Le Rêve – ( nouvelle tamoule) – Kalaiselvi

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(   Kalaiselvi, une autrice tamoule de la nouvelle génération. Contrairement à de nombreux auteurs tamouls, elle ne privilégie pas la sphère extérieure, mais elle laisse son écriture peindre les sentiments des gens.

     À ce jour, elle a écrit cinq recueils de nouvelles et cinq romans..)

Le train à grande vitesse a dépassé cette petite station avec un bruit sourd. Pas même le mouvement aveuglant de ses fenêtres ne le fit bouger. Il était allongé, le dos contre un banc le long du quai, et son bras gauche était étendu sur son visage pour cacher ses yeux. On pouvait généralement voir les mouvements des gens si un train de voyageurs s’arrêtait en gare. Jusque-là, notre homme n’avait aucune objection à s’allonger ainsi.

          La haine est naturelle. De fait, elle est l’inné d’un être. De là, nous sommes obligés de tirer la sensation de désir. L’expression de la haine est même le langage de la communication, sauf que son ampleur peut varier d’une personne à l’autre. En revanche, le ressenti de l’envie vient lorsque le niveau de haine diminue. Mais cela arrive très rarement, et notamment dans les sentiments comme l’amour. Le chant ininterrompu d’un corbeau semblait approuver ses pensées, et également provoquer chez notre homme un regard furtif vers l’oiseau, éloignant légèrement son bras de ses yeux. D’ailleurs, l’ombre des branches qui recouvraient le banc le rendait furieux. À côté du banc, un chien brun, reposant sa tétine sur ses plis, s’assit. Il détestait moins les animaux, car pour lui ceux-ci sont moins intelligents que les hommes. Ou peut-être à cause du fait qu’ils n’étaient pas ses concurrents.

Il était entouré actuellement d’un cadre photo, sur lequel était posée une guirlande de fleurs. Le visage qui semblait aussi serré que d’habitude avait un ‘pottou’ -un gros point coloré entre les deux sourcils épais. Devant lui, il y avait une feuille de bananier, dans laquelle se trouvaient des iddlys –  des gâteaux salés – à la sauce curry et aussi un assortiment de canapés et de sucreries. Néanmoins, ses yeux étaient ailleurs sans montrer le moindre intérêt pour ses aliments préférés. Sarodja pleurait comme si un deuil venait de se produire. Le tragique décès de son fils, né après deux filles, lui faisait verser des larmes.

« Es-tu mort en te demandant ce que ces gens feraient ? Puisque, nous tous dans cette maison ne sommes que des femmes, n’est-ce pas ? » La mère de Sarodja s’est interrogée en larmes et en se battant la tête. Le petit-fils serait le centre du bonheur de sa fille, disait-elle souvent. “Écoute, tout le monde dit que ton fils réussit bien à l’école, alors pourquoi tu te plains.’ consolait la mère auprès de sa fille. Même son école secondaire espérait qu’il devienne médecin. Il était sérieux, il pouvait réaliser leur souhait, c’est ce qu’ils pensaient tous. Il apprenait aisément. Et de là, son ambition naquit.

En rentrant chez elle après avoir fait la vaisselle, et ayant un jour de congé de son petit restaurant, elle a pu inviter les enfants de leur rue et leur dire : demain, nous commémorerons la mémoire de votre frère à l’occasion de Diwali (la fête des Lumières) ; si vous venez chez moi, vous aurez des sucreries. D’habitude, lors d’une telle fête, les enfants ne sont intéressés que par la collecte de pétards, mais ils étaient si convoités pour les sucreries et les gâteaux. Ses deux sœurs étaient maintenant mariées. Bien que leur frère ne soit pas très vif, la tendresse de son frère à leur égard les faisait pleurer pour lui. La noix de coco uniformément cassée et le paratha (pain plat indien) gracieusement saisi par le corbeau à son appel ont été leur soulagement.

 “Tu n’es plus un petit garçon, et pourquoi tu as tu toujours l’air triste comme si tu avais perdu quatre ou cinq navires ?” Telle était la question qu’elle posait souvent à son fils. Certes, le fait que son fils ait un visage inquiet, et ce, tout au long de sa vie semblait être un défaut pour elle. La haine n’est pas seulement destinée au bien. Et, elle est aussi idéale pour la solitude et la paix. En même temps, il s’est rendu compte qu’elle avait le pouvoir d’identifier et d’unir son propre peuple. S’il n’avait eu que haine sur haine, il n’aurait peut-être pas été capable de trouver son propre peuple. Ils étaient tous soumis à la haine. C’était une alliance de sept membres qui ruminaient volontairement la haine.

Au moment de la distribution de friandises et de gâteaux aux garçons, on a remarqué la trace de la poudre de pétard sur leurs mains. Sans pouvoir se défaire du lourd souvenir de son fils, Sarodja est assise dans un état pitoyable.

“Est-ce la maison d’Azhagesou ?” Ce fut la question d’un policier, qui se présenta à leur porte un soir d’été. Il lui semble que tout a été fait à l’instant. C’est ainsi que son temps s’arrête parfois sans bouger. Parallèlement, il ramène ce qui a déjà été digéré pour pouvoir le ruminer à nouveau. Heureusement, il ne s’agit pas de chaumières superposées. Mais plutôt d’abris sans cloisons ni murs, dont certains sont même séparés par des saris, des étoffes de femmes. À ce quartier, avec une confusion pour l’identifier entre la passerelle et l’intérieur, le policier s’est adressé sans s’approcher de personne. Une voix dépouillée de son autorité est une chose positive, mais le contenu de ce qu’il vient de dire n’est pas une bonne nouvelle.

Sarodja courut vers la gare en hurlant, accompagnée de ses filles.

Même le gardien du parc Barathi venait de temps en temps pour donner des nouvelles de son fils. Et d’une voix forte, “votre fils traîne dans le parc toute la journée, et il est encore tout jeune, vous devez faire attention à lui”, il les mettait en garde contre son fils.

La haine est un sentiment naturel. Même s’il se rend compte que le fait de vouloir le faire revient à tirer un fil d’une pierre, son habitation ne lui a pas permis de retenir la haine. De plus, dans un logis où il n’y a qu’une seule pièce pour tout le monde, il est difficile de le faire. D’autre part, les maisons situées en face du parc ne se chevauchent pas comme la sienne. Cinq des leurs peuvent être enfermés dans une seule maison, située devant le parc. À l’intérieur, elles ont leur propre jardin, et même leurs balançoires. Aux pieds fins, les membres de la famille trottent à l’intérieur de ces maisons, utilisant leurs voitures comme chaussures lorsqu’ils en sortent.

Bien qu’elle demande à son fils, les yeux remplis de larmes, “Mon cher fils, pourquoi agis-tu comme si le gardien du parc parlait de toi ?” Elle ne manque pas de montrer sa colère au gardien du parc en lui répondant : “Ne me raconte pas de conneries sur mon fils, bientôt il sera médecin, et à ce moment-là, je réglerai cette affaire avec toi.”

Mais elle n’a pas pu trouver même la maigre somme pour réaliser leur souhait. Elle n’a pas eu le courage de regarder son fils malgré les bonnes notes qu’il avait obtenues pour être admis dans une faculté de médecine. Ce jour-là, lorsque son fils revint à la maison après de longues et interminables heures de marche, Sarodja était dans un état déplorable. Elle souhaitait qu’il soit de retour chez eux, comme avant.

Ce jour-là, le restaurant où travaille Sarodja l’avait invitée à passer, pour proposer à son fils un emploi dans leur établissement. Il pourrait être comme un manager et donner des ordres en faisant pivoter sa chaise, depuis une cabine bordée de panneaux de verre. La mère aussi bien que le fils connaissaient ses capacités.

Le restaurant ignorait son talent. Cependant, lorsque la famille de Sarodja a eu des problèmes, ils l’ont aidé sans tarder. En outre, le restaurant leur fournit des vêtements neufs pour les fêtes. La dernière fois, Sarodja refusa d’accepter un sari, elle leur demanda plutôt de l’argent afin de pouvoir acheter de nouveaux vêtements pour son fils. Au lieu de cela, le propriétaire du restaurant lui a donné deux chemises : l’une était bleue, l’autre verte. La taille des chemises n’était pas correcte, elles étaient grandes et pourtant il les a acceptées sans rien dire. Il ne faut pas croire que le retrait des vagues signifie qu’elles sont calmées. À tout moment, les raz-de-marée peuvent balayer la terre.

Toute la famille criait et hurlait sur le corps. Il était allongé sur les rails recouverts de gravier. Le visage était gravement déformé. Grâce à sa silhouette droite et à sa chemise bleue, on put identifier le corps. Il était couvert de blessures et de sang. Après autopsie, la police a rendu le corps à la famille..

On peut affirmer que les individus qui acceptent volontairement la haine ne transgressent pas leur nature. En même temps, ils savaient que toutes les émotions commenceraient à changer à un moment donné, et aussi les moyens par lesquels elles se transformeraient. Ils se dirigent vers ce point. Là, tout sera comme au printemps. Leurs pieds deviendront fins. Le monde sera agréable.

Le train avançait lentement et commençait tout juste à entrer dans la soirée. Il restait peu de lumière du soleil alors que le train entrait dans le paysage sec et aride, dissolvant le bruit du train. Les vibrations des compartiments faisaient trembler les gommiers rouges, nous donnant l’impression qu’ils étaient possédés par des diables. Ces secousses pourraient s’atténuer à mesure que le convoi avance. Mais l’obscurité pourrait l’envahir avant cela. Dans ce bruit, « tadak….. tadak », on ne sentait aucun mépris.

L’argent nous donne de l’arrogance et nous fait sentir un statut sans précédent. Comme toujours, le train roule tranquillement sur les rails sans se soucier de l’argent de la banque qu’il transporte dans des caisses bien sécurisées, tandis que les toits de ces caisses ont été ingénieusement ouverts.

Le froid de l’air conditionné lui a causé un mal de tête. Il s’est levé et s’est assis. L’âge moyen de ces sept personnes allongées côte à côte devait être inférieur à vingt-cinq ans. Dehors, il s’est assis dans une zone qui ressemblait à une cour. Il ne savait pas de quelle ville ou de quel état il s’agissait. À vrai dire, cela ne faisait que sept mois qu’il connaissait ceux qui dormaient à l’intérieur, mais on pouvait tout de même compter sur eux. Ils avaient besoin de son cerveau. Mais lui, il avait besoin de leur talent et de leur courage.

Lorsque l’on atteint le sommet de la haine, celle-ci, à l’état de fonte, commence à déborder. Après une planification minutieuse, ils ont décidé de s’unir avec l’intention d’atteindre le sommet. Il ne pensait qu’à quitter la maison avec quelques vêtements dans son sac à dos. Voir un jeune homme à la tête écrasée et ensanglantée n’était pas dans son planning.

Il a dû être le premier à voir le corps. L’obscurité était telle qu’il ne pouvait pas distinguer entre le suicide et l’accident. La taille du corps couché sur le ventre correspondait à la sienne et une sorte de compassion pour lui-même a émergé en lui. Il s’agit sûrement d’un suicide. Il est possible que le défunt soit également intéressé par le fait d’avoir des jambes douces et une belle vie. Les pétards lancés par des personnes ayant de telles jambes auraient pu provoquer une manie chez lui. Ne pas pouvoir réaliser ses désirs, c’est comme passer des jours en enfer. Le reste de la vie, transformé en esclaves, en mercenaires, à renifler, à avoir des enfants et à les envoyer ramasser les pétards et les feux d’artifice dans les rues, jetés par les autres.

La nuit dense à laquelle il s’est habitué depuis déjà un bon moment, semble avoir perdu de sa vigueur. Du sang qui coule est encore chaud, et tout le reste est gelé. Quelqu’un a dû lui donner la chemise gratuitement, et elle gisait loin du corps comme il n’avait aucune envie de la porter. Le corps devra rester dans le froid jusqu’à ce que l’autre personne puisse voir. Aucune personne n’est venue, jusqu’à ce qu’il lui fasse remettre la chemise. Pauvre garçon. Il n’aurait peut-être pas pu avoir d’aussi bons amis comme lui. C’est une des raisons qui explique son geste de suicide : tomber devant le train.

Un à un, les amis d’Alakesan sont entrés dans la cour pour le retrouver. “C’est possible qu’il ne soit pas parvenu à bien dormir, compte tenu des appels au bonheur qui survenaient comme des rêves devaient l’empêcher de dormir”, pensa-t-il.

Tant de dénominations de billets de banque indiens dans de grands paquets. Ce ne sont pas des billets de dix, vingt ou cinquante, mais des billets de mille roupies. Un seul paquet suffit à faire de quelqu’un un millionnaire. Ils ont des milliers de ces paquets s’ils planent au lieu de marcher et quand ils dorment, dans leurs rêves, ils ne voient que les coupures des billets.

C’était l’aube du 8 novembre 2016. Sarodja pleurait encore.

***

Feb.2019 Kakkai siraginile

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