Archives d’Auteur: franceindechassecroise

À propos de franceindechassecroise

Écrivain tamoul, essayiste et le traducteur

A ‘Elle’ qui m’apprend le passé (Auroville) – Krishna NAGARATHINAM

Par défaut

– 8-

 

Exactement deux semaines plus tard, le 18 novembre 2017, après un voyage de douze heures, je descendais à l’aéroport de Chennai, en Inde. C’était vraiment une expérience nouvelle pour moi d’attendre en tant qu’étrangère la permission des douanes indiennes pour entrer en Inde. À l’aéroport, j’étais la seule qui semblait différente des autres à tous égards, tandis qu’en Europe, ce n’était pas étonnant de me voir parmi les gens de différents horizons, de différentes nationalités et de différentes cultures.

 

Avant de sortir de l’aéroport, j’avais changé deux cents euros contre des roupies indiennes pour faire face aux dépenses immédiates. La fin de l’après-midi montrait le visage pâle et fatigué de l’Inde. Je cherchai mon chauffeur parmi les visages de ceux qui s’appuyaient contre la barrière de sortie et balayaient des yeux les passagers qui sortaient pour retrouver leurs proches. J’avais demandé que l’on m’envoie un taxi à la maison d’accueil d’Auroville où j’avais réservé une chambre pour mon séjour. J’avais donc sur moi toutes les informations relatives au taxi et à son chauffeur. Pourtant, j’avais du mal à retenir le nom de ce dernier. Au bout du passage, un homme d’un certain âge, vêtu de blanc, m’attendait avec une pancarte portant les mots : « Meera – France ».  Je compris qu’il s’agissait de mon chauffeur, mais me rappeler son nom n’allait pas être une chose facile. En minimisant ce petit souci, je tendis la main et me présentai à lui. Il me demanda d’attendre et il alla chercher son véhicule. Mon apparence étrangère et le fait de rester là, seule, attirèrent les chauffeurs de taxi qui se trouvaient là. Ils me cernèrent et me proposèrent leur service. Heureusement, mon chauffeur était revenu avec son véhicule.

 

Dès qu’on fut sortis l’aéroport, la voiture passa à la vitesse supérieure. C’était une voie rapide, mais elle ne disposait ni de feux de signalisation ni de police pour contrôler le trafic. Le soleil tapait fort, un nuage de poussière nous enveloppait également. Comme des petits enfants, tout le monde s’amusait à donner des coups de klaxon brefs et répétitifs. Je demandai au chauffeur d’arrêter, de mettre le climatiseur en marche. Le téléphone portable dans ma main affichait l’heure européenne. À ma demande, le chauffeur me donna l’heure de notre arrivée à Pondichéry, laquelle, selon lui, serait autour de 20 heures. Après deux heures et demie de route, notre taxi quitta la voie rapide, tourna vers le sud-est à 90 degrés en direction du golfe du Bengale. Tout ce que j’avais vu, entendu, senti : hommes, véhicules de toutes sortes, boutiques, sons, odeurs… s’éteignirent subitement. La route non pavée, non goudronnée faisait retentir le grincement des roues. La couverture dense des arbres et des arbustes des deux côtés de la route ne cessait de m’angoisser. Quelques mauvaises scènes de cinéma passaient dans ma tête. Je me demandais (même ?) si je pouvais avoir confiance en mon chauffeur…

 

— Monsieur, est-ce que nous sommes sur la bonne route ? lui dis-je.

 

— Ne vous inquiétez pas, Madame, nous sommes presque arrivés. Dans quelques instants, on sera chez votre hôte.

 

Mais la réponse du chauffeur n’avait pas réussi à me convaincre car la route se prolongeait indéfiniment. J’avais un doute quant à la vie humaine en cet endroit. Comme si on voulait me répondre, j’aperçus un Européen, vêtu d’un dhoti à moitié replié, d’une chemise légère et portant un turban sur la tête, qui conduisait un deux-roues avec sa femme, assise derrière lui, son nourrisson dans les bras, laissant l’extrémité de son sari flotter dans l’air. Ensuite, je vis deux voitures qui venaient en sens inverse. Alors que j’étais immergée dans cet environnement étrange, le taxi s’arrêta devant une maison dont le toit était fait de chaume, encadrée d’une clôture vivante, faite d’arbres et d’arbustes.

 

L’arrêt du moteur de notre taxi fit sortir la femme de la maison. Je compris tout de suite qu’elle était l’hôtesse de la maison et que c’était avec elle que j’allais passer mon séjour. J’appris qu’elle s’appelait Devagui une fois que nous nous fûmes serré la main. La maison d’accueil, qui ressemblait à une conque, se trouvait à quelques mètres de la barrière. Ladite ‘maison’, comme je vous l’ai déjà dit, était construite avec des murs de briques et un toit de chaume.  À l’entrée, de part et d’autre, des lianes de jasmin remplissaient la charpente du palissage. Guidée par la lumière, je m’avançai vers la porte d’entrée. Le mari de Devagui, l’hôtesse, m’attendait en tee-shirt et en bermuda, patiemment, près des marches qui menaient au premier étage.

 

—  Hi, I’m Albert ! se présenta-t-il, me tendant la main et me posant une question sur mon long et fatigant voyage.

 

Ma réponse prudente : « Tout s’est bien passé jusqu’ici ! » fit rire le couple. Le mari poursuivit en disant que ma chambre se trouvait à l’étage et qu’après une douche chaude, je pourrais descendre pour le dîner. La clé de ma chambre était passée de la main de M. Albert à la main du chauffeur de taxi. Entre-temps, celui-ci avait dû également aller chercher ma valise dans la voiture. Deux minutes plus tard, comme quelqu’un connaissant bien de telles pratiques, le chauffeur, la valise dans une main, la clé dans l’autre, grimpa les marches et ouvrit la porte. Posant la valise par terre, il me dit « au revoir » tout en se grattant l’arrière de la tête. Ayant compris le sens de son geste, j’ouvris mon sac et lui donnai 100 roupies. Il semblait hésitant. Je lui demandai :

 

— Le pourboire ne suffit pas ?

 

La réponse fut immédiate :

 

— Non, Madame, vous avez tort ! Je dois vous mettre en garde contre le risque que vous courez en séjournant dans cette maison… voilà mon intention.

 

La phrase à peine terminée, il redescendit comme une flèche et disparut. Pendant deux ou trois minutes, je restai en état de choc, sans comprendre le sens de son avertissement. Heureusement, les activités qui m’attendaient firent la rupture avec cette mise en garde du chauffeur.

 

Une fois la valise posée, je commençai à détailler la chambre. C’était une petite pièce largement suffisante pour une personne. Au pied du lit, il y avait une grande fenêtre constituée de quatre panneaux.  À droite, sur le mur, dans un cadre, on voyait le couple spirituel : Sri Aurobindo et son amie européenne de ses derniers jours. La Dame – telle que je l’avais déjà vue à Paris sur la couverture du livret offert par la femme de métro, la chevelure d’or ondulée et courte et recouverte d’une mousseline – essayait en vain de sourire.  Son visage présentait des rides et des ridules en signe de vieillissement. En revanche, lui, présentait un visage ferme, portant moustaches et barbe longue et blanche se répandant sur son torse, lui cachant le cou. Sous le cadre, se trouvaient une table et une chaise en bois et sur la table, il y avait un réveil, quelques bougies de cire, du papier à lettres fait main, et un stylo. Je remarquai aussi un pot en terracotta pour de l’eau potable et un verre en inox. Avec une satisfaction totale, j’ouvris la fenêtre. Une légère brise m’embrassa le visage, mêlée au parfum des plantes et des arbres.

 

— Mademoiselle Mira, voulez-vous descendre ?

Devagui m’appelait pour le repas.

 

— Je n’en ai que pour une minute !

 

Croyant qu’elle aurait pu entendre cela, j’ouvris ma valise… Je n’arrivais pas à choisir la tenue appropriée pour partager le premier dîner avec le couple. Je suis donc descendue en ayant gardé mes habits de voyage, avec une bouteille de vin à la main.

 

Le couple m’attendait à la table, un sourire aux lèvres ; elle était au centre du salon et ressortait sur le fond blanc des murs. Je m’assis en tirant une chaise, en face d’eux, et donnai la bouteille à Devagui avec quelques mots de compliments.

 

Monsieur Albert saisit la bouteille avant que sa femme ne la prenne…

 

— Oh, that’s great !  Ça fait des mois que je n’ai pas bu de vin français, un grand merci à vous !  Au fait, nous sommes végétariens, j’espère que cela ne vous posera pas de problème, me dit-il dans un éclat de rire.

 

— En fait, c’est déjà beaucoup. Mon idée était de prendre juste quelques biscuits ce soir, rien de plus. Votre dîner est un festin pour moi !

 

— Le premier jour, on a coutume de prendre le repas avec nos invités. À partir de demain, vous devrez manger à l’extérieur.

 

Ce furent les mots de Devagui, toujours le sourire aux lèvres. Ils me servirent des chapatis et des lentilles. La fatigue de mon voyage m’empêcha de rester et bavarder longtemps avec eux. Après leur avoir souhaité une bonne nuit, je montai me coucher. Il était déjà 11 heures du soir.

à suivre….

Publicités

À elle, qui m’apprend le passé – 7 , – Krishna NAGARATHINAM

Par défaut

À elle, qui m’apprend le passé

– 7 –

 

Malgré la confusion générée en moi par l’expression « la conscience divine », la première clause de la charte d’Auroville m’avait impressionnée plus que tout. Puis le site internet m’avait également fourni des renseignements utiles sur cette ville.

 

La première clause influença incontestablement mes rêves de venir en Inde et de vouloir être une aurevillienne ; néanmoins, ce n’était pas la raison fondamentale. Je n’aimais pas ma mère, qui voulait rompre sa relation de vingt ans avec Louis comme on enlève son maquillage après une soirée, ni le vide laissé par le départ de Louis. Louis était un homme de valeur. Il savait surmonter les obstacles les plus importants. Si je l’avais voulu et si ma mère avait été d’accord, il aurait pu m’emmener avec lui. Je savais que je n’aurais pas été un fardeau pour lui et qu’il se serait toujours occupé de moi comme un vrai père. Je savais aussi que ma mère n’aurait jamais accepté cette idée. Même si elle l’avait fait, je ne sais pas quelle aurait été la réaction de son nouveau compagnon. Non, je ne voulus rien entendre. Mon grand-père maternel m’avait laissé suffisamment d’argent sur mon compte. À tout cela, il fallait ajouter l’esprit bourgeois et borné de ma mère Isabelle pour comprendre mon départ précipité pour l’Inde et Auroville. « Si je rencontrais des difficultés, je reviendrais en Inde », me disais-je. Par-dessus tout, Louis m’accueillerait, quelle que soit la situation, j’en étais certaine.

 

Il m’était arrivé de quitter à plusieurs reprises ma maison avec ou sans l’autorisation de ma mère. La durée de mon absence en général était d’une semaine au moins. Si je ne revenais pas dans les deux jours, cela voulait dire que j’avais eu une dispute avec ma mère.

 

J’éteignis ma cigarette et jetai le mégot dans la poubelle. J’avais une faim de loup ; je descendis donc dans la cuisine et mangeai ce que ma mère avait gardé pour moi : du poulet et du riz. Lorsque je revins dans ma chambre, il était déjà 11 heures du soir. Soudain, j’entendis le tonnerre au loin, immédiatement suivi d’une forte chute de pluie. Au moment où je fermai les fenêtres, en tirant les rideaux, je vis un jeune homme debout au pied d’une maison en face. « Est-ce lui ? » me demandai-je. Bouleversée par ce nouveau trouble en moi, je m’effondrai sur mon lit. Je sentis alors que je m’engourdissais, le monde s’assombrissait autour de moi et je m’endormis.

 

Quand je me réveillai, il était 5 heures du matin. Je pris une petite valise et mis tout ce qu’il me fallait : des habits, des affaires de toilette, un ordinateur portable, une carte de crédit, etc. Je descendis l’escalier à pas de loup et vins au-dehors en fermant tout doucement la porte derrière moi. Un vent glacial soufflait fort au visage. Je portai la valise sur une courte distance et la tirai ensuite en marchant à grands pas.

 

///

 

Malala était mon amie d’école. Quinze ans d’amitié. Je vous ai déjà dit que chaque fois que je me disputais avec ma mère, je restais chez des amis et c’est dans l’appartement de Malala que j’ai logé le plus.

 

Ma grand-mère maternelle savait faire la cuisine indienne et vietnamienne. Et s’il y avait un endroit, en dehors de chez elle, où je pouvais savourer une cuisine authentique, c’était chez Malala. Sa mère était une bonne cuisinière et ses spécialités étaient le rôti indien, le tandouri, etc. Il y avait une autre raison pour laquelle je préférais rester avec Malala : elle était membre d’une association de trekking. Elle voyageait sans arrêt partout dans le monde, surtout en forêt, dans le désert, en montagne, juste avec un sac à dos.

 

Une fois, les amis de l’association décidèrent d’aller au nord-est de l’Inde, plus précisément dans la région d’Assam, afin de vivre l’aventure. Pour matérialiser leur projet, ils réservèrent leurs billets d’avion et firent des demandes de visas. À part Malala, les autres membres obtinrent leur visa. La raison du refus de l’ambassade de l’Inde à Paris concernant Malala était que ses parents venaient du Pakistan. Cependant, s’il s’agissait de défendre les intérêts de l’Inde, elle serait au premier rang.

Il était environ six heures du matin quand je frappai à la porte de l’appartement de Malala, qui se trouvait dans une des banlieues de Paris. Après une ultime tentative de sonnette, alors que j’étais sur le point de partir, elle me fit une surprise en ouvrant la porte sans allumer. Derrière la porte entrouverte, on apercevait une petite table avec une lampe et son abat-jour luminescent, un lit avec un drap de dessous mal étalé. Elle essaya de refermer sa bouche en vain, du dos de la main, pour empêcher un grand bâillement ; ce dernier fut également suivi d’un éternuement fort. Je vis qu’elle avait un mouchoir en papier dans la main…  Elle se moucha avec deux ou trois fois puis s’adressa à moi :

 

—  Hey ! Quelle surprise ! Qu’est-ce que tu viens faire chez moi, à cette heure-ci ? Entre, entre !

 

Prenant ma valise, elle se retourna et je la suivis. Après quelques pas, elle me demanda :

 

— Comme toujours, tu es venue après une dispute avec ta mère, n’est-ce pas ?

 

— Oui, mais je n’ai pas l’intention de rentrer chez moi cette fois-ci, répondis-je.

 

Tout en ignorant ma réponse, elle entra dans sa chambre, posa ma valise près du mur, fit le lit et s’assit au bord.  Je m’assis également à côté d’elle.

 

Elle tourna la tête et me fixa longtemps d’un regard critique. N’arrivant plus à contrôler mes émotions, je m’effondrai dans ses bras et me mis à pleurer.

 

—  Qu’est-ce qui t’arrive ? Les problèmes de ce genre ne sont pas nouveaux chez toi. Tout sera de nouveau en ordre dans un jour ou deux, ne t’inquiète pas ! Il est certain que ta mère et toi, vous serez toutes les deux réconciliées, me dit-elle pour me réconforter.

 

— C’est fini entre ma mère et moi. Qu’elle vive sa vie, je vis la mienne. J’ai décidé d’aller à Pondichéry, et de m’installer à Auroville.

 

— Bon, tes yeux sont fatigués et tu sembles incapable de dissimuler le manque de sommeil de cette nuit. Dors un peu, on parlera plus tard, me dit-elle d’une voix enrhumée

 

Il y avait un réel regret dans sa voix et je constatais sur son visage l’intérêt qu’elle me portait et sa préoccupation à mon égard. L’esprit léger, je me suis tournée vers le mur, couchée sur le côté et je m’enfouis sous le drap.

 

Je n’arrivais pas à dormir. Les incidents survenus chez moi et restés dans ma tête resurgirent comme du magma. Comme je l’avais souvent entendu dire par ma mère, je me demandais en sanglotant : « Pourquoi dois-je souffrir autant ? »

 

Afin d’éviter d’être entendue par mon amie, je me forçai à me mordre les lèvres. Néanmoins, elle m’entendit et me demanda : « Tu ne peux pas dormir ? » Mais je restai muette et commençai à ruminer le passé des derniers jours.

////

 

La voix « Meera, lève-toi ! » m’éveilla. Je me levai en rangeant (en pliant ?) le drap sur le côté. Malala était debout, avec une tasse de café. Je pris la tasse dans la main et bus à petites gorgées. À ma question : « Quelle heure est-il ? », la réponse fut : « Dix heures ». Lorsque je lui demandai immédiatement : « Tu ne travailles pas aujourd’hui ? », elle me répondit que « non ». Cela me soulagea car j’aurais (ainsi) suffisamment de temps pour discuter avec elle.

 

Lors de notre petit-déjeuner, je lui racontai tout : la décision brutale de ma mère de vivre avec son nouveau compagnon ; le choc prévu de cette terrible nouvelle sur mon beau-père Louis ; ma décision de fuir cette situation et de m’installer en Inde, etc. Après m’avoir écoutée attentivement, elle me dit d’un ton rassurant :

 

— Je comprends, mais je crains que tu n’aies pris une décision hâtive. Écoute, ma chérie, il faut être prudent pour se lancer dans une telle aventure. On se renseignera auprès de nos amis et puis je connais une agence de voyages spécialisée pour le sud-est de l’Asie.

 

——————————————————————

 

A ‘Elle’ qui m’apprend le passé -Krishna NAGARATHINAM

Par défaut

– 6-

 

Un raccourci pour rejoindre notre rue consiste à prendre une ruelle à gauche de l’arrêt de bus. Je ne sais pas ce qui s’était passé avec nos lampadaires ce jour-là. La ruelle était plongée dans les ténèbres. J’hésitai un moment à poursuivre mon chemin, mais la présence d’un vieil homme qui marchait devant moi m’avait rassurée. Après quelques pas, le sentiment d’être suivie par quelqu’un me fit tourner la tête. Dans l’obscurité épaisse, ce que j’apercevais, c’était un homme grand, à la tête ronde. Était-ce lui, le jeune Africain ? Je me le demandais…Mais je n’en étais pas sûre. S’il s’agit du jeune homme en question, pourquoi était-il ici en ce moment ? Une odeur émanant de lui me vint au nez et me donna des frissons dans le dos.

 

La première fois, l’impact lancé par ma mère contre les étrangers avait commencé à me dévoiler son visage. Les images accumulées année après année en moi à travers ses actes et ses paroles au sujet des étrangers me donnèrent le frisson. Cette peur était renforcée par le faible éclairage des lampadaires. Je marchais aussi vite que possible.  La seule pensée qu’au tournant, juste quelques minutes suffiraient pour arriver chez moi, dissipait un peu ma crainte. Je me tournai pour savoir s’il me suivait encore.

 

—  Mademoiselle, attends !

Ça ne faisait aucun doute, il n’était autre que mon jeune homme de la porte de la Villette !

 

— Que veux-tu ? Pourquoi me suis-tu ? Si tu as quelque chose dans ta tête, débarrasse-t’en ! Je ne te connais pas, comprends-tu ?

 

— Comme tu veux… Mais j’ai besoin de ton aide, il me faut cent euros, s’il te plaît !

 

— Désolée ! Je n’ai rien sur moi. J’ai dépensé tout ce que j’avais, tu le sais, n’est-ce pas ?

 

— Je sais, mais actuellement tu es la seule personne qui peut m’aider.

 

Quand ses mots, légèrement humides effleurèrent mes oreilles, passant au ras de mes épaules, j’étais devant chez moi. Je me tournai vers lui, après avoir appuyé sur la sonnette une deuxième fois.  Quoi de plus pitoyable que ses yeux qui me renvoyaient une expression ahurie ! Je pensai alors que ma mère allait ouvrir la porte d’une minute à l’autre et la porte s’ouvrit avec des bruits de ferraille. Elle se tenait là, la main droite posée sur la dernière et ses yeux fixaient un point imprécis entre mon ami africain et moi.  Je me souviens, aujourd’hui encore, de la suspicion s’affichant sur son visage et de sa vive réaction… Comme pour nous frapper, ma mère referma la porte à la hâte et appela « Louis ! Louis ! » Je savais ce qu’elle avait à l’esprit : avec un étranger, on est en danger. Moi aussi je craignais le pire il y a quelques minutes, quand je pensais qu’un étranger me suivait. Pour calmer ma mère, je lui criai :

 

— Ne crains rien, maman ! C’est mon ami, ouvre la porte, s’il te plaît !

 

Mais les mots de sa fille ne calmèrent pas l’esprit de la mère. Cela se reflétait dans la manière dont elle avait rouvert la porte.  La tête de Louis était comme une tête coupée posée sur l’épaule de la mère. À la lumière de la lampe électrique, sa fille et son ami étranger semblaient être les deux points centraux de sa peur.

 

— Qui est-il ? Pourquoi l’as-tu ramené à la maison ?  me demanda ma mère.

 

Elle avait dû oublier ce qu’elle avait vu à la Porte de la Villette. Croyant cela, je lui répondis :

 

— Il était mon camarade de classe à l’université. Je l’ai rencontré par hasard aujourd’hui et invité. Laissez-nous entrer, s’il vous plaît !

 

—  Non ! Ce n’est pas l’heure pour les invités. Si tu entres seule, oui, je peux le faire.

 

La voix de ma mère était très stricte. Je ne voulais pas montrer ma colère devant le jeune homme.

 

— Va-t’en ! Si c’est possible, je viens te voir demain, lui dis-je.

 

Mais il n’était plus là pour entendre ma phrase… Je fus soulagée en voyant qu’il entrait dans la ruelle et disparaissait aussitôt. Sans vouloir parler à ma mère, je suis passée devant elle et comme si elle n’attendait que cela :

— Depuis un certain temps, tu rentres tard le soir. Aujourd’hui c’est le dernier jour ! Si cela continue, je n’ouvrirai plus la porte, comprends-le ! me dit-elle brusquement.

 

– Je ne suis plus une enfant, je peux entrer et sortir comme je veux.

 

— Tu pourras appliquer ce règlement quand tu habiteras chez toi ! Jusque-là, tu devras obéir à mes ordres ! Bon, as-tu pris ton dîner ou non ?

 

En faisant des gestes de la main, Louis, qui se tenait derrière ma mère, me demanda de prendre l’escalier sans rien dire.

 

— Si je meurs de faim, le ciel ne me tombera pas sur la tête. Va dormir en paix ! dis-je en montant l’escalier en vitesse.

 

J’entrai dans ma chambre, allai au petit coin et en revins. Je me sentais fatiguée et je tombai sur mon lit. Le visage du jeune Africain apparut devant moi pendant quelques secondes. Je sortis la cartouche de cigarettes du tiroir de la table et en allumai une. Une longue bouffée libéra mon esprit et m’apaisa.

 

Un livret posé sur la table attira mon attention. C’était le livret sur Auroville, offert par la dame du métro. Je commençai à le feuilleter. Mes yeux se posèrent quelques minutes sur ladite charte d’Auroville et ses quatre articles. Elle me faisait l’effet d’une réclame pour un produit sur le marché. Chaque mot avait été bien choisi et remplissait sa fonction comme prévu. Le livret contenait aussi l’histoire d’Auroville, les informations pour la visiter, comment y loger ou devenir Aurevillienne, etc. Après avoir pris un peu de cocaïne, je lus la charte une énième fois…

 

 

        ————————————————————

 

à ‘Elle’ qui m’apprend le Passé

Par défaut

– 4 –

 

Un jour, je suis allée avec ma mère boulevard de la Villette, près de La Chapelle. Je me souviens encore aujourd’hui de ce que je vis ce jour-là : un bon nombre de tentes aux couleurs très variées, une centaine d’immigrés, hommes et femmes, de toutes races, de toutes ethnies. La plupart d’entre eux étaient des jeunes. Parmi ces personnes, je remarquai un jeune Africain qui rompait un pain rassis et le mangeait ; autour de lui, quelques pigeons tentaient d’en récupérer des miettes.

 

— C’est triste de le voir, ai-je murmuré, manifestant mon empathie vers lui.

 

— Désolée, ma chérie, pour ces gens-là, c’est déjà un festin ! répondit ma mère d’un ton sec de bourgeoise.

 

Au même moment, j’éprouvai l’envie de revoir ce jeune homme, tôt ou tard, pour deux raisons : premièrement, je n’aimais pas la manière de voir les choses de ma mère ; deuxièmement, son projet de quitter Louis et de vivre avec quelqu’un d’autre était inadmissible.

 

Le lendemain matin, quand je me suis présentée boulevard de la Villette, il était déjà neuf heures. Il y avait beaucoup de nouveaux visages. Je décidai de me renseigner sur lui, m’appuyant sur les visages que j’avais croisés la veille… Mais comment ? Avec quels éléments ? L’absence de renseignements précis suscitait en moi une grande confusion. Je pourrais toujours donner une taille appropriée et ajouter l’expression “jeune Africain”, mais c’était une simple information applicable à beaucoup d’autres gens ici. Je tentai de le chercher de mon mieux, lui attribuant une corpulence raisonnable par rapport à la base de données que je possédais.  Mais personne ne me manifesta sa faveur. Après une errance désespérée, un jeune s’approcha de moi, me disant qu’il serait disponible pour vingt euros et un repas du soir.

 

— Je ne suis pas venue pour cela, lui répondis-je.

 

Au même moment, un homme vint vers moi et me dit que le jeune allait partir pour un travail au noir, qu’il reviendrait le soir et il me promit de le retenir à son retour si je lui donnais quelques pièces.

Il tint parole et je pus voir le jeune Africain le soir même.

 

Les deux jours suivants, je les passai avec lui et avec d’autres immigrés.  Pendant la journée, me joignant à une association caritative, je distribuais des chaussures, des vêtements et de la nourriture collectés et le soir, je passais tout mon temps avec les femmes. Le troisième jour l’attitude du jeune Africain me poussa à agir autrement. En effet, je compris que dès qu’il trouverait une occasion, il tenterait d’effleurer mon corps ici et là de la main.  De façon claire et nette, je lui dis que je n’étais pas la femme qu’il croyait et, en entendant cela, son visage devint un masque grimaçant. Puis on se mit à discuter. Il m’avait fallu trois jours pour réaliser que ma pitié pour lui n’était rien d’autre que ma colère contre ma mère.

Partagée entre ma compassion pour son état — il avait quitté, comme on se déshabille, sa maison natale, sa patrie, sa famille, ses proches, ses camarades de classe, ceux qui avaient joué avec lui pendant les récréations ou nagé dans un fleuve ou une mer, il avait tout laissé derrière lui à la merci du temps, croyant à la bonne foi du passeur, pour voyager et arriver dans un nouveau pays — et ma colère contre sa conduite indécente de me demander de l’argent pour de la cocaïne et de la bière, c’est lui qui gagna. Je restai deux jours avec lui, pourtant ni lui, ni moi, nous ne voulions pas nous connaître mutuellement. Quoi qu’il en soit, j’allais devoir lui dire au revoir avant de partir… Mais malgré mon attente, il ne revint pas de son travail clandestin. Il était déjà 20 heures. Je savais comment ma mère m’accueillerait. Il était temps de partir, alors je commençai à marcher vers la station de métro.

 

– à suivre

————————————————————–

 

 

 

A ‘Elle’, qui m’apprend le Passé – Krishna NAGARATHINAM

Par défaut

– 3 –

 

Mon premier séjour à Auroville remontait à huit mois. À ce moment-là, j’étais dans un état désespéré à cause des événements qui s’étaient déroulés autour de moi et j’en voulais à ma mère pour une raison précise.

 

Mes parents ont une pharmacie appelée la pharmacie de Liège dans le IXe arrondissement de Paris, et l’affaire jusqu’à présent tourne bien. Après six ans d’études, j’attendais le résultat de mon examen pour devenir pharmacienne moi aussi. Ma mère s’appelle Isabelle et Louis est mon beau-père. Il n’y a pas grand-chose à dire sur la famille de ma mère, mais Louis vient d’une famille riche. Il possède une grande maison du XIXe siècle léguée par ses parents aux Sables d’Olonne. Contrairement à Louis, ma mère est très attachée à un train de vie aisé et d’une manière ou d’une autre, cela résonne dans notre vie quotidienne. Étant sa fille, le choix de mon petit ami est limité : seul un garçon issu d’une famille respectable aura le droit de m’approcher.

 

C’était un dimanche. Nous étions tous à la maison. Au cours de la semaine, la seule occasion qui pouvait nous rassembler était le dîner. Le dimanche donc, en général, nous nous retrouvions autour de la table le matin, l’après-midi et le soir pour manger ensemble en discutant de tout ce que nous avions vécu pendant la semaine dans la rue, dans le métro, dans notre pharmacie ou ailleurs ou appris par les journaux, la télévision, etc. Il nous fallait au moins une heure avant de sortir de table. Parfois, nous invitions des amis le samedi soir et bavardions jusque tard dans la nuit autour d’un verre.

 

Quelques mots sur Louis : soit dit en passant, comme je vous l’ai déjà appris, Louis est mon père adoptif. Isabelle, ma mère, n’avait que dix-sept ans quand je suis née, alors j’ai grandi avec mes grands-parents. Lorsque ma mère a voulu poursuivre ses études de pharmacie, qu’elle avait interrompues quelques années plus tôt, elle a rencontré Louis, puis, plus tard, ils se sont mariés. Après avoir obtenu leurs diplômes, ils ont ouvert la pharmacie.

Jusqu’à mon sixième anniversaire, Louis a ignoré que sa nouvelle épouse avait un enfant de six ans. Un jour, mes grands-parents ont décidé de parler de moi à leur gendre. Le même jour, Louis m’a emmenée à la maison comme si j’étais sa propre fille. En outre, il a dit à ma mère qu’il ne souhaiterait pas avoir un deuxième enfant après moi. Au fond d’elle-même, ma mère avait toujours eu le sentiment que ses parents étaient responsables de tout ce qui était malvenu pour sa famille. Elle a donc décidé de ne plus aller les voir. Louis, en revanche, m’a régulièrement conduite chez mes grands-parents et il leur a souvent rendu visite pendant leur séjour à la maison de retraite. Depuis mon arrivée chez lui, il s’est montré un père exemplaire et moi, je le considère comme mon vrai père. Il est difficile de croire que les jours et le temps que j’ai passés avec Louis sont plus importants que ceux passés avec ma mère.

 

 

Il n’y eut pas de problème jusqu’à ce dimanche précis. Le matin, j’étais allée voir un ami de l’université et j’étais revenue vers midi. La table avait été préparée pour le déjeuner. Il y avait en général trois assiettes et les cuillères et fourchettes adéquates, mais ce midi-là, exceptionnellement, je ne vis que deux assiettes remplies de Poh, la spécialité vietnamienne de ma mère et du pain. L’absence de Louis m’avait intriguée, j’avais levé la tête et regardé le visage de ma mère.

 

—  Un déjeuner sans mon père à la table, ça me surprend ! De plus, voir une table sans bouteille de vin et sans assiette pour lui est inhabituel chez nous, tu peux m’expliquer ? lui ai-je demandé.

 

—  Rien ne nous arrivera si nous mangeons sans lui, ne t’inquiète pas, c’est moi qui lui ai demandé de nous laisser seules pour aborder un sujet.

 

Ma mère est un personnage typique. Il était certain qu’elle attendait d’évoquer un problème grave… Alors je restai silencieuse jusqu’à la fin de ses paroles.

 

—  Tu ne me demandes pas pourquoi ?

 

—  Pourquoi te le demanderai-je ? Jusqu’ici, tout ce que tu as fait n’a concerné que toi. Bien sûr, ni Louis ni moi ne pourrons être importants pour toi.

 

—  Tu ne crois pas que moi aussi, comme beaucoup d’autres, je pourrais avoir mes propres besoins ?

 

—  Je ne suis pas bien placée pour te faire une leçon de morale, et toi non plus, dans le rôle de l’élève qui écoute. Dans notre monde d’aujourd’hui, certains hommes nous surprennent, en tuant des innocents au nom de Dieu. Je ne vois aucune différence entre ces fous et toi. Mes questions ne te serviront à rien, je sais. Alors vas-y !

 

De la main, elle remit le petit morceau de pain à sa place initiale et elle me dit, me regardant quelques secondes dans les yeux.

 

—  Depuis quelques mois, je suis infidèle à Louis. J’ai donc décidé d’arrêter de vivre ainsi.

 

—  Et après ?

 

—  Et après ? J’ai décidé de vivre avec quelqu’un que j’aime, c’est tout. Que veux-tu que je te dise de plus ?

Tout en parlant elle poussa devant elle son assiette contenant les restes, laquelle roula sur la table, interrompit sa trajectoire sur le bord et tomba à terre, enlaidissant la scène. Ma mère, qui s’attendait à ce que j’acquiesce, reprit la parole :

 

—  Tu n’as vraiment pas compris mon intention ! Je vais vivre avec quelqu’un qui me comprend bien. Je n’ai rien à me reprocher à cet égard. De plus, ton Louis, il ne connaît que la consommation de vin et ignore totalement mon intérêt.

 

— Je sais que tu ne partages pas mon opinion, surtout s’il s’agit de Louis et de moi. En tout cas, je te le demande, l’homme dont tu parles n’est-il pas celui qui nous livre les marchandises ? Oui ? Louis m’en a déjà parlé.  Il m’avait dit que vous corrigeriez ce défaut alors que je ne le croyais pas.

—  Il n’avait pas honte de raconter toutes ces inepties ?!

 

—  S’il y a une honte dans cette histoire, elle n’est pas pour lui, mais pour toi.

 

—  J’ai besoin de ton avis sur ce sujet.

 

—  Je ne pense pas que mon avis t’intéressera. Si j’ai quelque chose à dire, je parlerai à Louis.

 

Ayant lancé cette réplique sans attendre la sienne en retour, je montai les escaliers jusqu’au premier étage. Après avoir changé de tenue, je sortis de la maison comme une folle, ignorant la voix qui m’appelait : “Mira ! Mira !”

 

Je ne me rappelle plus combien heures je passai ce soir-là pour arpenter les rues de Paris, mais lorsque je rentrai à la maison, il était presque minuit.  C’est Louis qui m’ouvrit la porte. La discussion du midi, avec ma mère, m’interdisait de me trouver nez à nez avec elle.  En grimpant les marches deux à deux, j’arrivai au premier étage et fermai la porte de ma chambre. Je pouvais entendre la respiration de Louis derrière la porte puis sa descente de l’escalier d’un pas cadencé. Je pleurai jusqu’à l’aube.

 

A Suivre …

——————————————————————-

 

À ‘Elle’, qui m’apprend le passé

Par défaut

– 2 –

Les hommes et les femmes attendent d’entreprendre un voyage long et pénible. Eux aussi, comme moi, devaient  être fatigués de leurs chemins habituels, des visages qu’ils croisaient tous les jours, des voix facilement reconnaissables et ils cherchaient donc de nouveaux trajets, de nouveaux visages ou de nouvelles voix. Bien que mon point de départ présentât évidemment une similitude avec celui d’autres voyageurs, ma destination n’était pas la même. J’embarquerais en effet, comme eux, à Los Angeles, USA, mais je débarquerais à Chennai, en Inde.

Deux heures plus tôt, j’avais pris un taxi à Pasadena en Californie, pour arriver à l’aéroport. Selon notre planification de la veille, mon amie Jessica devait m’accompagner jusqu’à l’aéroport et me dire au revoir, mais malheureusement la visite surprise de son oncle l’avait empêchée de le faire. J’avais également décliné la bonne volonté d’une amie de Jessica qui avait voulu la remplacer. J’étais donc partie seule dans un taxi.

Sur le chemin, le chauffeur, un Afro-Américain, entama un dialogue ; cela pouvait être une manière de mettre son client à l’aise, mais je n’en étais pas certaineDes questions de routine portant sur mon pays d’origine, le racisme en France, le but de mon voyage aux États-Unis, etc.  Malgré le fait que j’avais l’esprit fermé et toute mon attention portée sur le compteur de taxi, je lui répondis calmement.

En effet, depuis un certain temps, j’étais obligée de regarder à la dépense ; c’est pourquoi toute mon attention était fixée sur le compteur du taxi, qui courait comme Usain Bolt ! En conséquence, à l’arrivée à l’aéroport, j’aurais dû payer plus que ce à quoi je m’attendais.

Dix minutes plus tard, j’étais devant le guichet de la Lufthansa. Après avoir enregistré ma valise, j’allai à la porte numéro 26 qui s’occupait des passagers de Frankfurt. L’horaire de l’avion et la destination inscrits sur le panneau d’affichage me rassurèrent, mais l’absence de personnel au guichet me poussa à promener mes yeux à la recherche d’un siège vacant pour attendre mon tour comme beaucoup de voyageurs.  Une fois assise, j’ai envoyé un SMS à Jessica pour l’informer que tout s’était bien passé.

Juste devant moi, assis, un homme d’un certain âge, dont la tête paraissait en fer forgé, me regardait sans relâche ; néanmoins, c’était un visage inoubliable. Je regardai tout autour de moi. Sauf quelques Européens ici et là, la plupart des passagers étaient Indiens. “Il faudra attendre au moins une demi-heure avant d’être appelé au guichet ”, pensai-je. Pour tuer l’ennui, je portai mon attention sur les voyageurs et les dévisageai : leurs habits, leurs voix, leurs langues, les expressions de leurs visages, leurs yeux et leurs quêtes. Lors de cette opération de curiosité, une famille sikh transportée par véhicule électrique, me fit réfléchir : “Étaient-ils venus de l’Inde ou y rentraient-ils ?” me demandai-je.  À part quelques exceptions, les plus nombreux des Indiens me paraissaient occidentalisés. Ils avaient tous soit un smartphone soit un iPad dans leurs mains. Et ils se tortillaient, étiraient les jambes, ouvraient la fermeture de leurs sacs, fouillaient leurs nez, papotaient, s’écoutaient parler, se riaient de quelqu’un et regardaient tout ce qui bougeait.

— Excusez-moi, y a-t-il quelqu’un sur ce siège ?

Frappée par la question, je me retournai. “La voix ! C’est la sienne ! Celle de la fille qui me poursuit nuit et jour”, me dis-je, mais non, contrairement à ce que je pensais, ce n’était qu’un homme, d’à peu près mon âge. Je levai la tête et je vis son visage . La demande avait été formulée avec une certaine déférence et avec un accent espagnol. Il était grand, avait environ trente ans, portait une chemise à damier noir et blanc et des jeans en denim Levy. La partie exposée de son corps était couverte de toutes sortes de tatouages : le diable, Bouddha, un aigle, un cœur avec une flèche, un poignard, etc. Il avait les cheveux noirs et brillants et une barbe finement taillée. Autour du cou, qu’il avait long, on voyait une écharpe sale en coton. Bref, on aurait pu dire de lui qu’il était le genre d’homme qu’on pourrait croiser dans un club peu recommandable.

Enlevant mon sac d’ordinateur du siège, je lui dis qu’il pouvait s’asseoir. Il me remercia en ajoutant une excuse avec modestie pour m’avoir importunée et il s’installa tout en se présentant comme étant Fernando Rodrigo, originaire d’Espagne. Au moment de nous serrer la main, je ne manquai pas de lui dire mon nom et mon pays d’origine. D’ailleurs, le fait qu’il ait branché d’emblée son téléphone portable à la prise du côté de mon siège m’avait fait comprendre que c’était son téléphone déchargé qui l’avait forcé à s’asseoir à côté de moi.

—  Ne vous excusez pas de m’avoir demandé cela ! Ai-je le droit de vous empêcher de le faire ? À vrai dire, assise seule sans parler à quelqu’un, ça m’ennuie. Bon, vous descendez à Chennai
—  En effet, c’est bien cela, mais ma destination finale est Pondichéry.

— Quelle surprise ! Je ne m’attendais pas à ça ! Moi aussi je vais à Pondichéry. En fait, je retourne en Inde après avoir passé quelques jours aux États-Unis pour voir mon amie. À Pondichéry, j’ai un devoir à accomplir… Je rentrerai dans mon pays, en France, après. Mais je ne sais pas quand

— C’est vrai ? Mon histoire est plus ou moins la même. Pour l’instant, je ne sais pas quand je rentrerai…  Malgré tout, je suis certain que mon séjour ne sera pas long. En plus, je ne pense pas que je puisse prolonger mon visa.

—  Si vous avez envie de partager avec moi l’objet de votre voyage, je suis prête à vous écouter, lui répondis-je avec enthousiasme.

Devant ma demande, ses yeux s’étaient légèrement tournés vers les ailes de son nez et s’étaient braqués sur moi quelques instants. Comme je comprenais mal son jeu de regard, tout en restant prudente et en affichant sur mon visage une expression de regret, je lui dis :

—  Si vous ne voulez pas m’en parler, je n’insiste pas !

—  Une petite minute ! Après le chargement de mon téléphone, je reviens vers vous…

Et disant cela, il se tourna vers la prise électrique. Moi, je me mis à tripoter mon portable mais, contrairement à ce que j’attendais, sans tarder, il m’adressa à nouveau la parole :

—   Le but de mon voyage est de retrouver mon père que je n’ai pas vu depuis ma naissance, c’est tout. Bon ! Est-il possible de vous croiser à Pondichéry ?

—  Pourquoi pas ? C’est une petite ville, alors on a de fortes chances de se rencontrer, soit au bord de la mer, soit dans la rue Nehru, faute de quoi nous nous verrons peut-être dans un des restaurants de la ville blanche.

Au moment où j’entendais “merveilleux” et “gracias señorita” de la part de mon compagnon de voyage, on nous appela pour l’embarquement. Alors que nous allions vers le comptoir, quelqu’un essaya de me dépasser : il s’agissait de la fille qui me suivait tout le temps.

 

///

 

Au moment où le héros du film indien allait chanter, en laissant son bras avancer librement vers la taille de l’héroïne, l’écran de la télévision de l’avion s’éteignit, transformant la scène en un petit point noir. Puis la lumière s’alluma et se répandit soudainement.  Une voix rauque et monotone se fit entendre, espérant que notre voyage avait été agréable et nous annonça l’heure locale et la température extérieure. Les cheveux défaits, les tenues froissées, murmurant des “On n’a rien oublié ?”, les passagers se levèrent enfin, tapotant une deuxième fois les coffres à bagages et le siège.  Une femme corpulente d’âge mûr s’appuyait d’une manière insolite sur le dos de son siège, tout en étirant et secouant ses jambes et ses bras. Des mères éveillaient leurs enfants ensommeillés. À l’extérieur, l’aéroport de Chennai me semblait paresseux. Quelques passagers qui s’étaient hâtés pour sortir étaient déjà dans la file d’attente.

Je la revis. Elle était debout, habillée d’un T-shirt blanc, d’un pantalon jeans de couleur bleue et chaussée de baskets. En revanche, je ne vis pas la personne espagnole avec qui j’avais échangé quelques mots à l’aéroport de Los Angeles. Cette fille dont je vous en parle n’était personne d’autre que celle qui me suivait de jour comme de nuit et si j’acceptais son argument tel quel, elle était donc une partie de moi-même et moi une partie d’elle. Je ne voyais que son dos, mais il ne présentait aucun signe de précipitation. Elle tourna la tête, comme si elle voulait voir une dernière fois tous ses compagnons de voyage. Je lui souris mais elle m’ignora. Comme tous les voyageurs, moi aussi je m’avançai vers la sortie. Pourtant une voix dans ma tête me dit qu’il fallait attendre quelques minutes encore.

Malgré le fait qu’elle se fasse passer pour moi, j’aurais pu la considérer comme n’importe qui d’autre. Tous ceux qui étaient nés autour de moi et façonnés par la société étaient les autres pour moi. Parmi les voyageuses devant moi, peut-être y avait-il une mère, une sœur, une tante et, en même temps, elles pouvaient être un médecin, un professeur ou tout simplement une employée de bureau ? Ainsi, toutes pouvaient être à la fois un individu et une bonne citoyenne comme le voulait la vie humaine. Toutes ces femmes pouvaient également ressentir comme moi de la colère et de la joie ; du mépris et de l’amour ; la faim et des renvois aigres. Cependant, ce que je ne comprenais pas, c’était pourquoi elle seule m’intéressait particulièrement au milieu des voyageuses. Étais-je plus présente en elle que les autres ? Elle, comme moi, étions-nous si proches à la fois mentalement et physiquement ? Ou bien mon intérêt pour elle venait-il de la lueur  de la vengeance dans ses yeux ? De son regard qui  ressemblait à celui du chat dont le cri nocturne est indifférent à la nuit et au froid ? Je ne sais pas. La file d’attente avançait, c’était mon tour. Je me mis à marcher en voyant qu’elle me devançait. Quelques minutes plus tard, elle était devant l’officier de la douane et présentait ses papiers ;  je fis de même. Alors que je chargeais mes bagages sur un chariot, depuis le tapis roulant, elle passa avec le sien devant moi sans un mot.

 

///

 

Il était quatre heures du matin lorsque mon taxi arriva à Pondichéry. J’admirai les spectacles qui contribuaient à la féerie de l’aube : les hommes avec les torses recouverts de draps, sirotant du thé dans un stand de thé ; les gens traversant la rue tranquillement avec leur gamelle en main sans se rendre compte des risques qu’ils couraient ; les jeunes femmes tamoules en churidar répandant de l’eau mélangée à de la bouse ; un fermier allant en charrette au marché ; une vache aux grosses mamelles marchant lentement le dos courbé… Je suis arrivée enfin à l’hôtel où j’avais réservé ma chambre pour le séjour. À ma grande surprise, alors que j’étais en train de faire le check-in et de recevoir la clé à la réception, la fille dont je vous ai parlé passa devant moi. Je pris l’ascenseur, atteignis le deuxième étage et ouvris la porte numéro 7… Voulez-vous savoir qui m’attendait avec un grand sourire, c’était elle !

……A suivre

_______________________________________________________________

À Elle, qui m’apprend le passé (le roman)

Par défaut

 

அட்டை இறந்த காலம்

Chers amis,

Voici le premier chapitre de mon nouveau roman tamoul, qui vient de sortir en janvier de cette année. Vous retrouverez ici même  les chapitres suivants selon le rythme de ma traduction.

Il y a un an, Bavani, l’avatar de Mata-Hari mon premier roman en langue française Bavâni , l''avatar de Mata hari couverture Finaleest sorti, mais peu connu encore. Néanmoins, sans perdre courage, avec un espoir que les efforts seront récompensés  un jour à leur juste valeur, je continue à travailler.

J’accueille avec gratitude votre soutien et votre amitié.

 

Affectueusement

Na.Krishna


 

                                           À Elle, qui m’apprend le passé (le roman)

– Krishna NAGARATHINAM

 

« On juge des choses présentes par le passé. »

 

– 1-

 

25 mai 2018. Lieu : États-Unis d’Amérique, Californie, Aéroport de Los Angeles, Terminal 2, porte numéro 26. En milieu d’après-midi.

— Que penses-tu faire ? C’était la deuxième fois qu’elle me posait cette question.

Elle n’était probablement pas loin de moi. Ayant choisi un espace idéal et gardé une distance appropriée afin de bien l’entendre, elle me posa cette question, simple et directe et la réponse ne nécessitait pas beaucoup de réflexion. Si elle portait sur la “Vérité”, cela prendrait-il du temps pour répondre ? Peu importe. Ce qui me  préoccupait, c’était le ton de la question et sa nature, en quelque sorte comparables aux flèches venant de nulle part qui ciblent des cerfs affectueux broutant tranquillement dans une forêt ; voilà mon véritable dilemme. Elle me dit que j’essayais de l’ignorer. Mais en faisant la sourde oreille, elle répéta avec une ardeur renouvelée que nous, elle et moi, étions la même personne, ajoutant un petit détail pour préciser qu’elle en était le début et moi, la fin. C’est-à-dire qu’elle était Meera-1 et moi, Meera-2. Quelle ténacité !

 

Aujourd’hui, si je retrace mon passé, il est hallucinant !  Il est vrai que jusqu’à présent j’avais passé ma vie, même au grand jour, à rechercher l’obscurité et le brouillard au lieu de la lumière du jour et de l’air pur. Pourtant, malgré mon jeune âge, j’avais appris davantage de la vie en marchant sur des gravats et des éclats de verre. Bien que ma naissance ressemble à beaucoup d’autres, je suis sûr que ma mort sera différente ; ma vie ne se terminera pas par une perte de mémoire et elle ne me laissera déféquer sans m’en rendre compte ou respirant bruyamment à pleins poumons ; enfin, le toucher n’est absolument pas un moyen pour moi de reconnaître mes proches. Cette nuit-là, j’étais profondément endormie dans une maison d’hôtes à Auroville, près de Pondichéry, dans le sud de l’Inde. Au milieu de la nuit, je me réveillai avec la voix de la fille une fois encore, et qui me surprenait depuis un certain temps. Sans raison valable, pourtant je la suivis.

 

Après une longue marche, je me retrouvai seule dans une forêt dense, sombre et profonde. Je ne voyais pas les nids d’abeilles et n’entendais pas leur bourdonnement autre part. Croyez-moi, il n’y avait pas de bruits d’oiseaux comme ceux des pélicans, des bécasseaux, des hérons, des flamants roses présentés par Madhavan au lac Usutéri à Pondichéry, ou les oiseaux que j’avais eu l’occasion de voir à Auroville, moineaux, merles des Indes, tourterelles, perroquets ou pics. Où étaient-ils allés ? Je me le demandais… Devant moi se trouvait une butte et, en poussant les buissons sur le côté, je montai plus haut et regardai : c’était horrible ! Même aujourd’hui la scène me reste dans la mémoire comme une nature morte. En me la rappelant aujourd’hui, je maîtrise si peu mes nerfs que je frissonne et tremble. À l’endroit où mes yeux s’étaient posés, je voyais un fleuve tel un être cloué au lit, l’eau stagnait, couverte de mousse et d’algues. Au bord, des corps épars de paons… Je descendis comme une folle, le cœur battant, je les saisis les uns après les autres pour savoir s’ils étaient encore en vie et je compris qu’ils n’étaient rien d’autre que des carcasses. C’est exactement à ce moment-là que je sentis un souffle sur mon cou. Je tournai la tête, devant mon visage, il y avait une femme qui m’effleurait. Deux seins semblables aux miens me touchaient. Elle essaya de m’attraper, je me servis de toute ma force pour l’écarter, mais mes mains pivotèrent dans le vide. Il n’y avait personne. Tout à coup, une voix s’adressa à moi sur un ton assuré :

 

— N’aie pas peur ! Je suis la même fille que celle qui t’a parlé l’autre jour. Tu ne peux pas tolérer la mort prématurée des oiseaux, je comprends ta souffrance. Dans le monde d’aujourd’hui, toutes les personnes touchées par cette tragédie sont innocentes. Nous ne chassons que le bien en laissant le mal prospérer. Viens, on va réécrire les règles de la chasse, m’expliqua-t-elle.

 

— Quelle qu’en soit la raison, la chasse est une action injuste, non ? lui demandai-je.

— S’il y a un risque de perdre tous les cerfs, chasser deux ou trois tigres est raisonnable. Même les paons et les perroquets doivent avoir des canines pour déchirer les animaux sauvages. Nous savons l’importance de chasser la guerre par la paix et l’hostilité par l’amitié, eh bien notre chasse est identique.

 

Après cette réponse claire et satisfaisante, je dormis comme un bébé.

 

Le jour s’était levé. Je ne me souviens plus des traits du visage qui étaient apparus dans mon rêve, mais la voix douce, modulée, et l’explication qu’elle m’avait donnée me firent réfléchir. Je pensais que la relation entre la voix et moi était terminée et qu’il n’y avait aucune raison de continuer… Mais c’était un premier maillon d’une longue chaîne. Si cette voix était telle que celle que l’on entend dans la bouche de certaines personnes, on pouvait la suivre ou bien l’ignorer selon la manière dont on regarde son propriétaire. Or c’était une voix que j’entendais souvent dans ma tête, une sorte d’interrogatoire constant.

 

Tout avait commencé quelques semaines plus tôt dans un restaurant du centre d’accueil d’Auroville à Pondichéry, dans le sud de l’Inde. C’était la fin de l’après-midi, j’étais sous le choc après la disparition soudaine et incompréhensible de mon amie intime, l’Américaine Jessica. J’attendais l’arrivée du thé vert que j’avais commandé il y avait quelques minutes. En face de moi, derrière la table, j’avais l’impression que la chaise bougeait et que quelqu’un s’était assis, mais je ne pouvais voir personne. Après quelques secondes : “- Que t’est-il arrivé ? Pourquoi as-tu une mine de déterrée ?”, me demanda-t-on. La voix était une imitation de la mienne. La conversation entre elle et moi avait commencé comme ça. Je cherchai du regard la fille qui me parlait… Personne… Sauf une image abstraite dessinée par sa voix. Mes yeux parcoururent toutes les tables, il n’y avait toujours personne. Alors que je me dirigeais vers l’origine de la question en demandant : “Qui est-ce ?”, la réponse fut ferme : “Moi ? Je ne suis rien d’autre que toi. En d’autres termes, je suis l’ombre de ton passé”.

 

Êtes-vous confus ? C’est possible. Moi aussi j’étais confuse ce jour-là. Même aujourd’hui, je ne suis pas encore complètement rétablie. Je ne sais pas si ce “moi” d’aujourd’hui est le résultat de mon karma du passé, comme l’hindouisme le définit, mais la voix insistait sur le fait que mon “moi” du présent était l’unité de tous mes “moi du passé”. Chaque jour, à l’aube, je pense que je suis une nouvelle venue, libre de mes jours d’hier. D’un autre côté, tous ceux qui sont autour de moi, comme l’affirme la voix, s’empressent de me renvoyer à l’époque d’hier. Dans ce contexte, comme beaucoup d’entre nous, je suis aussi une prisonnière du passé. Alors, comment puis-je quitter mon passé ?

 

—  Disparais ! Pourquoi es-tu derrière moi tout le temps ? demandai-je avec une certaine nervosité.

 

— C’est mon devoir, dit-elle en ajoutant : je devais te le faire comprendre autrement. C’est ma faute. Voici ma question : que cherches-tu ? Réponds-moi s’il te plaît !

 

Cette nouvelle approche, un genou posé à terre, me toucha beaucoup et je dis calmement :

 

— Bref, j’ai compris que le succès de ton devoir dépend de moi. Si tel est le cas, tu aurais dû poser cette question différemment. Ainsi, nous aurions pu éviter de perdre du temps inutilement et à ce stade, nous aurions pu nous trouver dans la bonne direction.

 

— D’accord, j’accepte ton conseil et pose la question autrement :   qu’est-ce qui ne va pas maintenant ? Que cherches-tu ?

 

— Je ne le sais pas exactement, même si je crois chercher quelque chose depuis quelques jours.

 

—  Crois-tu que l’on puisse chercher sans motif apparent ? Es-tu certaine de le trouver ? me demanda-t-elle soudain dans un éclat de rire.

 

Je ne m’attendais pas à ce que sa voix puisse mettre à nu ma stupidité.  J’avais un peu honte. La défaite m’avait coupé la voix. En imaginant que la jeune fille était devant moi, je restai quelques secondes la tête baissée. Cependant, ne voulant pas cacher mes sentiments, je répliquai brutalement en fuyant ses yeux :

 

— À ton avis, pourquoi on se lève, on change de tenue, on marche, on attend un bus, on participe à des concours de recrutement, on veut postuler pour des emplois ?  S’il est certain que nous ne trouverons rien à la fin, nous pourrions vivre comme de gentils animaux, broutant de l’herbe ou comme des animaux sauvages dévorant nos concitoyens. Et un jour nous mourrions, après les avoir bien ruminés. Je ne recherche pas ce que j’ai perdu mais ce qui m’a été volé et la personne qui l’a fait. Tout en agitant le bassin de ma mémoire, je veux attraper le crocodile et le jeter sur le rivage et le lyncher.

— Enfin, tu viens là où je t’attends ! Mais il faudra faire attention à attraper ce crocodile, sinon l’aventure se terminera mal !

Je n’avais pas bien compris son avertissement. En même temps, cela ne pouvait pas non plus être ignoré, car c’était une voix que j’entendais régulièrement au fond de ma tête depuis quelques semaines. Cela ressemblait à ma propre voix et je sentais que la locutrice n’était autre que moi.

….à suivre

—————————————————————-