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Écrivain tamoul, essayiste et le traducteur

L’Asie du Sud pourrait devenir inhabitable d’ici à 2100, selon une étude

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Le réchauffement climatique menace plus que jamais la planète. Ainsi, les températures extrêmes risquent de rendre l’Asie du Sud – où vit un cinquième de l’humanité – inhabitable d’ici à la fin du siècle si rien n’est fait pour réduire les gaz à effet de serre, selon une étude publiée mercredi 2 août.

 

« L’augmentation des températures et de l’humidité en été pourrait atteindre des niveaux excédant la capacité de l’organisme humain à survivre sans protection », ont déterminé ces chercheurs, dont les travaux paraissent dans la revue Science Advances.

 

« Ces vagues de chaleur mortelle pourraient même se produire d’ici seulement quelques décennies dans des régions d’Inde, du Pakistan et du Bangladesh, y compris dans les bassins fertiles de l’Indus et du Gange, d’importantes régions de production agricole », préviennent également ces scientifiques.

 

Plus de 35 °C

 

Si de nombreuses études concernant l’Asie du Sud ont déjà établi un lien entre le changement climatique et son impact sur la santé humaine, c’est la première fois, selon ces chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l’université Loyola Marymount à Los Angeles, qu’une prévision concerne la « chaleur humide » étouffante et ses effets sur la capacité de l’organisme humain à s’y adapter.

 

De récentes études montrent d’ailleurs que les effets les plus dangereux de la chaleur résultent d’une combinaison de température et du niveau d’humidité.

 

Les auteurs ont, ainsi, constaté que sans réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2), les températures médianes de chaleur humide approcheront en été les 35 °C dans la plus grande partie de l’Asie du Sud d’ici à la fin du siècle, soit un seuil au-delà duquel l’organisme humain peut avoir les plus grandes difficultés de survie. Dans quelques endroits la chaleur pourrait même excéder les 35 °C.

 

« Nous espérons qu’il sera possible d’éviter que ces projections de vagues de chaleur meurtrières se concrétisent en Asie du Sud en réduisant suffisamment les émissions de gaz à effet de serre pour contenir le réchauffement climatique », tente de relativiser Elfatih Eltahir, professeur d’ingénierie environnementale au MIT, l’un des principaux auteurs de l’étude, selon qui « ce n’est pas un scénario inévitable ».

 

En 2015, la cinquième vague de chaleur la plus mortelle de l’histoire avait frappé une grande partie de l’Inde et du Pakistan et provoqué la mort d’environ 3 500 personnes.

 

AFP, in Le Monde.fr le 2 août 2017

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Meena Kandasamy :  » L’entrée en politique des intouchables a démocratisé la société indienne « 

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meena_kandasamy_20140728Les castes structurent toujours le pays. L’écrivaine et militante féministe, engagée dans le combat pour leur suppression, met en cause le patriarcat. Pour elle, si les femmes avaient la liberté d’épouser un homme d’une autre caste, le système disparaîtrait

 

Pour la première fois de l’histoire de l’Inde, un homme politique issu des dalits, la caste des intouchables, a été élu au suffrage indirect le jeudi 20 juillet au poste honorifique de président de la République[1]. Il s’agit de Ram Nath Kovind, le candidat soutenu par le premier ministre, Narendra Modi. Meena Kandasamy, 32 ans, est aussi une dalit : cette écrivaine et militante féministe est connue pour son engagement en faveur de la suppression des castes. Très suivie sur Twitter, elle est la cible de violentes attaques. Son premier roman, La Colère de Kurathi Amman, sera publié en français le 24 août (Plon, 272 pages, 20,90 euros).

A la fin de l’année 2016, des intouchables ont été passés à tabac, à coups de barre de fer, après avoir été accusés à tort d’avoir tué des vaches, considérées comme sacrées dans l’hindouisme. Le premier ministre, Narendra Modi, avait pourtant pris la défense des intouchables dans un discours prononcé quelques mois plus tôt. Les soutient-il vraiment ?

Narendra Modi ne protège pas les intouchables autant que les vaches ! Pour une partie de la société indienne, la vie d’un animal a plus de valeur que celle d’un être humain. La protection de la vache sacrée sert de prétexte pour s’attaquer aux intouchables et aux minorités lesquelles consomment du boeuf . Donc, je ne crois pas que la condition des intouchables va s’améliorer avec Modi.

Pourquoi un tel regain de tension ?

La violence contre les basses castes et les intouchables a toujours existé, mais ils ont désormais décidé d’y résister. Ceux qui se trouvent au-dessus en sont déstabilisés et répondent par la violence. L’Etat a aussi sa part de responsabilité. Chaque Etat indien collecte pourtant des informations pour identifier quel district, quel village est le plus exposé à la violence. Au Tamil Nadu, par exemple, on sait qu’entre 150 et 200 villages sont  » à risque « , donc la police sait, les gouvernements savent…

Mais les intouchables et les basses castes font pourtant partie de ces institutions grâce aux quotas, notamment dans la police…

Oui, des intouchables travaillent dans la police, mais très souvent en bas de la hiérarchie. Et la police indienne est corruptible. Elle est trop souvent aux mains des hommes politiques et des riches. La justice n’est pas plus égalitaire. Lors de chaque grand massacre d’intouchables depuis les années 1960, presque personne n’a été inculpé ou incarcéré. Les juges donnent toujours les mêmes raisons   » Il n’y a pas assez de preuves « , ou encore  » Le témoin cité n’est pas fiable « . Les affaires de meurtres contre les intouchables ont un taux de condamnations très bas. Dans les années 1990, quand un village d’intouchables était brûlé, l’article était relégué en fin de journal, alors que la même information aurait fait la  » une  » si des hautes castes avaient été visées. Et c’est en grande partie parce que les quotidiens, surtout en langue vernaculaire, sont contrôlés par des castes. Aujourd’hui, cela a changé avec l’apparition des réseaux sociaux… Il suffit que quelqu’un poste une photo ou signale un crime contre les basses castes pour que l’information soit relayée sur Internet et que les médias généralistes s’en emparent.

Selon les derniers chiffres officiels, les plaintes pour viol, meurtre et violences –  ce que l’Inde regroupe sous le terme d' » atrocities  »   visant les intouchables ont augmenté de 29  % entre 2012 et 2014. Ces crimes passent-ils donc moins inaperçus ?

Oui, et les victimes ne se contentent plus d’encaisser, elles ont appris à se servir des médias. En  2002, je travaillais dans un petit magazine et il était difficile de trouver l’argent pour l’imprimer et le distribuer, même à 500 abonnés. Avec les réseaux sociaux, l’information est disséminée partout, à travers Facebook, Twitter et aussi Whatsapp. On s’est libéré des contraintes des vieux médias.

Plus de 40 000 personnes vous suivent sur Twitter… Est-ce ce qui explique que vous subissiez ces violentes attaques ?

Cela va peut-être vous surprendre, mais je les accepte volontiers. Il m’est arrivé de recevoir des insultes et même d’être menacée de viol collectif ou encore de meurtre, en direct, à la télévision. Je m’en suis d’abord inquiétée, puis j’ai pris conscience que c’était un type d’échange nécessaire. Nous vivons dans une culture du silence et les médias prétendent, à tort, que tout va bien. Quand je suis insultée, toute cette hypocrisie disparaît, les masques tombent. Dans ma poésie, j’essaie aussi de provoquer des réactions parce que je pense que le silence est dangereux. Le silence est un camouflage.

Les discriminations sont-elles moins visibles qu’hier ?

La caste procède de l’idée que quelqu’un vous est inférieur, y compris intellectuellement. Donc, quand vous vous adressez à un intouchable, vous lui parlez lentement en anglais et vous ne faites que lui répéter que vous avez  » confiance en lui « . Ma mère, qui est professeure à l’université, m’a raconté qu’à la fin d’un oral d’admission, une fois l’étudiant parti, des professeurs se sont exclamés :  » Ils ne pourront jamais comprendre les mathématiques.  » Les brahmanes la caste la plus élevée, considérée comme détentrice du savoir se sentent supérieurs. Ils font toujours référence à un illustre ancêtre pour marquer leur supériorité, comme si elle était inscrite dans leurs gènes.

L’idée de caste est-elle toujours aussi puissante dans la population ?

Beaucoup d’étudiants sont victimes d’un -lavage de cerveau en ce qui concerne les castes. Ils sont obsédés par les quotas qui les privent de place à l’université, mais ils ne pensent jamais à la façon dont la caste interfère dans leur mariage, dans ce qu’ils mangent, ou comment elle enrégimente leur corps… La façon dont les femmes attachent leurs cheveux, par exemple, ou dont les brahmanes portent un fil sacré autour de leur torse rend la caste omniprésente. Regardez les sites de rencontres ou les sites matrimoniaux, il y en a un pour chaque caste. La nouveauté, c’est que les intouchables ont accès à l’enseignement, ce n’était pas le cas il y a cinquante ou soixante ans. Mais beaucoup d’étudiants se suicident quand ils sont victimes de harcèlement ou qu’ils sont en difficulté. Personne ne leur vient en aide, car le corps professoral, l’encadrement, est en majorité brahmane. Vers qui peuvent-ils se tourner ? A l’Institut indien de technologie de Madras, seuls trois ou quatre des 400 professeurs sont des intouchables.

Mais comment supprimer les castes, si on leur accorde des quotas ?

Nous n’en sommes pas encore arrivés au point où nous sommes tous égaux. Il faut se souvenir que les intouchables n’étaient pas autorisés à se rendre à l’école avant l’indépendance de l’Inde. Mon père fait partie de la première génération qui y a été autorisée, alors que les castes supérieures y accèdent depuis des générations. Les quotas ne sont pas un obstacle au mérite, ils permettent juste à un intouchable d’entrer dans la salle de classe. Les quotas ne vous donnent pas un diplôme, ils vous donnent juste une place à l’école.

Il y a entre 200 et 250  millions -d’intouchables en Inde, ce qui en fait une force politique considérable, non ?

Dans les circonscriptions réservées aux -intouchables, ceux qui sont investis par les grands partis ne sont que des marionnettes. Ce sont les castes supérieures qui investissent les candidats intouchables, pas les intouchables eux-mêmes. Des intouchables sont entrés en politique pour se protéger des violences et de la police, car, quand un ou une intouchable est élu(e), on ne va pas incendier sa maison ou la violer. Ce sont des changements fondamentaux. Leur entrée en politique a démocratisé la société. Elle a permis aux intouchables de se faire respecter. Si un enfant est -refusé à l’hôpital, sa famille peut faire appel aux partis politiques.

Bhimrao Ambedkar (1891-1956), leader intouchable et père de la Constitution indienne, expliquait que la caste ne pouvait pas être abolie sans mariages intercastes. Comment le patriarcat renforce-t-il le système des castes ?

Si toutes les femmes avaient la liberté d’épouser un homme d’une autre caste, alors le système disparaîtrait. A l’instant même où chaque femme décidera que son existence, son corps et sa vie amoureuse lui appartiennent, alors le système disparaîtra parce qu’il n’aura plus aucune emprise sur personne. Malheureusement, les femmes des castes supérieures tiennent à conserver les privilèges liés à leur rang dans la société, hérités de leur mère, de leur grand-mère. Elles sont enchaînées à leur caste et ne voient probablement dans ces chaînes que des guirlandes de fleurs. Elles sont fières et pourtant elles aussi sont esclaves du vieux patriarcat indien. Ce ne sont pas seulement les 200  millions d’intouchables qui peuvent régler le problème. Si les femmes de toutes les castes rompent les chaînes de leur asservissement, alors elles deviendront une force que personne ne pourra arrêter. Tôt ou tard, elles réaliseront que ce système patriarcal ne leur fait aucun bien.

Vous avez choisi l’écriture pour combattre le système des castes. Vous écrivez en anglais, une langue rarement parlée par les intouchables. Pourquoi ?

Le français parlé par les Africains, on l’appelle en France le  » petit nègre « , n’est-ce pas ? Eh bien, c’est pareil quand un intouchable parle anglais. Quand je suis à Londres et que j’explique que je suis écrivaine, on me demande dans quelle langue j’écris. Pourquoi me pose-t-on cette question ? Les Anglais sont restés trois cents ans dans mon pays, alors j’ai bien le droit de parler leur langue. En Inde aussi, l’anglais est un marqueur social, autant que la caste. Il modifie la façon dont on est perçu. Or, les intouchables et les basses castes n’ont souvent pas accès à l’enseignement primaire en anglais. Il est temps qu’on s’approprie cette langue. L’anglais vous permet de franchir les frontières. Parler dans une langue qui n’est pas votre langue maternelle vous permet de vous réinventer, de -devenir quelqu’un d’autre.

 

Propos recueillis par Julien Bouisson, Le Monde des 13 et 14 août 2017.

 

«Rouge à lèvres sous ma burqa» lève le voile sur la sexualité des femmes : Sébastien Farcis, RFI.fr le 3 août 2017

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L’Inde est un pays foncièrement patriarcal, mais un début de révolution sexuelle semble être en marche. C’est en tout cas ce que donne à voir un nouveau film, qui est en train de connaître un franc succès au cinéma depuis deux semaines: «Rouge à lèvres sous ma burqa» raconte de manière décomplexée la vie sexuelle de 4 femmes, âgées de 18 à 55 ans, et vivant dans une petite ville indienne. Un tabou semble se lever.

 

Nous sommes dans un vieux quartier de Bhopal, ville indienne de taille moyenne. Une fille venant d’une famille musulmane conservatrice se change tous les jours dans les toilettes, troquant sa burqa contre des jeans et du rouge à lèvres pour aller à l’université, où elle tombe amoureuse d’un musicien rebelle. Sa voisine à peine plus âgée s’envoie en l’air avec son amoureux, un photographe, mais va certainement épouser un autre homme qu’elle ne connait pas pour faire plaisir à sa famille. Une troisième, mariée et mère de trois enfants, se fait maltraiter, voire violer par son mari qui refuse de mettre des préservatifs, et elle doit donc régulièrement avorter. Enfin, la quinquagénaire, veuve et pudibonde, lit en cachette des romans érotiques et se prend de fantasmes coquins en pensant à son jeune et baraqué professeur de natation.

 

Des histoires intimes simples mais inédites au cinéma indien

 

En Inde, parler de sexualité masculine, passe encore, peu de réalisateurs indiens ont encore pu porter le désir féminin à l’écran. Shaguna, une résidente de New Delhi de 28 ans, témoigne de son enthousiasme après avoir vu Rouge à lèvres sous ma burqa. « Pour la première fois j’ai vu une femme de 55 ans s’exprimer sur sa sexualité, ou une autre parler de viol conjugal. Ce film montre de manière très sensible ces questions du quotidien que chaque femme rencontre. Moi, j’ai pu m’identifier à chaque personnage, au moins en partie ».

Pourtant, ce film a failli ne jamais être diffusé en Inde car le comité de certification l’a d’abord interdit à cause, « des scènes continues de sexe, des mots vulgaires et de la pornographie auditive », entre autres. Mais les réalisateurs ont levé cette censure après un recours auprès du tribunal d’appel de la certification. Entre temps, le film a gagné 11 prix internationaux, dont celui du festival du film de femmes de Créteil, en France. Le film a remporté le Grand prix de la 39e édition. Et après deux semaines dans les salles, Rouge à lèvres sous ma burqa connaît un vrai succès.

 

Internet un espace pour libérer la parole sur la sexualité

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Le difficile parcours du film montre bien à quel point la sexualité féminine est taboue en Inde et considérée comme vulgaire par les autorités, généralement contrôlées par des hommes. Si les femmes des petites villes n’ont pas le droit de parler de leurs désirs, elles s’expriment de plus en plus sur internet, à travers par exemple ce site appelé Agents of Ishq, « Les agents de l’amour ». Sur ce site, des femmes anonymes échangent sans retenue ni vulgarité leurs conseils sur le sexe, la contraception, le plaisir et même la masturbation. La toile devient alors un précieux espace de liberté et d’information pour celles qui demandent seulement à mieux comprendre leur corps et ses désirs.

 

Sébastien Farcis, RFI.fr le 3 août 2017

Merci à C.I.D.I.F

Un amour signé aux toilettes publiques (la nouvelle) – Sandira

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Traduit par Krishna Nagarathinam

 

Il y avait trop de monde dans le bus à destination de Surulipatti et les gens étaient entassés les uns sur les autres. Jusqu’à la descente, à la ville de Kambam, elle   avait eu l’impression d’être suivie, comme tous les jours, tout le long du trajet, par les mêmes yeux ; parmi la foule, c’est vrai, elle avait essayé de les retrouver ; ils se collaient à sa peau, mais la puanteur qui l’obsédait sans cesse l’avait empêchée de le faire. Malgré tout, elle finit par trouver « les yeux » et leur propriétaire : il s’agissait d’un jeune homme grand et mince ; dans le bus, il avait l’habitude de faire le pied de la grue, devant elle, partout où elle se tenait assise ou debout et il la regardait avec les yeux tout pleins d’amour. Pour éviter de révéler son odeur nauséabonde, à lui et aux autres, elle avait ajouté quelques fleurs de jasmin à ses cheveux. Cependant, le garçon parvint à sentir à la fois l’odeur de l’amour qui se cachait dans le cœur de la jeune fille et le parfum pérenne qui embaumait son corps de sorte que, n’ayant un jour pu maîtriser sa passion, il vint près d’elle et effleura ses jambes des siennes ; alors, par un geste réflexe et afin de lui offrir le moins de prise possible, elle dut se recroqueviller et se reculer.

 

Afin de se protéger du regard du jeune homme, elle ouvrit son cahier de kolam, qu’elle ne quittait jamais et écrivit son nom en grandes lettres ; voyant ce qu’elle venait d’écrire, il le lut à haute voix. Entendant cela, les passagers, autour d’eux, pensèrent d’abord qu’il avait appelé quelqu’un à l’extérieur, puis ils comprirent qu’il s’agissait d’elle, mais elle baissait la tête, comme si de rien n’était. À ce moment-là, le conducteur du bus, qui venait de se rendre compte qu’il y avait une différence entre le nombre de passagers et celui de tickets vendus, cria haut et fort :

– Qui n’a pas encore acheté de ticket ?

Ce cri strident lui fit réaliser la gravité de son oubli : bien évidemment, elle était l’un des passagers qui voyageait sans titre ! C’était un oubli involontaire, alors, un peu honteuse, elle demanda un ticket pour Kambam.

– Vous êtes dans quel monde ? On est déjà à Kambam ! répondit le conducteur, le visage furieux.

Elle fut obligée de faire passer le montant du ticket par le jeune homme et lorsqu’elle récupéra son ticket avec le reste de monnaie, elle sentit que ses doigts avaient enlacé les siens.  Le bus, comme d’habitude, s’arrêta en premier devant le poste de Police. Comme s’il avait attendu ce moment précis, le jeune homme murmura à son oreille :

– Je m’appelle Siva.

Il descendit du bus alors qu’il se remettait en mouvement et il partit en courant. Surrise par son comportement, elle le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il ait commencé à marcher normalement. Elle, comme toujours, descendit devant les toilettes publiques, juste avant la gare routière.

 

La chaise en fer sur laquelle elle était assise, était bien dégradée et ses pieds bougeaient légèrement. Elle se mit à l’aise en retirant son dos de la chaise chaque fois qu’elle avait mal, mais, dans son esprit, une sorte de dilemme ne cessait de la tarauder. Le temps de repos n’était pas suffisant… Pourtant, son cahier dont la couverture comportait une image de bébé, déchirée, était toujours là, pour qu’elle puisse faire des kolams sans tenir compte les points.  Que faisait-elle dans un endroit pareil, se dit-elle ? Toutes les sandales, ainsi que tous les pieds qui passaient devant elle ne laissaient qu’une odeur de toilettes publiques. Un chagrin intense monta en elle… alors qu’elle se demandait comment une jeune fille comme elle, à dix-huit ans, pouvait travailler comme caissière dans des toilettes publiques ?

 

Les attitudes du jeune homme lui procuraient aussi bien de la joie que de la peur. C’était, pour elle, le premier amour. Elle se demandait souvent, s’il apprenait son métier ainsi que le secret de son odeur désagréable, si son amour envers elle resterait inchangé ? Dans cette histoire, c’était lui qui avait tout fait pour qu’elle puisse tomber amoureuse. En outre, il n’y avait pas la moindre raison de penser qu’un homme, qui avait montré son amour et indiqué ne rien connaître d’elle, puisse la détester un jour.

 

Sa façon de lui parler, son regard sur elle, en descendant du bus, tout son amour manifesté à travers ses doigts, tout avait réussi à la convaincre. Son nom, à travers sa voix, continuait de résonner en elle et, exceptionnellement, elle remplit son cahier de kolams avec le nom de jeune homme ; ce jour-là, rien n’était revenu à son esprit car tout son cœur était rempli de la lumière de ses yeux.

Elle détestait prendre les pièces mouillées des utilisateurs. Avant, elle travaillait dans un magasin de photocopies et gagnait environ sept cents roupies indiennes, mais la moitié de cette somme était dépensée pour le transport. Un jour, le bailleur de ces toilettes publiques, qui n’habitait pas loin de chez elle, lui a proposé de la payer mille roupies, plus les frais de transport pour s’occuper de son établissement. Excitée par cette proposition, sa mère l’avait contrainte à le prendre ; par ailleurs, son patron la traitait bien à cause de son honnêteté.

Il s’agissait de toilettes publiques des femmes… Elle aurait pu se contenter de son travail, mais malheureusement ce n’était pas le cas : les propos indécents, les conduites obscènes des gens, surtout lorsqu’ils paient, étaient devenus de plus en plus dégoûtants. En outre, certains parmi eux tentaient de toucher ses mains… En conséquence, depuis un bon moment, dès qu’elle voyait des hommes, elle retirait ses mains et les essuyait sur sa jupe.

Elle se demandait ce que le jeune homme faisait comme travail. Sa manière chic de s’habiller lui faisait peur car cela prouvait qu’il exerçait un métier digne. Son amour pour elle n’était justifié que par deux raisons : d’abord son teint clair, et puis, ce jour-là, afin d’être bien assortie, elle portait un demi-sari de couleur noire ; en effet, depuis un certain temps, son demi-sari préféré était le noir ; la plupart des autres avaient perdu leur éclat ; seulement cinq d’entre eux étaient en bon état. Elle avait donc décidé de s’habiller avec ceux qui étaient corrects, d’ajouter sur ses cheveux longs quelques fleurs de jasmin, de porter des bracelets assortis à ses vêtements, d’éviter de porter son collier de cristal et de mettre à sa place un collier doré ; Par chance elle possédait une paire d’anneaux en or pour les oreilles, et ceci lui donnait satisfaction.

Notre jeune homme avait l’air d’avoir oublié le monde ; il était entré dans une salle de cinéma pour commencer son travail de poinçonneur, l’esprit plongé dans ses rêveries concernant la jeune fille… Il regrettait d’avoir quitté l’école tôt et de s’être enfui de son village : « Si j’avais suivi mes études au moins jusqu’au lycée, j’aurais pu décrocher une place correcte ! En plus, si cette jeune fille apprenait quel genre de travail je fais, son amour vers moi prendrait fin », se dit-il avec crainte. Il l’imaginait assise devant un ordinateur et travaillant à son rythme dans une salle climatisée, alors que lui, il travaillait dans une salle de cinéma, comme simple poinçonneur et son activité quotidienne était de laisser entrer les spectateurs, une fois leurs tickets contrôlés et poinçonnés.  Dans ces conditions, il était impensable de croire encore en l’amour de cette fille. Pourtant certains gestes d’elle : regards dans le vague, longs soupirs, anxiété au moment où il descend du bus… disent contraire. Il imagina une scène : il est à l’entrée de la salle, elle tend sa main vers lui, au bout des doigts un ticket d’entrée, non ! Il ne veut pas qu’un jour cette vision devienne réalité. Si cela arrivait, il ne la verrait plus jamais. Pour conquérir vraiment le cœur de cette jeune fille, il n’y avait que deux options devant lui : devenir l’administrateur de la salle, faute de quoi, il lui faudrait partir et trouver ailleurs un poste décent. Possédé par ce nouvel état d’esprit, dorénavant, à l’entrée, lorsqu’il validait les tickets, il évitait de regarder s’il s’agissait de jeunes filles.

Quant à elle, elle avait envie de suivre une formation d’informatique. La raison qui l’avait poussée à accepter ce job était la situation précaire de sa famille… Alors, en ce cas, comment apprendrait-elle l’informatique ? Au moins, si sa mère le lui permettait, elle pourrait reprendre son ancien emploi, malgré son maigre salaire… Mais celle-ci ne voulait pas en entendre parler. C’est le sort qui avait décidé de son affectation aux toilettes publiques.

Lui, de son côté, alla voir son patron et lui demanda une place de bureau, se plaignant de sa situation. Mais le patron, entendant sa plainte, se mit en colère et lui dit :

– Tu es bête ou quoi ? Tu n’as même pas eu le brevet, alors comment peux-tu croire à un tel destin ? Pour l’instant, fais ton travail correctement, et si tout va bien, un jour je te mettrai au guichet.

Ayant compris ce qu’il voulait dire par là, notre « héros » retourna à son poste habituel.

Or, tous deux, depuis quelque temps, parvenaient à prendre toujours le même bus, à s’habiller bien afin d’attirer l’attention de l’autre. Ces voyages permettaient aux amoureux de prendre conscience de leurs envies. Comment franchir l’étape suivante ? Cette question leur taraudait l’esprit. Tout comme lui, elle voulait le suivre et comprendre un peu plus sur lui, mais elle n’osait pas.

Ce jour-là, une fuite à l’entrée des toilettes publique laissa déborder l’eau et une partie, ruisselant sur le sol, fit se lever les pieds de la jeune fille qui était assise sur la chaise. Comme d’habitude, elle était en train de griffonner sur son cahier. Soudain, un individu qui passa devant elle, attira son attention ; cet intrus lui donna des frissons et la força à penser que cette odeur horrible des toilettes publiques pourrait provoquer une tempête dans sa vie.

Chez le jeune homme, les déchets commençaient à s’accumuler au fond de son cœur, s’équilibrant avec ceux qui venaient d’être rejetés par le corps. Sur le mur des toilettes, il y avait toutes sortes d’images et de mots obscènes. Or le seul fait qu’elle aussi avait dû les lire lui donna nausées et vomissements. Il sortit de sa poche les pièces de monnaie pour payer ; ces pièces lui rappelèrent la scène avec le décor de bus, dont elle, lui et conducteur étaient les acteurs principaux ; dans ce scénario, il ne rendait jamais les pièces sans toucher les doigts de la jeune fille. « Mais cette fois-ci, elles auraient une toute autre valeur », murmura-t-il. Quand il avança lentement vers la jeune fille, elle attendit la suite avec impatience.

Il était devant elle, donna les pièces qu’il devait, sans lui toucher les doigts. Elle, jouant son rôle de caissière, prit et mit les pièces dans son sac, comme le ferait un robot. Lui, il s’en alla, sans dire un seul mot comme tant d’autres utilisateurs, laissant s’effacer ses traces de pieds sur le sol des toilettes publiques.

Le bus pour Kambam et son conducteur sont toujours là, mais il manque tout de même quelques passagers importants.

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Vingt ans après, Arundhati Roy fait un retour fracassant à la fiction ( Un article de Courrier International)

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rtxnji8_layout_compDepuis Le Dieu des petits riens, en 1997, elle n’avait publié que des essais. Tout juste paru en anglais, le deuxième roman de l’écrivaine et militante altermondialiste Arundhati Roy décrit un pays rongé par la misère et la violence. Et donne de l’urticaire aux fondamentalistes hindous.

 

La parution du nouveau roman d’Arundhati Roy, The Ministry of Utmost Happiness (“Le Ministère du bonheur extrême”, inédit en français), mardi 6 juin, ne passe pas inaperçue en Inde. Tous les journaux lui consacrent de longs articles. Il faut dire que l’auteure originaire de Shillong, capitale du Meghalaya, un petit État du nord-est de l’Inde collé au Bangladesh, “n’est pas tant une écrivaine qu’un fer de lance politique”, rappelleIndia Today.

 

Celle qui s’est fait connaître dans le monde entier, il y a vingt ans, avec son premier roman Le Dieu des petits riens (Gallimard, 1998) – un ouvrage écoulé à six millions d’exemplaires, immédiatement remarqué par The New York Times et récompensé par le Booker Prize, le prix le plus prestigieux pour la littérature anglo-saxonne – est pourtant régulièrement “tournée en ridicule” dans son propre pays. En cause : ses prises de position pacifistes, écologistes et altermondialistes. Dans un pays de plus en plus en proie au sectarisme politique et religieux, “on la traite de sympathisante terroriste, de communiste et de sécessionniste”, souligne India Today.

 

Signe de l’aversion qu’elle suscite, la parution de son deuxième roman (chez Penguin en Inde, Hamish Hamilton au Royaume-Uni et Knopf aux États-Unis) a valu à l’auteure un tweet menaçant (retiré depuis) d’un député du BJP [Parti du peuple indien], le parti nationaliste hindou au pouvoir : “Au lieu de lancer des pierres contre les Jeeps de l’armée”, a écrit Paresh Rawal, dans une allusion aux violentes manifestationsqui se déroulent depuis plusieurs semaines au Cachemire, “lapidez Arundhati Roy”.

 

Dans ce contexte pour le moins tendu, Open Magazine s’interroge : “Les gens de pouvoir sont habitués à être aimés ou détestés. Mais qu’en est-il des auteurs?” Face à ces attaques, Roy se comporte “comme le scarabée rhinocéros”, la créature “la plus résistante sur Terre”. Au cours des deux dernières décennies, observe le magazine Open, “elle n’a jamais abandonné aucun combat et ne s’est jamais dérobée devant l’ennemi”.

Un roman qui est aussi un “objet politique”

 

Il y a fort à parier que The Ministry of Utmost Happiness s’attirera “autant de génuflexions que de crachats, alors que l’ouvrage ne mérite ni les unes ni les autres”. Il ne sera sans doute “pas à la hauteur des attentes des fans” de l’écrivaine rebelle, tant celles-ci sont grandes. Mais il montre selon l’hebdomadaire (son journaliste a pu lire les épreuves avant sa parution) qu’Arundhati Roy incarne “une voix féroce et sans peur dans l’Inde d’aujourd’hui”.

 

Plaidoyer contre l’autorité et le pouvoir, ce livre est plus “un objet politique” qu’un véritable roman, affirme Open. Tel que le décrit The Guardian, il déploie une trame tentaculaire où l’on croise “une transexuelle de Delhi, un intouchable qui se fait passer pour un musulman, un insurgé au Cachemire, une membre de la rébellion maoïste du Bastar [un district de l’État du Chhattisgarh] et une femme révoltée qui kidnappe un bébé abandonné, pour ne citer que ces personnages”.

 

Autant d’histoires qui permettent à la romancière de traiter d’une impressionnante palette de sujets d’actualité, parmi lesquels l’intolérance qui traverse le sous-continent, l’opposition à un barrage sur le fleuve Narmada, les pogroms antimusulmans de 2002 au Gujarat [l’État d’origine du Premier ministre Narendra Modi] ou encore l’insurrection au Cachemire, le tout sur fond de montée du fondamentalisme hindou.

 

La force de la fiction

 

Dans une longue interview à Outlook, Arundhati Roy défend toutefois le caractère fictionnel de son livre, revendiquant le roman comme une arme politique :

 

“Au Cachemire par exemple, les reportages de journalistes ou les rapports sur les droits de l’homme ne disent pas vraiment la vérité sur ce qui se passe. Le roman est le seul moyen de dire, ou d’essayer de dire, ce que signifie vivre sous un régime militaire, ce que cela a comme impact sur l’esprit et les sentiments des gens.”

 

Et de conclure : “Un roman, c’est presque comme une prière. Il est composé de plusieurs couches qui ne sont pas destinées à être consommées, mais à dessiner un univers. The Ministry of Utmost Happiness devrait paraître en France, chez Gallimard, en 2018.

 

 

Merci à C.I.D.I.F

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Bavâni, l’avatar de Mata Hari

 La couverture

Chers amis,

 

C’est avec grand plaisir je partage la sortie de mon roman « Bavâni, l’avatar de Mata Hari.

 

Cordialement

Krishna Nagarathinam

 

 

Bavâni, l’avatar de Mata Hari

« Le roman de Krishna NAGARATHINAM décrit la longue quête identitaire vers l’épanouissement personnel de plusieurs figures féminines. Par-delà les frontières et les préjugés socio-culturelles, ses protagonistes imposent leur   personnalité riche et complexe. Situant à la fois son action dans la France contemporaine et celle du début du vingtième siècle, l’auteur brouille la chronologie historique pour réunir personnages réels et fictionnels. Le lecteur est tenu en haleine au fil d’une enquête sur la mort mystérieuse d’une jeune indienne originaire du Pondichéry, confondue avec la célèbre espionne Mata Hari. Sa fille part à la rencontre de ceux qui l’ont connue pour découvrir la vérité. A travers elle, c’est une part de l’histoire de l’émancipation féminine qui nous est racontée. »

 

Krishna NAGARATHINAM (1952)

Écrivain, traducteur indien vit à Strasbourg depuis 1985. Il a déjà écrit quatre romans, cinq recueils de nouvelles, un recueil de poèmes, et neuf recueils d’essais donc cinq sur la littérature française. Il est Aussi l’auteur de neuf traductions en tamoul(dont Bonjour tristesse de Françoise Sagan, le Procès-verbal  de Le Clèzio  et l’Homme révolté d’Albert Camus) et d’une traduction en français (De haute lutte, avec Dominique Vitalyos aux éditions Zulma). Ses romans ont connu le succès et reçu le prix littéraire de l’état du Tamilnadu, INDE

 Bavâni , l''avatar de Mata hari couverture Finale Editions Edilivre – PARIS
175 boulevard Anatole France
Bat A, 2e étage
93200 Saint Denis
Tél : 01 41 62 14 40 / Fax : 01 41 62 14 50

 

 

Le Théâtre Indianostrum de Pondichéry

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du 21 avril au 4 juin 2017

Nos amis du Théâtre Indianostrum, qui nous avaient si bien accueillis et hébergés à Pondichéry pour le début de nos répétitions d’Une chambre en Inde, présentent :

Trois spectacles en tamoul, sur-titré en français

Mises en scène de Koumarane Valavane
Musique de Jean-Jacques Lemêtre

Avec Charles Vinoth, Kalieswari Srinivasan, Mani Bharati, Radhika Prasidhha, Rency Philip, Ruchi Raveendran, Santhosh Kumar, Vasanth Selvam, Vetri Premkumar. Interprète musique Arjun Chandran

 

• Kunti Karna



du 21 au 30 avril, le vendredi à 20h, le samedi à 17h, le dimanche à 15h
Trouvant dans l’hypnotique rythme du rituel et la force vive du Kalaripayatt, antique art martial indien, le souffle même de l’épopée, cette création d’aujourd’hui, inspirée du grand mythe indien du Mahabharata, fouille les immémoriales questions de l’identité, de l’abandon et de l’orgueil. Inspirée de « Karna et Kunti » de Rabindranath Tagore et du « Mahabharata » de Jean-Claude Carrière.

 

• Terre de cendres



du 5 au 21 mai, le vendredi à 20h, le samedi à 17h, le dimanche à 15h
Dans la nuit des destinées humaines, deux mères, deux étoiles guident l’exode de ceux que la guerre sacrifie. L’une est la déesse Ellamma, mère de toutes les victimes. Elle apaise les morts ; l’autre est Flora, jadis lueur de rêve dans l’obscurité d’un camp de concentration, qui aide les vivants à résister. Poème intense, « Terre de cendres » est un voyage qui rappelle combien, aux heures les plus sombres, le théâtre maintient le cap : raconter et entendre.

 

• Karuppu



du 26 mai au 4 juin, le vendredi à 20h, le samedi à 17h, le dimanche à 15h
C’est sous la forme d’un théâtre dansé que nous faisons et défaisons les liens qui unissent Purusha (l’homme) et Prakriti (la femme), convoquant les mythiques et envoûtantes figures d’Iphigénie, d’Ophélie, de Clytemnestre, de Médée… et de Kali.

 

INFORMATIONS PRATIQUES


Durée des spectacles :
- Kunti karna : 1h20
- Terre de cendres : 3h (entracte inclus)
- Karuppu : 1h30
Réservations : 01 43 74 24 08, tous les jours de 11 à 18h || indianostrum.theatre@gmail.com || Fnac || Théâtre Online
Prix des places : Individuels : 18 € ou Tarif Intégrale Indianostrum : 13 € (par spectacle) || Collectivités, demandeurs d’emploi : 13 € || Scolaires et Etudiants – de 26 ans : 10 € ||