre culturel et de documentation, l’Association mène des recherches sur la diaspora indienne aux Antilles. Elle a présenté son exposition sur les Antillais d’origine indienne (avec conférences) en Guadeloupe et en Martinique. Elle a organisé le 18 mars 2011 avec la délégation générale à l’Outre-mer de la Mairie de Paris une rencontre-débat à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville sur « l’Inde en Outre-mer ».

Des conférences sont données sur ce thème et sur celui de la diaspora en France.

L’Association est en liaison avec le Centre National de l’Histoire de l’Immigration.

De nombreux étudiants consultent notre centre pour réaliser leur mémoire soit sur la diaspora indienne en France soit sur l’immigration des Pondichériens tamouls en France.

L’Association est appelée à aider des services sociaux ou des centres de soins qui ont des tamouls comme clients (interprétariat).

Le Site Internet de l’Association (www.comptoirsinde.org), très consulté, permet de faire connaître ses activités.

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CE N’EST PAS UN CANARD- Jeyaraj Daniel

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Jeyaraj DDanielaniel : Professeur de Français depuis 1979, Jeyaraj Daniel (1957) est actuellement Chef du Département de Français au Centre Kanchi Mamunivar d’Etudes Supérieures. Titulaire d’un Doctorat et d’un D.E.A. (Sorbonne, Paris III), il avait reçu ‘le Post Doctoral Research Award’ de la University Grants Commission (2000).

Il a publié les ouvrages suivants :-

  1. La traduction en tamoul de Topaze de Marcel Pagnol ;
  2. Expressions Françaises et Tamoules (Un petit dictionnaire des expressions équivalentes) ;
  3. Nombreuses nouvelles du tamoul en français et du français en tamoul ;
  4. Des nouvelles du tamoul en anglais et de l’anglais en tamoul ;
  5. Des poèmes et des haïkus en tamoul et en français ;
  6. Collaboré des articles de recherche en français, en anglais et en tamoul aux plusieurs revues françaises et indiennes.

 

CE N’EST PAS UN CANARD

 – Jeyaraj Daniel

Chaque fois que ma mère préparait des adhirasams, c’est un signe qui prédit son voyage.  Où est-ce qu’elle pourrait partir? Rien que chez sa fille qui habitait un village à une centaine de kilomètres de notre ville natale. Ses adhirasams sont bien connus pour le goût extraordinaire. Lors des fêtes, nous, les enfants, en faisions ripaille. Ceux qui n’ont aucun goût pour les sucreries en voudront plus après avoir dégusté les adhirasams de ma mère.

Le jour de visite, elle fit un gros paquet d’adhirasams et partit. Arrivée à la gare, elle attendait une correspondance qui devait la mener au village de sa fille. Elle avait un peu plus d’une heure à perdre et ne savait comment tuer le temps. Autour de la gare, rien qu’un grand espace d’arbustes sous laquelle s’abritait un groupe de chèvres. Un soleil de feu avait calciné les mousses sur les rochers nus qui se dressaient à 200 mètres. Au pied de ces rochers poussaient des buissons d’épine noire. Le chef de gare était rentré dans son bureau faire sa sieste, les porteurs fumaient et jouaient aux cartes dans un coin reculé. La seule autre personne sur le quai était un individu accroupi, emmitouflé d’un vieux manteau rapiécé avec un baluchon à ses côtés.

Quand ma mère passa devant lui, il dit ‘bonjour’. Puis il demanda, “M’dame veut voir un de mes tours. Très magicien moi.” Ma mère répondit : “Non, merci. Je n’en ai pas envie à moins que tu ne me fasses quelque chose de vraiment extraordinaire.”

–         Combien me donne m’dame pour ça tout nouveau?

Ma mère rit.

–         Si tu peux me montrer quelque chose que je n’ai jamais vu, je te donnerai deux roupies.

Un large sourire éclaira le visage du prestidigitateur qui la salua de nouveau.

–         D’accord. Sortons d’ici.

Ma mère le suivit et ils gagnèrent tous deux le terrain poussiéreux derrière la gare.

–         M’dame, on ne voit pas canard ici? dit le magicien.

–         Pourquoi? Les canards n’ont rien à voir avec le tour de main, n’est-ce pas ?

–         Va regarde un peu loin. Y a des canards par ici?

Ma mère vérifia le voisinage. Pas de mare. Pas de canards.

–         Moi fais venir les canards si m’dame veut bien. Regarde.

Le sorcier enleva son manteau noir rapiécé et en fit une pyramide sur le sol. Puis, il s’accroupit devant et marmonna une formule abracadabrante. Il commença à siffler dedans. Le son strident ressemblant un peu au son qu’un gamin tirerait d’un morceau de feuille verte roulé en forme de pipe se diffusait très loin.

–         M’dame, attention. Ils arrivent, dit-il.

Ma mère regarda alentour. Pas un seul canard. L’appel aigu se prolongeait. L’air chaud vibrait, la poussière pirouettait comme une âme des morts sur le terrain brûlant. Pourtant, on éprouvait une sensation de fraicheur. Tout à coup, là-bas, quelque chose bougeait, derrière les arbustes, et se rapprochait de plus en plus. Le sorcier ne tint plus ma mère le bec dans l’eau. Elle apercevait alors un canard guilleret, inclinant sa tête de côté, se dandiner vers la tente, examinant d’un coup d’œil l’intérieur. Ma mère regardait, les yeux écarquillés, bouche bée: arrivaient un, puis deux autres canards. En un rien de temps, un troupeau de canards arrivaient de tous les côtés, du nord, du sud, de l’est, de l’ouest; les canards défilaient, une douzaine à la fois. Chacun gagnait la tente du manteau rapiécé qu’il regardait et s’éloignait d’un air satisfait.

Ma mère était ahurie. L’extase y régnait. On entendait au loin la cloche d’un temple perturber le profond silence ainsi que la voix du muezzin.

Le magicien était assis tranquillement au milieu de ses canards. Il se leva et dit modestement: “Moi pense ça bon tour, M’dame.”

Les canards le regardaient. Alors, les doigts dans la bouche, il siffla. Il y eut un grand bruissement d’ailes puis d’innombrables points noirs et blancs s’enfuyèrent rapidement. Ma mère n’en crut pas ses yeux. Elle alla de nouveau vérifier s’il y avait une mare ou un fermier qui gardait les canards dans le voisinage. Rien du tout. Cela valait certainement deux roupies que ma mère hébetée porta à trois. Le sorcier lui fit un grand salut.

Encore une dizaine de minutes à passer. En attendant, ma mère me raconta l’histoire d’autres prestidigitateurs qui avaient le pouvoir de faire venir les pigeons, les corbeaux et même les serpents par un simple tour de passe-passe.

Soudain, un coup de sifflet annonça le train. Le convoi s’éloignait. Drapé de son manteau d’étoiles, le magicien s’était accroupi de nouveau sur le quai, baluchon à ses côtés. Tout ému, me raccrochant au sari de ma mère, je lui fis mes adieux.

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