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LE RECONFORT -Nouvelle tamoule de Pa.Jeyapragasam.

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Pa.Jeyapragasam: Né en 1942, Pa.Jeyapragasam est un écrivain célèbre de la littérature tamoule. Il est l’auteur de vingtaine de livres tels que «Kâdou », « Ethirkâtrou »,: recueils de nouvelles de poèmes et d’articles. Il est surtout connu pour ses nouvelles où il aborde les thèmes sociaux d’actualité. Défenseur des droits de l’homme, il participe activement aux débats sociopolitiques et littéraires.

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LE RECONFORT

                                                                                                                   Traduit par S.A.Vengada Soupraya Nayagar

Depuis trente ans la banque se trouve dans ce quartier. Amudha fréquente cette banque pour effectuer les opérations bancaires. En montant l’escalier ses pieds tremblent de peur. Elle se dirige vers la banque comme si elle s’y rend pour la première fois.

La clientèle de la banque s’est enflée constamment. Le quartier est grand mais la banque se situe au coin dans ce petit bâtiment. Sans se soucier de cet inconvénient, les autorités continuent à accepter de nouveaux clients. Il est impossible de penser à recevoir les pensions les deux premiers jours du mois. Ces jours-là, la banque serait bondée par les retraités qui sont en situation difficile de joindre les deux bouts en fin de mois ; il y a plein de monde au rez-de-chaussée : les guichets de dépôt, de retrait, et de l’enregistrement des opérations s’y trouvent. Le service de cette banque se dégrade à tel point qu’on se croirait être dans une foire. D’où l’échange de regards malicieux et des disputes désobligeantes sont devenues habituelles.

La discrétion est impossible au rez-de-chaussée ; on risque de croiser les visages familiers. Inquiète, elle dévale les marches d’escalier.

En principe, l’âge de la retraite d’un fonctionnaire est à 58 ans. Elle peut travailler encore cinq ans. Comme un lièvre qui s’arrête longuement de courir lorsqu’il est ébloui par le flash, elle est obligée de prendre sa préretraite à l’âge de 53 ans à cause des contraintes familiales. Retraite volontaire pour la forme mais non voulue.

Humiliée et tracassée par toutes les pressions de la vie, elle a besoin du réconfort moral sous forme de préretraite pour s’habituer à mener une vie normale. Elle a déjà rempli les formulaires d’un emprunt bancaire. L’agent de la banque a calculé l’octroi du montant qu’elle pourrait obtenir en examinant le montant de la retraite, la durée qui lui reste à rembourser les dettes etc. C’est cent cinquante mille roupies. Elle avait fait mention des frais médicaux comme motif d’emprunt. Pourtant, elle est hésitante pour finaliser l’emprunt. Une confusion interne bouillonne chez elle.

Vérifiant son dossier, l’agent lui demande :

– Votre mari est là ? 

Son regard semble fouiller des personnes assises au couloir croyant que l’un d’eux devrait être son mari.

– Non. Il n’est pas là. Il doit être ici à quelle heure ?

– Dites-lui de passer tout de suite. Il peut signer et repartir. D’ailleurs, je vous en ai déjà parlé. L’agent la regarde avec stupeur. .

Prise de panique, elle quitte cet endroit. Il n’est pas encore arrivé. Elle lui avait déjà précisé l’heure où il devrait passer à la banque pour signer les papiers.

Si un fonctionnaire va prendre sa retraite son conjoint devrait être nommé comme ayant droit. D’après les règlements, si l’un des conjoints est décédé, le survivant a le droit de toucher la pension de réversion. La même personne devrait signer comme le garant pour procurer un emprunt bancaire.

La personne attendue n’est pas encore arrivée. Une seule signature lui suffit pour obtenir le prêt. Il pourrait repartir en signant les papiers.

A travers la fenêtre, elle regarde la rue devant la banque. Les bâtiments bien lavés par la pluie du matin se baignent dans le plein soleil. Les rayons solaires reflètent les terrasses encore mouillées. Le matin est déjà arrivé. Blasés, les chauffeurs d’auto rickshaws attendent toujours des passagers. Un amas de nuages noir envahissant le ciel comme une fumée noire annonce la pluie imminente.

D’ici après deux ruelles se trouve la maison d’Amudha. C’est dans cette maison que sa chère fille s’allonge inerte comme une plante déracinée. Les larmes remplissent les yeux quand elle pense à la vie anéantie de sa fille. Cet emprunt bancaire, c’est pour les frais médicaux destinés à la guérir.

Ce jour-là, la querelle du couple était au point culminant. Ses filles Kayal et Malar se sont enfermées dans leur chambre. Ces jumelles devenaient des témoins de ces disputes quotidiennes. La tempête ne cause pas les dégâts au tronc de l’arbre. Mais elle tord les branches et les rompt. Depuis plus de 20 ans, Amudha est habituée à ces scènes et ces dures épreuves l’ont forgée. Elle est devenue solide comme un roc. La querelle des parents Mathiarasan et Amudha déchiraient la vie de leurs enfants.

Kayal s’enferme comme une plante épigée dans une fissure du mur. On ne peut rien tirer de chez elle. On entend ses proches dire :

«  Même en parlant des heures et des heures on ne peut rien obtenir de chez elle »

Rien n’a dérangé le cœur de cette fille. Le lendemain des disputes, Kayal traversera la rue sans se préoccuper le regard des ses voisins.

La querelle de ce jour atteignit le sommet et est devenue interminable. Mathiarasan . croyait que cette journée terminait comme d’habitude. Kayal ouvrit la porte et jeta un regard impassible. Mathiarasan ne l’a pas remarquée. Amudha hurla à Kayal : « Entre ».

Mathiarasan fut étonné d’apercevoir Kayal. Ils se trouvèrent face à face.

-Pourquoi tu es là ? Va-t-en ! 

Elle n’a pas bougé.

Elle a réagi aussitôt :

-J’ai honte d’être votre fille.

Ses mots directs étaient piquants.

Mathiarasan n’attendait jamais une telle attaque directe de sa fille, ses mots le blessaient énormément et réveillaient sa conscience.

-Tu ne m’apprends rien, hurla Mathiarasan.

-On dit que vous avez une maitresse.

-Quoi. Qui te l’a dit ? 

Surpris, il se ressaisit mais il n’arriva pas à trouver des mots pour se défendre.

-C’est ta mère qui t’a montée contre moi ?

-Tout le monde le savait ; c’est honteux. 

Elle voulait dire à son père par là : « Vous ne vous sentez pas concerné ? »

C’était la première fois que le voisinage entendait cette voix. Donc, il ne savait pas que c’était Kayal. Personne n’avait imaginé que cette voix douce se transformerait ainsi.

La colère de Mathiarasan éclata :

-Tu n’as aucun droit. 

-Vous êtes un homme dégoutant.

Kayal rétorqua avec amertume.

Ne pouvant plus supporter ses injures, Mathiarasan osa lever la main sur sa fille. Il jeta son regard vers Malar qui assistait à cette scène à travers l’entrebâillement de la porte.

A son tour, elle réagit :

-Je ne suis plus votre fille. 

C’était un coup dur. Ces innocentes fleurs lui sont devenues un ouragan qu’il ne pouvait plus supporter.

  -Toutes les trois, vous êtes réunies contre moi ! On verra !

Il était sur le point de quitter la maison. Kayal l’interrompit.

-Ne partez pas. Vous n’avez pas répondu à nos questions.

Après cette dispute il n’est jamais réapparu. Epouse, fille, toutes les relations sont déjà coupées il y a vingt ans. Mais il séjournait dans la maison sans contact.

Il y a trois mois qu’il a remporté ses affaires personnelles tels que les vêtements, les papiers etc., on n’a plus de ses nouvelles. Elle craignait de le revoir ici. (il peut venir faire ses transactions bancaires).

Vers minuit, Amudha pressentit l’arrivée de quelqu’un et se réveilla en sursaut. Malar etait devant elle.

-Maman, Kayal n’est pas là. 

En s’affolant, elle l’interrogea : -Qu’y a-t-il ? 

Elles cherchaient partout dans la maison. La porte fermée de la chambre de Kayal n’était pas verrouillée. Comment ces deux femmes peuvent – elles la rechercher en pleine nuit ? Elles ont téléphoné avec hésitation même à cette heure-là à leurs proches pour savoir si elle était chez eux par hasard. On ne recevait que des réactions telles que

« Oh ! est-ce vrai  C’est invraisemblable ! »

En dernier lieu, Malar prévenait la disparition de Kayal à son père.

De l’autre bout, la voix de son père reflétait toute sa haine : 

-Eh ben, bon débarras !

Il a raccroché aussitôt. Cette haine ne connaissait ni le matin ni le minuit.

La nuit se passait en angoisse. Amudha n’avait que deux options, soit continuer à rechercher au lever du jour, partout où elle avait l’habitude d’aller. Si non, porter plainte à la police.

On l’a aperçue le lendemain sur la terrasse de leur voisin. Entendant la voix de sa voisine, Amudha se précipita pour aller voir sa fille. .

Sa voisine lui montrant la direction, dit :

-Là-bas, j’aperçois quelqu’un se recroqueviller.

En longeant les escaliers à toute allure, Amudha s’y rend sur place avec inquiétude. Elle vit Kayal, mouillée jusqu’à l’os, par une pluie tombée toute la nuit : elle la prit sur ses genoux en l’embrassant :

-Ma chérie… ma fille… Pourquoi t’as fait ça ?

La chaleur et le mouvement lui rassuraient qu’elle était vivante.

Le médecin a diagnostiqué la dégénérescence de la cellule cervicale et des nerfs qui l’ont paralysée. Les doigts sont pliés comme des lépreux. Le visage était tordu d’un côté. Le cou était immobilisé et s’est bloqué d’un côté. Pour regarder quelque chose tout le corps doit se tourner. Le regard, le cou avaient l’impression de se fixer sur la gauche. La bouche bavait inconsciemment.

-Une telle chose à cet âge-là ? La pauvre Amudha, interrogea le médecin.

Le médecin lui répondit : -Il n’y a pas d’âge pour contracter une maladie.

Il lui donne des conseils. Eviter tout ce qui peut aggraver la maladie tels que les désarrois, dépressions désobligeances, etc., les conséquences pouvaient être graves. Pour qu’elle recouvre sa conscience totale il faut avoir la patience. Il faut encore plus de temps pour la revoir dans son état d’avant. En écoutant les conseils du médecin, Amudha avait la sensation de devenir elle-même une malade. Elle se dit : « Suis à la lettre les conseils du neurologue ».

Plongée dans ses désarrois, elle est soudain réveillée par une voix : elle s’aperçoit Magendran devant elle.

-Quel soulagement…!

Il a compris.

Amudha lui avoue : -Je crains que vous ne veniez pas.

-Moi aussi, je craignais…Heureusement, il ne s’est rien passé comme j’avais imaginé. L’agent ne m’a pas demandé si je suis bien votre mari. Moi non plus, je ne suis pas ici pour apposer une fausse signature. J’ai discuté avec mon épouse de vos problèmes. C’est elle qui m’a suggéré une bonne solution. C’est-à-dire, obtenir un prêt en mon nom pour vous aider.

Amudha ne sait pas comment le remercier.

Sans retarder, Magendran se dirige vers le guichet pour signer les papiers et percevoir le montant de l’emprunt.

En le remerciant Amudha souligne la valeur de cette aide précieuse : -Cet argent va sauver la vie de ma fille. 

Magendran la console : -N’ayez pas peur. Tout se passera bien. Avec le progrès de la médecine toutes les maladies peuvent être guéries. Quand j’ai parlé à ma femme de vos malheurs, elle larmoyait. Elle m’a poussé à m’y rendre tout de suite pour vous aider. Je ne fais rien sans son accord.

Elle s’étonne de voir un tel couple harmonieux. Ça lui pousse trente ans de sa vie en arrière. Une telle chose ne lui est jamais arrivée dans la vie de son couple. Il n’y avait que des mauvais souvenirs.

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