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Ah, la jolie France de Pondichéry !

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                                            Julien Bouissou, Le Monde le 29 août 2012.

Ah, la jolie France de Pondichéry ! On se promène dans cette petite ville du sud-est de l’Inde, rue de Suffren ou Romain-Rolland, les croissants chauds s’achètent à la boulangerie, les gendarmes suent à grosses gouttes sous leur képi rouge et, comme l’écrit si fièrement l’office de tourisme, les habitants jouent encore à la « pentanque ». Les touristes repartent comblés. L’Inde a même laissé la statue de Dupleix, ce gouverneur des Indes françaises au XVIIIe siècle, à quelques mètres de celle de Gandhi. Pondichéry n’est pas rancunière.

Que manque-t-il dans ce tableau quasi idyllique du passé colonial français ? Ceux qu’un œil non averti ne peut voir. Ceux qui dorment à même le sol dans des cabanes en torchis, avec pour seule fortune leur nationalité française. Ces « Français de papier » qui n’en parlent même pas la langue.

Tout commence pour eux en août 1962, lors du rattachement légal de l’ancien comptoir colonial à l’Inde. Plus de 7 000 familles d’origine indienne optent cette année-là pour la nationalité française. Les jeunes hommes, alors plutôt de bonne famille, s’engagent dans l’armée et partent en métropole. Ils en reviennent quelques décennies plus tard pour mener une vie confortable, grâce à leur retraite de l’armée.

Mais ceux qui sont restés à Pondichéry ont vu s’éloigner la France comme depuis un radeau à la dérive. On les appelle les « Franco-Pondichériens », un nom qui en dit long sur leur identité confuse. Dans les anciens comptoirs coloniaux, ces Français, souvent des veuves, ne sont pas épargnés par la misère. Ils n’habitent pas les beaux quartiers de Pondichéry, « la ville blanche », comme on la nommait au temps du comptoir, et où les « Blancs » résident toujours. Certains de ces Français oubliés vivent dans un bâtiment décrépi des faubourgs de la ville, qui n’arbore pas de drapeau tricolore. On comprend vite pourquoi.

Dans ce mouroir qui donne sur une décharge, des Franco-Pondichériens vivent leurs derniers jours, comme Thérèse Alvez, une octogénaire. « J’étais en Indochine, où mon père travaillait pour l’armée française. Je n’étais pas à Pondichéry pour demander la nationalité française. Alors le reste de ma famille est parti en métropole sans moi « , raconte-t-elle dans un français impeccable, assise sur son lit de fer.

Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à Thérèse, c’est de lui parler français. Ces mots-là lui rappellent l’enfance, quand elle écoutait son père lui raconter la « grande France », assise sur ses genoux. Impossible pour elle de pratiquer la langue de Molière : sa voisine française, « Madame Dussol », veuve de militaire français, ne fait que hurler à tue-tête : « Saïgon, Saïgon bombing [bombardement] ! », en jetant des regards pleins d’effroi. Thérèse préfère se confier à la Vierge Marie et prie pour que le « monde soit gentil ». Elle n’a plus de famille en Inde. Ses quelques neveux et nièces ne lui ont pas rendu visite depuis cinq ans, mais ils lui envoient de l’argent pour qu’elle puisse rester au « mouroir ». « Le monde est gentil », répète inlassablement Thérèse.

A six heures de route de là, à Karikal, un autre des cinq anciens comptoirs coloniaux français, une femme de 42 ans se bat pour ne pas connaître le même destin. Habillée d’un sari impeccable, cette veuve de militaire français vit dans une petite maison, baignée d’une lumière bleue, imbibée de la couleur des murs. « Mon frère me donne 30 euros par mois pour vivre, mais pour combien de temps encore ? La France est tout ce qui reste de mon mari, alors pourquoi m’abandonne-t-elle ? », demande Rama Visvanadane, qui n’a pas obtenu la nationalité française malgré son mariage.

Chaque soir, son mari lui parlait de la « belle France « , mais aussi de l’entraînement militaire qui faisait « mal au corps « , et de la « pluie fine comme nulle part ailleurs ». Puis il a sombré dans l’alcool avant de finir emporté par une cirrhose du foie. Il ne reste à sa veuve qu’une petite boîte en fer contenant ses médailles militaires rouillées par l’humidité, un portefeuille et une gourde d’eau bénite en forme de Vierge Marie. Mais surtout, il y a son fils de 17 ans qui a acquis la nationalité française en 2010 et qui l’emmènera, espère-t-elle, voir un jour la France.

En prenant ses fonctions de consul général à Pondichéry en 2009, Pierre Fournier a éprouvé un certain malaise : « Je ne m’attendais pas à rencontrer autant de Français acculturés qui vivent dans une grande misère. » Sur les 6 500 Français immatriculés au consulat, près de 500 vivraient dans une grande précarité. Cette année, le consulat a lancé un programme de microcrédit pour favoriser la réinsertion de ces Franco-Pondichériens qui, malgré leur nationalité française, n’ont droit à aucune aide sociale régulière (comme le RSA, à quelques exceptions près), car ils ne résident pas en métropole. Chaque jour, ils remplissent le bureau de l’assistante sociale au consulat de France. Grâce à une traductrice, une veuve vient réclamer de l’aide pour élever sa fille, tandis qu’un autre tente d’obtenir, en vain, de l’argent pour acheter un billet d’avion pour Paris. Cinq familles bénéficient actuellement du programme de microcrédit et sont aidées par des entrepreneurs français locaux pour leurs tâches de gestion.

Les résultats sont pour l’instant contrastés. Une veuve est perdue dans ses livres de comptes et continue de travailler à l’usine pour quelques dizaines d’euros par mois. Une autre s’est endettée pour acheter une machine neuve, mais ne s’en sert guère à cause de problèmes de santé. Et quelques familles se sont finalement envolées pour Paris. Quelques milliers de roupies ne ramèneront jamais la France dans la vie des Franco-Pondichériens qui ont tout oublié, y compris la langue. « Une génération a été perdue, et il faut rattraper la suivante grâce à l’école », reconnaît le consul.

A Karikal, rouvrir l’école primaire n’a pas été simple. « Les militaires à la retraite y jouaient aux cartes pendant que les élèves étudiaient assis en tailleur dans la cour « , raconte un habitant. Ces militaires, seuls à parler français, ont été longtemps considérés comme les uniques représentants de la communauté franco-pondichérienne. « Ceux qui ne parlaient que tamoul ne savaient pas qu’il existait un système de bourses pour payer la scolarité de leurs enfants. Ils étaient exclus « , témoigne la directrice de l’école, Asha Lourdessamy.

Les salles de classe Marie-Curie, Pasteur ou Victor-Hugo ont retrouvé leur lustre. L’école a reçu de l’argent pour recruter des instituteurs. Et les cartes de France, qui doivent dater de la même époque que le portrait de De Gaulle accroché au mur, ont été sorties des placards. Ici, les enseignants utilisent aussi les tableaux pour dessiner ce qui n’existe pas en Inde. Quel enfant peut s’imaginer, à Karikal, à quoi ressemble un chêne ?

Dans quelques années, ces enfants iront au lycée français de Pondichéry, l’école de tous les espoirs. Dans ce beau et vaste bâtiment à l’architecture coloniale, le tamoul et le français résonnent dans les salles peintes à la chaux. Le proviseur, Eric Compan, un grammairien agrégé de lettres classiques, qui aime déambuler au milieu de ses élèves avec les mêmes sandales que Gandhi, mène la visite avec fierté. « Aux enfants que vous voyez ici, on n’apprend pas seulement les mathématiques ou la géographie. On leur apprend parfois à dormir sur un lit et à ne pas manger avec les mains. Il faut préparer leur arrivée en France, éviter le choc culturel « , explique-t-il. S’il y a encore une école de la République dans le monde, elle est peut-être là, à Pondichéry.

Avec 70 % d’élèves boursiers, c’est-à-dire d’élèves dont les parents gagnent moins de 700 euros par mois, le lycée atteint d’excellents taux de réussite. En 2011, la moitié des élèves de terminale scientifique est allée étudier en métropole, dans des classes préparatoires parfois prestigieuses, comme celles d’Henri- IV. Près d’un quart des lycéens en terminale S avaient obtenu une mention « très bien » au baccalauréat. « Beaucoup d’élèves viennent d’un milieu difficile. Souvent, leurs parents ne parlent pas français. Il y a un culte de la réussite que je n’ai jamais vu ailleurs « , constate Eric Compan. Des classes spéciales ont même été ouvertes pour des élèves de niveau 3e qui ne parlent pas le français et à qui des cours supplémentaires sont dispensés.

Meharunnissa Amidullah est une élève de terminale brillante, qui s’apprête à suivre en France, en 2013, sa soeur qui étudie en classe préparatoire au lycée Lakanal, à Sceaux. « Mon travail est ma seule identité « , reconnaît cette jeune fille qui a perdu sa mère il y a trois ans et dont le père a abandonné le foyer familial quelques mois après ce décès.

Le fils de Rama Visvanadane, qui ne souhaite pas donner son prénom, vient juste de sortir d’un cours d’économie. Il vit ici au « gîte », c’est-à-dire au pensionnat. « Avec la nationalité française, on gagne du respect », indique-t-il d’une voix mal assurée, glissant sur les mots de peur d’écorcher la syntaxe. Il y a deux ans, sa mère a pleuré de joie quand il lui a appris qu’il l’avait acquise. « Je veux l’emmener là où mon père ne l’a jamais emmenée. Je m’occuperai d’elle et on vivra bien ensemble, là- bas, en France. »

Quand sa mère lui parle avec angoisse de ses soucis d’argent, il lui dit d’attendre, qu’un jour la vie sera plus facile, quand il sera banquier ou même ambassadeur de France en Inde. « Parce que, glisse-t-il en chuchotant, il y a quand même beaucoup de choses pas très claires entre les deux pays, que je voudrais mieux comprendre. »

Merci à -C.I.D.I.F.

ARTI (Nouvelle)

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Mireille Santo: Née à Pondichéry, et eu son bac littéraire au lycée français de Pondichéry ainsi que sa licence de lettres modernes à Paris XIII, elle travaille actuellement comme gestionnaire administratif au Musée du Louvre, Paris depuis dix ans. Passionnée de l’écriture, elle a écrit déjà plusieurs nouvelles sur l’Inde dont une qui a été primé par le CAP du ministère de la culture en 2008.

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                                                             ARTI

– Mireille Santo

    

Nous étions trois : Ammouma, Amma, et moi. Dans une maison exempte d’hommes, trois générations s’affrontant du regard comme certains croisent le fer dans une joute orchestrée par nos silences. Ma mère se diluait jusqu’à disparaitre dans ses cinq mètres de sari* vaporeux : rempart de coton, forteresse de tissu, camouflage traditionnel qui l’exemptait de tout opinion et lui permettait de fermer les yeux sur toutes les petites horreurs du quotidien en toute bonne foi. Amma est un pur produit de la société indienne traditionnelle, une mécanique soigneusement huilée qui nous nourrissait, nous torchait et nous chérissait sans état d’âme apparent, sa vie toute entière dédiée à notre bien-être.

Avait-elle seulement entrevu la platitude de ce qui l’attendait? Avait-elle eu le temps de dire non ? Où s’était-elle retrouvée piégée dans une cage dorée pour bel oiseau à marier ? Pauvre Amma ! Et ce mutisme désespéré, ce retranchement verbal qui se voulait contestataire mais qui n’était au final qu’une preuve supplémentaire d’impuissance.

Pourtant ma mère est si belle quand elle danse avec moi sur des chansons tamoules* langoureuses où il est question d’amour fou et de désir brûlant. Que tait son corps qui se balance avec cette grâce insoupçonnée et oublie sa gangue le temps de quelques éphémères minutes ? Ses lèvres baisent le ciel, son corps dessine des courbes sensuelles et ses bras étreignent un amant imaginaire.

Quand les dernières notes de musique s’éteignent enfin, ses traits se figent à nouveau et le masque un instant occulté reprend sa place en vieil habitué des lieux.

Ma mère : femme-miroir qui nous reflète et regarde courir le monde sans elle. –« Amma ! Amma ! » Je la cherche, au premier puis sur la terrasse mais il n’y a d’elle que ses saris tendus sur la corde à linges et qui claquent au vent comme autant de cerfs-volants captifs. –« Amma ! Mââââ ! ». Retour en bas. Je passe en trombe devant ma grand-mère trop mortifiée pour me dire où elle se trouve.

Elle est dans la cuisine. Mon bel automate sans grains de sable dans les rouages, son charmant front baissé, le visage lisse, le geste sûr, elle pétrit la pâte des pourris. La boule de farine va et vient dans ses mains, malléable, consentante, résignée à devenir ces délicieuses galettes frites que nous allions manger tout à l’heure. Je soustrais en douce une petite portion

de pâte et en fais un papillon aux ailes déployées que je dépose sur le rebord du thermos tandis qu’elle a le dos tourné.

Son dos doux et bombé, en creux et en courbes sur lequel je posais mon oreille dans l’espoir d’entendre son cœur battre. Il y avait des nuits où bercée par l’insomnie je cherchais en vain le sommeil alors que ma mère sitôt allongée s’endormait comme une masse. Son inertie m’angoissait. Je craignais à chaque instant qu’elle ne fut morte car aucun mouvement ne trahissait la vie, même son souffle semblait suspendu.

Je revins auprès d’Ammouma et m’asseyais tout contre elle. Ammouma n’aimait personne, personne sauf moi : Arti. Cette adoration si loin de son caractère acariâtre était un mystère pour les autres et une évidence pour moi. J’avais hérité de son teint clair et de ses yeux gris foncé, ma grand-mère paternelle se voyait dans cette belle jeune femme au carrefour de tous les possibles que j’étais. C’était elle qu’elle aimait en moi.

Ammouma avait été très heureuse et proportionnellement meurtrie par la vie. Fille unique d’une famille de notables, enfant comblée, elle se heurte à la réalité de la condition féminine le jour de ses seize ans : son père lui impose un mariage arrangé et sa décision est sans appel. Ammouma quitte alors sa maison, sa famille et son village natal pour l’Inconnu et un homme qu’elle n’a fait qu’entrevoir sous le voile qui maintenait sa tête pudiquement baissée. La jeune fille choyée est sommée de devenir une femme accomplie en quelques jours. La belle famille l’accepte mais ne l’aime pas. Chacun de ses faits et gestes sont commentés. Son éducation, sans être jamais ouvertement critiquée fait l’objet d’une contestation palpable. Elle sera définitivement considérée comme une pièce rapportée et rien de plus. Ammouma découvre un monde hostile où elle est l’étrangère, l’indésirable, celle qui s’échine à plaire sans aucune chance de succès.

Mais l’amour sera tout de même au rendez-vous car les jeunes mariés vont se chérir dès le premier regard et trois années de bonheur s’en suivront. Et comme il faut un « mais » à toute histoire, celui-ci viendra sous la forme d’une absence : aucun enfant ne vient illuminer ce couple si bien assorti. La belle-famille hurle avec les loups : « Elle est stérile, son ventre est sec, elle ne donnera jamais d’héritier mâle! ». Mon grand père est sommé de se remarier avec une femme digne de ce nom. Il fait la sourde-oreille, résiste, bataille et refuse de répudier Ammouma mais de guerre lasse consent à prendre « une petite maison » en d’autres termes une maîtresse officielle appelée aussi seconde épouse. Dorénavant Ammouma est obligé de partager l’homme de sa vie avec une rivale qui lui donne un fils dès l’année suivante.

Ammouma est anéantie par ce bonheur qui se fait à ses dépens. De désespoir, elle s’exile chez ses parents et s’y laisse dépérir. L’épouse délaissée découvre alors sa grossesse. Quelle ironie ! Ammouma accouche de jumeaux au péril de sa vie. Les médecins lui donnent très peu de temps à vivre. Mais Ammouma s’accroche, elle ne veut rien laisser à l’Autre : sa vie, son mari, ses enfants. Elle se bat pour garder ce qui lui appartient et survit. Cette guerre a occupé tout son temps, son esprit et son cœur jusqu’à faire d’elle cette vieille femme revêche et décharnée qu’on craint plus qu’on aime.

« Les compagnons de route de ma grand-mère ont été la colère et la peur, celui de ma mère, la résignation et le renoncement. Moi, Arti je suis lumière, il brûle en moi une flamme d’espoir en une vie hors de tous ces carcans, une vie dont je serai l’actrice et non la victime. Je refuse de perpétuer la tradition au prix d’un enfermement. Je revendique le droit au bonheur, à l’erreur et à la différence. Je ne veux pas de leur Vikram*, ni de la vie étriquée qu’il va m’offrir ».

Cette nuit-là, une ombre silencieuse sortit par la porte cochère. Elle portait un gros sac. Dedans, il y avait les bijoux de la dote, deux laks de roupies en liquide, un billet d’avion pour la France, une adresse à Paris et l’ESPOIR.

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Arti : prénom féminin qui signifie lumière.

Ammouma : grand-mère.

Amma : maman.

*Sari: vêtement traditionnel porté par les femmes indiennes. Il se constitue d’une large bande d’étoffe de 1m20 sur 5m environ et se porte drapée sur un jupon et un corsage.

*Tamoul: langue parlée au Tamil Nadu, un état du sud de l’Inde qui compte environ 65 millions d’habitants.

*pourri : galette faite à base de farine complète et de farine de blé et frite dans de l’huile. Elle est souvent accompagnée de pommes de terre.

*Vikram : prénom masculin que l’on doit à Vikramâditya, roi légendaire d’Ujjain, célèbre

Poèmes tamouls

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Poèmes de K.Panjangam.

Traduit par S.A.Vengada Soupraya Nayagar

panchuK.Panjangam, (1949), ancien professeur de tamoul à Pondichéry, a publié une trentaine de livres tamouls. Son œuvre comprend les poèmes, les romans et les essais critiques. A part ses écrits littéraires, il participe activement aux colloques sur divers genres littéraires. Les poèmes suivants sont tirés du recueil de ses poésies, intitulé  Ottoupoul, publié en 2008.

 

Jugements

J’ai peur d’entrer

chez qui que ce soit.

D’emblée, on devient insignifiant.

Les gens s’entretiennent soit avec les images

ou avec les sons virtuels.

« Attendez, s’il vous plaît.

Je suis en ligne avec quelqu’un d’important. »

En s’excusant on s’en va le rejoindre.

Ces paroles d’excuse me suffisent :

je suis, donc, sans importance.

Chez les autres,

« Quelqu’un d’important vient d’arriver.

je te rappellerai moi-même. »

Aussitôt, je redeviens important.

Que je sois important

ou sans importance

ce sont les autres qui

collent sans cesse sur moi

leur jugement subjectif.

Il s’est passé….

Dans ma vie,

se sont passés le bien et le mal.

Ce qui était bon pour moi

Était  mauvais pour autrui.

Ce qui était mauvais pour moi

Était bon pour autrui.

Et donc,

d’où viennent le bien et le mal ?

Il s’est passé quelque chose… c’est tout.

     Ignorance

Je me prépare pour écrire

Sans savoir comment commencer.

En le terminant,

je me demande toujours

comment je l’ai commencé.

Je l’ignore toujours.

Amitié

J’ai sauvé mes amis

sans qu’il ne les connaisse.

Il a sauvé ses amis

sans que je ne les connaisse.

Ainsi notre amitié demeure

en toute sécurité.

Déception

La déception,

est-elle le problème du dupe

ou bien,

celui de quelqu’un qui l’a dupé?

Contradiction

Tout en menant une vie remplie de maquillages

j’ai cherché une vie sans maquillage.

Menant une vie remplie de mots

j’ai cherché le silence privé des mots.

Ma vie est prise entre

l’être et le devenir.

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Poèmes de A.Pasupathy. (DEVAMAINDAN)

Traduit  par R.Kichenamourty.

DEVAMAINDAN (pseudonyme de A.Pasupathy),  est   l’auteur de plusieurs  A. Pasupathyrecueils  de poèmes  (Ungal Thérouvil  Orou Pâdagane – 1976, Poul Veli – 1980 ; Bonsaï Manidargal -1993 etc.) qui  lui ont valu un  succès immédiat à la fois  auprès de l’élite et  auprès  des lecteurs moyens.   Ancien professeur de tamoul  dans les différents établissements universitaires de l’Etat de Pondichéry,  il explore les aléas de la vie quotidienne  en Inde et plus particulièrement dans le pays tamoul.

Le plus grand exploit

Des gens escaladent des rochers

Glissent sur  des  glaciers,

S’inscrivent au marathon  des courses,

S’exercent des heures durant  à  la natation,

Se contorsionnent,  s’arc-boutent

Et s’élancent  à  travers des cercles enflammés.

C’est pour se faire distinguer

Et  s’immortaliser dans le Guinness des records.

Vanité ! Vanité ! Tout n’est que vanité !

Pourquoi ?  Je vous  le demande.

Car  n’étant   pas né dans nos bidonvilles,

Nul ne sait que nous autres

Qui  y   vivotons

Nous avons  battu maintes fois tous leurs records

Et les battrons toujours,  encore.                                                                    Bonsaï Manitharkal (1993)

 

La souricière

Enfin,

Poussé  par le désir du gâteau,

On est pris  au  piège.

Affolé,

On  est allé

Battant de son  corps

Les parois de la prison,

Et se cognant la tête

A  ses  barreaux.

De guerre lasse,

On  se tient serein.

En tout cas, ce cachot

Se débouchera

Dans un sac  sans trou.

Et des gars sans merci

Attendront

Pour nous donner

Des coups de bâton.

Tant pis.

Mangeons donc le reste de l’appât

Nous mettant en tête, toutefois,

De ne plus empiéter,

Dans une vie future,

Sur   le domaine d’autrui.

–         Bonsaï Manitharkal (1993)