À elle, qui m’apprend le passé – 7 , – Krishna NAGARATHINAM

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À elle, qui m’apprend le passé

– 7 –

 

Malgré la confusion générée en moi par l’expression « la conscience divine », la première clause de la charte d’Auroville m’avait impressionnée plus que tout. Puis le site internet m’avait également fourni des renseignements utiles sur cette ville.

 

La première clause influença incontestablement mes rêves de venir en Inde et de vouloir être une aurevillienne ; néanmoins, ce n’était pas la raison fondamentale. Je n’aimais pas ma mère, qui voulait rompre sa relation de vingt ans avec Louis comme on enlève son maquillage après une soirée, ni le vide laissé par le départ de Louis. Louis était un homme de valeur. Il savait surmonter les obstacles les plus importants. Si je l’avais voulu et si ma mère avait été d’accord, il aurait pu m’emmener avec lui. Je savais que je n’aurais pas été un fardeau pour lui et qu’il se serait toujours occupé de moi comme un vrai père. Je savais aussi que ma mère n’aurait jamais accepté cette idée. Même si elle l’avait fait, je ne sais pas quelle aurait été la réaction de son nouveau compagnon. Non, je ne voulus rien entendre. Mon grand-père maternel m’avait laissé suffisamment d’argent sur mon compte. À tout cela, il fallait ajouter l’esprit bourgeois et borné de ma mère Isabelle pour comprendre mon départ précipité pour l’Inde et Auroville. « Si je rencontrais des difficultés, je reviendrais en Inde », me disais-je. Par-dessus tout, Louis m’accueillerait, quelle que soit la situation, j’en étais certaine.

 

Il m’était arrivé de quitter à plusieurs reprises ma maison avec ou sans l’autorisation de ma mère. La durée de mon absence en général était d’une semaine au moins. Si je ne revenais pas dans les deux jours, cela voulait dire que j’avais eu une dispute avec ma mère.

 

J’éteignis ma cigarette et jetai le mégot dans la poubelle. J’avais une faim de loup ; je descendis donc dans la cuisine et mangeai ce que ma mère avait gardé pour moi : du poulet et du riz. Lorsque je revins dans ma chambre, il était déjà 11 heures du soir. Soudain, j’entendis le tonnerre au loin, immédiatement suivi d’une forte chute de pluie. Au moment où je fermai les fenêtres, en tirant les rideaux, je vis un jeune homme debout au pied d’une maison en face. « Est-ce lui ? » me demandai-je. Bouleversée par ce nouveau trouble en moi, je m’effondrai sur mon lit. Je sentis alors que je m’engourdissais, le monde s’assombrissait autour de moi et je m’endormis.

 

Quand je me réveillai, il était 5 heures du matin. Je pris une petite valise et mis tout ce qu’il me fallait : des habits, des affaires de toilette, un ordinateur portable, une carte de crédit, etc. Je descendis l’escalier à pas de loup et vins au-dehors en fermant tout doucement la porte derrière moi. Un vent glacial soufflait fort au visage. Je portai la valise sur une courte distance et la tirai ensuite en marchant à grands pas.

 

///

 

Malala était mon amie d’école. Quinze ans d’amitié. Je vous ai déjà dit que chaque fois que je me disputais avec ma mère, je restais chez des amis et c’est dans l’appartement de Malala que j’ai logé le plus.

 

Ma grand-mère maternelle savait faire la cuisine indienne et vietnamienne. Et s’il y avait un endroit, en dehors de chez elle, où je pouvais savourer une cuisine authentique, c’était chez Malala. Sa mère était une bonne cuisinière et ses spécialités étaient le rôti indien, le tandouri, etc. Il y avait une autre raison pour laquelle je préférais rester avec Malala : elle était membre d’une association de trekking. Elle voyageait sans arrêt partout dans le monde, surtout en forêt, dans le désert, en montagne, juste avec un sac à dos.

 

Une fois, les amis de l’association décidèrent d’aller au nord-est de l’Inde, plus précisément dans la région d’Assam, afin de vivre l’aventure. Pour matérialiser leur projet, ils réservèrent leurs billets d’avion et firent des demandes de visas. À part Malala, les autres membres obtinrent leur visa. La raison du refus de l’ambassade de l’Inde à Paris concernant Malala était que ses parents venaient du Pakistan. Cependant, s’il s’agissait de défendre les intérêts de l’Inde, elle serait au premier rang.

Il était environ six heures du matin quand je frappai à la porte de l’appartement de Malala, qui se trouvait dans une des banlieues de Paris. Après une ultime tentative de sonnette, alors que j’étais sur le point de partir, elle me fit une surprise en ouvrant la porte sans allumer. Derrière la porte entrouverte, on apercevait une petite table avec une lampe et son abat-jour luminescent, un lit avec un drap de dessous mal étalé. Elle essaya de refermer sa bouche en vain, du dos de la main, pour empêcher un grand bâillement ; ce dernier fut également suivi d’un éternuement fort. Je vis qu’elle avait un mouchoir en papier dans la main…  Elle se moucha avec deux ou trois fois puis s’adressa à moi :

 

—  Hey ! Quelle surprise ! Qu’est-ce que tu viens faire chez moi, à cette heure-ci ? Entre, entre !

 

Prenant ma valise, elle se retourna et je la suivis. Après quelques pas, elle me demanda :

 

— Comme toujours, tu es venue après une dispute avec ta mère, n’est-ce pas ?

 

— Oui, mais je n’ai pas l’intention de rentrer chez moi cette fois-ci, répondis-je.

 

Tout en ignorant ma réponse, elle entra dans sa chambre, posa ma valise près du mur, fit le lit et s’assit au bord.  Je m’assis également à côté d’elle.

 

Elle tourna la tête et me fixa longtemps d’un regard critique. N’arrivant plus à contrôler mes émotions, je m’effondrai dans ses bras et me mis à pleurer.

 

—  Qu’est-ce qui t’arrive ? Les problèmes de ce genre ne sont pas nouveaux chez toi. Tout sera de nouveau en ordre dans un jour ou deux, ne t’inquiète pas ! Il est certain que ta mère et toi, vous serez toutes les deux réconciliées, me dit-elle pour me réconforter.

 

— C’est fini entre ma mère et moi. Qu’elle vive sa vie, je vis la mienne. J’ai décidé d’aller à Pondichéry, et de m’installer à Auroville.

 

— Bon, tes yeux sont fatigués et tu sembles incapable de dissimuler le manque de sommeil de cette nuit. Dors un peu, on parlera plus tard, me dit-elle d’une voix enrhumée

 

Il y avait un réel regret dans sa voix et je constatais sur son visage l’intérêt qu’elle me portait et sa préoccupation à mon égard. L’esprit léger, je me suis tournée vers le mur, couchée sur le côté et je m’enfouis sous le drap.

 

Je n’arrivais pas à dormir. Les incidents survenus chez moi et restés dans ma tête resurgirent comme du magma. Comme je l’avais souvent entendu dire par ma mère, je me demandais en sanglotant : « Pourquoi dois-je souffrir autant ? »

 

Afin d’éviter d’être entendue par mon amie, je me forçai à me mordre les lèvres. Néanmoins, elle m’entendit et me demanda : « Tu ne peux pas dormir ? » Mais je restai muette et commençai à ruminer le passé des derniers jours.

////

 

La voix « Meera, lève-toi ! » m’éveilla. Je me levai en rangeant (en pliant ?) le drap sur le côté. Malala était debout, avec une tasse de café. Je pris la tasse dans la main et bus à petites gorgées. À ma question : « Quelle heure est-il ? », la réponse fut : « Dix heures ». Lorsque je lui demandai immédiatement : « Tu ne travailles pas aujourd’hui ? », elle me répondit que « non ». Cela me soulagea car j’aurais (ainsi) suffisamment de temps pour discuter avec elle.

 

Lors de notre petit-déjeuner, je lui racontai tout : la décision brutale de ma mère de vivre avec son nouveau compagnon ; le choc prévu de cette terrible nouvelle sur mon beau-père Louis ; ma décision de fuir cette situation et de m’installer en Inde, etc. Après m’avoir écoutée attentivement, elle me dit d’un ton rassurant :

 

— Je comprends, mais je crains que tu n’aies pris une décision hâtive. Écoute, ma chérie, il faut être prudent pour se lancer dans une telle aventure. On se renseignera auprès de nos amis et puis je connais une agence de voyages spécialisée pour le sud-est de l’Asie.

 

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