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A ‘Elle’ qui m’apprend le passé (Auroville) – Krishna NAGARATHINAM

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Exactement deux semaines plus tard, le 18 novembre 2017, après un voyage de douze heures, je descendais à l’aéroport de Chennai, en Inde. C’était vraiment une expérience nouvelle pour moi d’attendre en tant qu’étrangère la permission des douanes indiennes pour entrer en Inde. À l’aéroport, j’étais la seule qui semblait différente des autres à tous égards, tandis qu’en Europe, ce n’était pas étonnant de me voir parmi les gens de différents horizons, de différentes nationalités et de différentes cultures.

 

Avant de sortir de l’aéroport, j’avais changé deux cents euros contre des roupies indiennes pour faire face aux dépenses immédiates. La fin de l’après-midi montrait le visage pâle et fatigué de l’Inde. Je cherchai mon chauffeur parmi les visages de ceux qui s’appuyaient contre la barrière de sortie et balayaient des yeux les passagers qui sortaient pour retrouver leurs proches. J’avais demandé que l’on m’envoie un taxi à la maison d’accueil d’Auroville où j’avais réservé une chambre pour mon séjour. J’avais donc sur moi toutes les informations relatives au taxi et à son chauffeur. Pourtant, j’avais du mal à retenir le nom de ce dernier. Au bout du passage, un homme d’un certain âge, vêtu de blanc, m’attendait avec une pancarte portant les mots : « Meera – France ».  Je compris qu’il s’agissait de mon chauffeur, mais me rappeler son nom n’allait pas être une chose facile. En minimisant ce petit souci, je tendis la main et me présentai à lui. Il me demanda d’attendre et il alla chercher son véhicule. Mon apparence étrangère et le fait de rester là, seule, attirèrent les chauffeurs de taxi qui se trouvaient là. Ils me cernèrent et me proposèrent leur service. Heureusement, mon chauffeur était revenu avec son véhicule.

 

Dès qu’on fut sortis l’aéroport, la voiture passa à la vitesse supérieure. C’était une voie rapide, mais elle ne disposait ni de feux de signalisation ni de police pour contrôler le trafic. Le soleil tapait fort, un nuage de poussière nous enveloppait également. Comme des petits enfants, tout le monde s’amusait à donner des coups de klaxon brefs et répétitifs. Je demandai au chauffeur d’arrêter, de mettre le climatiseur en marche. Le téléphone portable dans ma main affichait l’heure européenne. À ma demande, le chauffeur me donna l’heure de notre arrivée à Pondichéry, laquelle, selon lui, serait autour de 20 heures. Après deux heures et demie de route, notre taxi quitta la voie rapide, tourna vers le sud-est à 90 degrés en direction du golfe du Bengale. Tout ce que j’avais vu, entendu, senti : hommes, véhicules de toutes sortes, boutiques, sons, odeurs… s’éteignirent subitement. La route non pavée, non goudronnée faisait retentir le grincement des roues. La couverture dense des arbres et des arbustes des deux côtés de la route ne cessait de m’angoisser. Quelques mauvaises scènes de cinéma passaient dans ma tête. Je me demandais (même ?) si je pouvais avoir confiance en mon chauffeur…

 

— Monsieur, est-ce que nous sommes sur la bonne route ? lui dis-je.

 

— Ne vous inquiétez pas, Madame, nous sommes presque arrivés. Dans quelques instants, on sera chez votre hôte.

 

Mais la réponse du chauffeur n’avait pas réussi à me convaincre car la route se prolongeait indéfiniment. J’avais un doute quant à la vie humaine en cet endroit. Comme si on voulait me répondre, j’aperçus un Européen, vêtu d’un dhoti à moitié replié, d’une chemise légère et portant un turban sur la tête, qui conduisait un deux-roues avec sa femme, assise derrière lui, son nourrisson dans les bras, laissant l’extrémité de son sari flotter dans l’air. Ensuite, je vis deux voitures qui venaient en sens inverse. Alors que j’étais immergée dans cet environnement étrange, le taxi s’arrêta devant une maison dont le toit était fait de chaume, encadrée d’une clôture vivante, faite d’arbres et d’arbustes.

 

L’arrêt du moteur de notre taxi fit sortir la femme de la maison. Je compris tout de suite qu’elle était l’hôtesse de la maison et que c’était avec elle que j’allais passer mon séjour. J’appris qu’elle s’appelait Devagui une fois que nous nous fûmes serré la main. La maison d’accueil, qui ressemblait à une conque, se trouvait à quelques mètres de la barrière. Ladite ‘maison’, comme je vous l’ai déjà dit, était construite avec des murs de briques et un toit de chaume.  À l’entrée, de part et d’autre, des lianes de jasmin remplissaient la charpente du palissage. Guidée par la lumière, je m’avançai vers la porte d’entrée. Le mari de Devagui, l’hôtesse, m’attendait en tee-shirt et en bermuda, patiemment, près des marches qui menaient au premier étage.

 

—  Hi, I’m Albert ! se présenta-t-il, me tendant la main et me posant une question sur mon long et fatigant voyage.

 

Ma réponse prudente : « Tout s’est bien passé jusqu’ici ! » fit rire le couple. Le mari poursuivit en disant que ma chambre se trouvait à l’étage et qu’après une douche chaude, je pourrais descendre pour le dîner. La clé de ma chambre était passée de la main de M. Albert à la main du chauffeur de taxi. Entre-temps, celui-ci avait dû également aller chercher ma valise dans la voiture. Deux minutes plus tard, comme quelqu’un connaissant bien de telles pratiques, le chauffeur, la valise dans une main, la clé dans l’autre, grimpa les marches et ouvrit la porte. Posant la valise par terre, il me dit « au revoir » tout en se grattant l’arrière de la tête. Ayant compris le sens de son geste, j’ouvris mon sac et lui donnai 100 roupies. Il semblait hésitant. Je lui demandai :

 

— Le pourboire ne suffit pas ?

 

La réponse fut immédiate :

 

— Non, Madame, vous avez tort ! Je dois vous mettre en garde contre le risque que vous courez en séjournant dans cette maison… voilà mon intention.

 

La phrase à peine terminée, il redescendit comme une flèche et disparut. Pendant deux ou trois minutes, je restai en état de choc, sans comprendre le sens de son avertissement. Heureusement, les activités qui m’attendaient firent la rupture avec cette mise en garde du chauffeur.

 

Une fois la valise posée, je commençai à détailler la chambre. C’était une petite pièce largement suffisante pour une personne. Au pied du lit, il y avait une grande fenêtre constituée de quatre panneaux.  À droite, sur le mur, dans un cadre, on voyait le couple spirituel : Sri Aurobindo et son amie européenne de ses derniers jours. La Dame – telle que je l’avais déjà vue à Paris sur la couverture du livret offert par la femme de métro, la chevelure d’or ondulée et courte et recouverte d’une mousseline – essayait en vain de sourire.  Son visage présentait des rides et des ridules en signe de vieillissement. En revanche, lui, présentait un visage ferme, portant moustaches et barbe longue et blanche se répandant sur son torse, lui cachant le cou. Sous le cadre, se trouvaient une table et une chaise en bois et sur la table, il y avait un réveil, quelques bougies de cire, du papier à lettres fait main, et un stylo. Je remarquai aussi un pot en terracotta pour de l’eau potable et un verre en inox. Avec une satisfaction totale, j’ouvris la fenêtre. Une légère brise m’embrassa le visage, mêlée au parfum des plantes et des arbres.

 

— Mademoiselle Mira, voulez-vous descendre ?

Devagui m’appelait pour le repas.

 

— Je n’en ai que pour une minute !

 

Croyant qu’elle aurait pu entendre cela, j’ouvris ma valise… Je n’arrivais pas à choisir la tenue appropriée pour partager le premier dîner avec le couple. Je suis donc descendue en ayant gardé mes habits de voyage, avec une bouteille de vin à la main.

 

Le couple m’attendait à la table, un sourire aux lèvres ; elle était au centre du salon et ressortait sur le fond blanc des murs. Je m’assis en tirant une chaise, en face d’eux, et donnai la bouteille à Devagui avec quelques mots de compliments.

 

Monsieur Albert saisit la bouteille avant que sa femme ne la prenne…

 

— Oh, that’s great !  Ça fait des mois que je n’ai pas bu de vin français, un grand merci à vous !  Au fait, nous sommes végétariens, j’espère que cela ne vous posera pas de problème, me dit-il dans un éclat de rire.

 

— En fait, c’est déjà beaucoup. Mon idée était de prendre juste quelques biscuits ce soir, rien de plus. Votre dîner est un festin pour moi !

 

— Le premier jour, on a coutume de prendre le repas avec nos invités. À partir de demain, vous devrez manger à l’extérieur.

 

Ce furent les mots de Devagui, toujours le sourire aux lèvres. Ils me servirent des chapatis et des lentilles. La fatigue de mon voyage m’empêcha de rester et bavarder longtemps avec eux. Après leur avoir souhaité une bonne nuit, je montai me coucher. Il était déjà 11 heures du soir.

à suivre….

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À elle, qui m’apprend le passé – 7 , – Krishna NAGARATHINAM

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À elle, qui m’apprend le passé

– 7 –

 

Malgré la confusion générée en moi par l’expression « la conscience divine », la première clause de la charte d’Auroville m’avait impressionnée plus que tout. Puis le site internet m’avait également fourni des renseignements utiles sur cette ville.

 

La première clause influença incontestablement mes rêves de venir en Inde et de vouloir être une aurevillienne ; néanmoins, ce n’était pas la raison fondamentale. Je n’aimais pas ma mère, qui voulait rompre sa relation de vingt ans avec Louis comme on enlève son maquillage après une soirée, ni le vide laissé par le départ de Louis. Louis était un homme de valeur. Il savait surmonter les obstacles les plus importants. Si je l’avais voulu et si ma mère avait été d’accord, il aurait pu m’emmener avec lui. Je savais que je n’aurais pas été un fardeau pour lui et qu’il se serait toujours occupé de moi comme un vrai père. Je savais aussi que ma mère n’aurait jamais accepté cette idée. Même si elle l’avait fait, je ne sais pas quelle aurait été la réaction de son nouveau compagnon. Non, je ne voulus rien entendre. Mon grand-père maternel m’avait laissé suffisamment d’argent sur mon compte. À tout cela, il fallait ajouter l’esprit bourgeois et borné de ma mère Isabelle pour comprendre mon départ précipité pour l’Inde et Auroville. « Si je rencontrais des difficultés, je reviendrais en Inde », me disais-je. Par-dessus tout, Louis m’accueillerait, quelle que soit la situation, j’en étais certaine.

 

Il m’était arrivé de quitter à plusieurs reprises ma maison avec ou sans l’autorisation de ma mère. La durée de mon absence en général était d’une semaine au moins. Si je ne revenais pas dans les deux jours, cela voulait dire que j’avais eu une dispute avec ma mère.

 

J’éteignis ma cigarette et jetai le mégot dans la poubelle. J’avais une faim de loup ; je descendis donc dans la cuisine et mangeai ce que ma mère avait gardé pour moi : du poulet et du riz. Lorsque je revins dans ma chambre, il était déjà 11 heures du soir. Soudain, j’entendis le tonnerre au loin, immédiatement suivi d’une forte chute de pluie. Au moment où je fermai les fenêtres, en tirant les rideaux, je vis un jeune homme debout au pied d’une maison en face. « Est-ce lui ? » me demandai-je. Bouleversée par ce nouveau trouble en moi, je m’effondrai sur mon lit. Je sentis alors que je m’engourdissais, le monde s’assombrissait autour de moi et je m’endormis.

 

Quand je me réveillai, il était 5 heures du matin. Je pris une petite valise et mis tout ce qu’il me fallait : des habits, des affaires de toilette, un ordinateur portable, une carte de crédit, etc. Je descendis l’escalier à pas de loup et vins au-dehors en fermant tout doucement la porte derrière moi. Un vent glacial soufflait fort au visage. Je portai la valise sur une courte distance et la tirai ensuite en marchant à grands pas.

 

///

 

Malala était mon amie d’école. Quinze ans d’amitié. Je vous ai déjà dit que chaque fois que je me disputais avec ma mère, je restais chez des amis et c’est dans l’appartement de Malala que j’ai logé le plus.

 

Ma grand-mère maternelle savait faire la cuisine indienne et vietnamienne. Et s’il y avait un endroit, en dehors de chez elle, où je pouvais savourer une cuisine authentique, c’était chez Malala. Sa mère était une bonne cuisinière et ses spécialités étaient le rôti indien, le tandouri, etc. Il y avait une autre raison pour laquelle je préférais rester avec Malala : elle était membre d’une association de trekking. Elle voyageait sans arrêt partout dans le monde, surtout en forêt, dans le désert, en montagne, juste avec un sac à dos.

 

Une fois, les amis de l’association décidèrent d’aller au nord-est de l’Inde, plus précisément dans la région d’Assam, afin de vivre l’aventure. Pour matérialiser leur projet, ils réservèrent leurs billets d’avion et firent des demandes de visas. À part Malala, les autres membres obtinrent leur visa. La raison du refus de l’ambassade de l’Inde à Paris concernant Malala était que ses parents venaient du Pakistan. Cependant, s’il s’agissait de défendre les intérêts de l’Inde, elle serait au premier rang.

Il était environ six heures du matin quand je frappai à la porte de l’appartement de Malala, qui se trouvait dans une des banlieues de Paris. Après une ultime tentative de sonnette, alors que j’étais sur le point de partir, elle me fit une surprise en ouvrant la porte sans allumer. Derrière la porte entrouverte, on apercevait une petite table avec une lampe et son abat-jour luminescent, un lit avec un drap de dessous mal étalé. Elle essaya de refermer sa bouche en vain, du dos de la main, pour empêcher un grand bâillement ; ce dernier fut également suivi d’un éternuement fort. Je vis qu’elle avait un mouchoir en papier dans la main…  Elle se moucha avec deux ou trois fois puis s’adressa à moi :

 

—  Hey ! Quelle surprise ! Qu’est-ce que tu viens faire chez moi, à cette heure-ci ? Entre, entre !

 

Prenant ma valise, elle se retourna et je la suivis. Après quelques pas, elle me demanda :

 

— Comme toujours, tu es venue après une dispute avec ta mère, n’est-ce pas ?

 

— Oui, mais je n’ai pas l’intention de rentrer chez moi cette fois-ci, répondis-je.

 

Tout en ignorant ma réponse, elle entra dans sa chambre, posa ma valise près du mur, fit le lit et s’assit au bord.  Je m’assis également à côté d’elle.

 

Elle tourna la tête et me fixa longtemps d’un regard critique. N’arrivant plus à contrôler mes émotions, je m’effondrai dans ses bras et me mis à pleurer.

 

—  Qu’est-ce qui t’arrive ? Les problèmes de ce genre ne sont pas nouveaux chez toi. Tout sera de nouveau en ordre dans un jour ou deux, ne t’inquiète pas ! Il est certain que ta mère et toi, vous serez toutes les deux réconciliées, me dit-elle pour me réconforter.

 

— C’est fini entre ma mère et moi. Qu’elle vive sa vie, je vis la mienne. J’ai décidé d’aller à Pondichéry, et de m’installer à Auroville.

 

— Bon, tes yeux sont fatigués et tu sembles incapable de dissimuler le manque de sommeil de cette nuit. Dors un peu, on parlera plus tard, me dit-elle d’une voix enrhumée

 

Il y avait un réel regret dans sa voix et je constatais sur son visage l’intérêt qu’elle me portait et sa préoccupation à mon égard. L’esprit léger, je me suis tournée vers le mur, couchée sur le côté et je m’enfouis sous le drap.

 

Je n’arrivais pas à dormir. Les incidents survenus chez moi et restés dans ma tête resurgirent comme du magma. Comme je l’avais souvent entendu dire par ma mère, je me demandais en sanglotant : « Pourquoi dois-je souffrir autant ? »

 

Afin d’éviter d’être entendue par mon amie, je me forçai à me mordre les lèvres. Néanmoins, elle m’entendit et me demanda : « Tu ne peux pas dormir ? » Mais je restai muette et commençai à ruminer le passé des derniers jours.

////

 

La voix « Meera, lève-toi ! » m’éveilla. Je me levai en rangeant (en pliant ?) le drap sur le côté. Malala était debout, avec une tasse de café. Je pris la tasse dans la main et bus à petites gorgées. À ma question : « Quelle heure est-il ? », la réponse fut : « Dix heures ». Lorsque je lui demandai immédiatement : « Tu ne travailles pas aujourd’hui ? », elle me répondit que « non ». Cela me soulagea car j’aurais (ainsi) suffisamment de temps pour discuter avec elle.

 

Lors de notre petit-déjeuner, je lui racontai tout : la décision brutale de ma mère de vivre avec son nouveau compagnon ; le choc prévu de cette terrible nouvelle sur mon beau-père Louis ; ma décision de fuir cette situation et de m’installer en Inde, etc. Après m’avoir écoutée attentivement, elle me dit d’un ton rassurant :

 

— Je comprends, mais je crains que tu n’aies pris une décision hâtive. Écoute, ma chérie, il faut être prudent pour se lancer dans une telle aventure. On se renseignera auprès de nos amis et puis je connais une agence de voyages spécialisée pour le sud-est de l’Asie.

 

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à ‘Elle’ qui m’apprend le Passé

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– 4 –

 

Un jour, je suis allée avec ma mère boulevard de la Villette, près de La Chapelle. Je me souviens encore aujourd’hui de ce que je vis ce jour-là : un bon nombre de tentes aux couleurs très variées, une centaine d’immigrés, hommes et femmes, de toutes races, de toutes ethnies. La plupart d’entre eux étaient des jeunes. Parmi ces personnes, je remarquai un jeune Africain qui rompait un pain rassis et le mangeait ; autour de lui, quelques pigeons tentaient d’en récupérer des miettes.

 

— C’est triste de le voir, ai-je murmuré, manifestant mon empathie vers lui.

 

— Désolée, ma chérie, pour ces gens-là, c’est déjà un festin ! répondit ma mère d’un ton sec de bourgeoise.

 

Au même moment, j’éprouvai l’envie de revoir ce jeune homme, tôt ou tard, pour deux raisons : premièrement, je n’aimais pas la manière de voir les choses de ma mère ; deuxièmement, son projet de quitter Louis et de vivre avec quelqu’un d’autre était inadmissible.

 

Le lendemain matin, quand je me suis présentée boulevard de la Villette, il était déjà neuf heures. Il y avait beaucoup de nouveaux visages. Je décidai de me renseigner sur lui, m’appuyant sur les visages que j’avais croisés la veille… Mais comment ? Avec quels éléments ? L’absence de renseignements précis suscitait en moi une grande confusion. Je pourrais toujours donner une taille appropriée et ajouter l’expression “jeune Africain”, mais c’était une simple information applicable à beaucoup d’autres gens ici. Je tentai de le chercher de mon mieux, lui attribuant une corpulence raisonnable par rapport à la base de données que je possédais.  Mais personne ne me manifesta sa faveur. Après une errance désespérée, un jeune s’approcha de moi, me disant qu’il serait disponible pour vingt euros et un repas du soir.

 

— Je ne suis pas venue pour cela, lui répondis-je.

 

Au même moment, un homme vint vers moi et me dit que le jeune allait partir pour un travail au noir, qu’il reviendrait le soir et il me promit de le retenir à son retour si je lui donnais quelques pièces.

Il tint parole et je pus voir le jeune Africain le soir même.

 

Les deux jours suivants, je les passai avec lui et avec d’autres immigrés.  Pendant la journée, me joignant à une association caritative, je distribuais des chaussures, des vêtements et de la nourriture collectés et le soir, je passais tout mon temps avec les femmes. Le troisième jour l’attitude du jeune Africain me poussa à agir autrement. En effet, je compris que dès qu’il trouverait une occasion, il tenterait d’effleurer mon corps ici et là de la main.  De façon claire et nette, je lui dis que je n’étais pas la femme qu’il croyait et, en entendant cela, son visage devint un masque grimaçant. Puis on se mit à discuter. Il m’avait fallu trois jours pour réaliser que ma pitié pour lui n’était rien d’autre que ma colère contre ma mère.

Partagée entre ma compassion pour son état — il avait quitté, comme on se déshabille, sa maison natale, sa patrie, sa famille, ses proches, ses camarades de classe, ceux qui avaient joué avec lui pendant les récréations ou nagé dans un fleuve ou une mer, il avait tout laissé derrière lui à la merci du temps, croyant à la bonne foi du passeur, pour voyager et arriver dans un nouveau pays — et ma colère contre sa conduite indécente de me demander de l’argent pour de la cocaïne et de la bière, c’est lui qui gagna. Je restai deux jours avec lui, pourtant ni lui, ni moi, nous ne voulions pas nous connaître mutuellement. Quoi qu’il en soit, j’allais devoir lui dire au revoir avant de partir… Mais malgré mon attente, il ne revint pas de son travail clandestin. Il était déjà 20 heures. Je savais comment ma mère m’accueillerait. Il était temps de partir, alors je commençai à marcher vers la station de métro.

 

– à suivre

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À ‘Elle’, qui m’apprend le passé

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– 2 –

Les hommes et les femmes attendent d’entreprendre un voyage long et pénible. Eux aussi, comme moi, devaient  être fatigués de leurs chemins habituels, des visages qu’ils croisaient tous les jours, des voix facilement reconnaissables et ils cherchaient donc de nouveaux trajets, de nouveaux visages ou de nouvelles voix. Bien que mon point de départ présentât évidemment une similitude avec celui d’autres voyageurs, ma destination n’était pas la même. J’embarquerais en effet, comme eux, à Los Angeles, USA, mais je débarquerais à Chennai, en Inde.

Deux heures plus tôt, j’avais pris un taxi à Pasadena en Californie, pour arriver à l’aéroport. Selon notre planification de la veille, mon amie Jessica devait m’accompagner jusqu’à l’aéroport et me dire au revoir, mais malheureusement la visite surprise de son oncle l’avait empêchée de le faire. J’avais également décliné la bonne volonté d’une amie de Jessica qui avait voulu la remplacer. J’étais donc partie seule dans un taxi.

Sur le chemin, le chauffeur, un Afro-Américain, entama un dialogue ; cela pouvait être une manière de mettre son client à l’aise, mais je n’en étais pas certaineDes questions de routine portant sur mon pays d’origine, le racisme en France, le but de mon voyage aux États-Unis, etc.  Malgré le fait que j’avais l’esprit fermé et toute mon attention portée sur le compteur de taxi, je lui répondis calmement.

En effet, depuis un certain temps, j’étais obligée de regarder à la dépense ; c’est pourquoi toute mon attention était fixée sur le compteur du taxi, qui courait comme Usain Bolt ! En conséquence, à l’arrivée à l’aéroport, j’aurais dû payer plus que ce à quoi je m’attendais.

Dix minutes plus tard, j’étais devant le guichet de la Lufthansa. Après avoir enregistré ma valise, j’allai à la porte numéro 26 qui s’occupait des passagers de Frankfurt. L’horaire de l’avion et la destination inscrits sur le panneau d’affichage me rassurèrent, mais l’absence de personnel au guichet me poussa à promener mes yeux à la recherche d’un siège vacant pour attendre mon tour comme beaucoup de voyageurs.  Une fois assise, j’ai envoyé un SMS à Jessica pour l’informer que tout s’était bien passé.

Juste devant moi, assis, un homme d’un certain âge, dont la tête paraissait en fer forgé, me regardait sans relâche ; néanmoins, c’était un visage inoubliable. Je regardai tout autour de moi. Sauf quelques Européens ici et là, la plupart des passagers étaient Indiens. “Il faudra attendre au moins une demi-heure avant d’être appelé au guichet ”, pensai-je. Pour tuer l’ennui, je portai mon attention sur les voyageurs et les dévisageai : leurs habits, leurs voix, leurs langues, les expressions de leurs visages, leurs yeux et leurs quêtes. Lors de cette opération de curiosité, une famille sikh transportée par véhicule électrique, me fit réfléchir : “Étaient-ils venus de l’Inde ou y rentraient-ils ?” me demandai-je.  À part quelques exceptions, les plus nombreux des Indiens me paraissaient occidentalisés. Ils avaient tous soit un smartphone soit un iPad dans leurs mains. Et ils se tortillaient, étiraient les jambes, ouvraient la fermeture de leurs sacs, fouillaient leurs nez, papotaient, s’écoutaient parler, se riaient de quelqu’un et regardaient tout ce qui bougeait.

— Excusez-moi, y a-t-il quelqu’un sur ce siège ?

Frappée par la question, je me retournai. “La voix ! C’est la sienne ! Celle de la fille qui me poursuit nuit et jour”, me dis-je, mais non, contrairement à ce que je pensais, ce n’était qu’un homme, d’à peu près mon âge. Je levai la tête et je vis son visage . La demande avait été formulée avec une certaine déférence et avec un accent espagnol. Il était grand, avait environ trente ans, portait une chemise à damier noir et blanc et des jeans en denim Levy. La partie exposée de son corps était couverte de toutes sortes de tatouages : le diable, Bouddha, un aigle, un cœur avec une flèche, un poignard, etc. Il avait les cheveux noirs et brillants et une barbe finement taillée. Autour du cou, qu’il avait long, on voyait une écharpe sale en coton. Bref, on aurait pu dire de lui qu’il était le genre d’homme qu’on pourrait croiser dans un club peu recommandable.

Enlevant mon sac d’ordinateur du siège, je lui dis qu’il pouvait s’asseoir. Il me remercia en ajoutant une excuse avec modestie pour m’avoir importunée et il s’installa tout en se présentant comme étant Fernando Rodrigo, originaire d’Espagne. Au moment de nous serrer la main, je ne manquai pas de lui dire mon nom et mon pays d’origine. D’ailleurs, le fait qu’il ait branché d’emblée son téléphone portable à la prise du côté de mon siège m’avait fait comprendre que c’était son téléphone déchargé qui l’avait forcé à s’asseoir à côté de moi.

—  Ne vous excusez pas de m’avoir demandé cela ! Ai-je le droit de vous empêcher de le faire ? À vrai dire, assise seule sans parler à quelqu’un, ça m’ennuie. Bon, vous descendez à Chennai
—  En effet, c’est bien cela, mais ma destination finale est Pondichéry.

— Quelle surprise ! Je ne m’attendais pas à ça ! Moi aussi je vais à Pondichéry. En fait, je retourne en Inde après avoir passé quelques jours aux États-Unis pour voir mon amie. À Pondichéry, j’ai un devoir à accomplir… Je rentrerai dans mon pays, en France, après. Mais je ne sais pas quand

— C’est vrai ? Mon histoire est plus ou moins la même. Pour l’instant, je ne sais pas quand je rentrerai…  Malgré tout, je suis certain que mon séjour ne sera pas long. En plus, je ne pense pas que je puisse prolonger mon visa.

—  Si vous avez envie de partager avec moi l’objet de votre voyage, je suis prête à vous écouter, lui répondis-je avec enthousiasme.

Devant ma demande, ses yeux s’étaient légèrement tournés vers les ailes de son nez et s’étaient braqués sur moi quelques instants. Comme je comprenais mal son jeu de regard, tout en restant prudente et en affichant sur mon visage une expression de regret, je lui dis :

—  Si vous ne voulez pas m’en parler, je n’insiste pas !

—  Une petite minute ! Après le chargement de mon téléphone, je reviens vers vous…

Et disant cela, il se tourna vers la prise électrique. Moi, je me mis à tripoter mon portable mais, contrairement à ce que j’attendais, sans tarder, il m’adressa à nouveau la parole :

—   Le but de mon voyage est de retrouver mon père que je n’ai pas vu depuis ma naissance, c’est tout. Bon ! Est-il possible de vous croiser à Pondichéry ?

—  Pourquoi pas ? C’est une petite ville, alors on a de fortes chances de se rencontrer, soit au bord de la mer, soit dans la rue Nehru, faute de quoi nous nous verrons peut-être dans un des restaurants de la ville blanche.

Au moment où j’entendais “merveilleux” et “gracias señorita” de la part de mon compagnon de voyage, on nous appela pour l’embarquement. Alors que nous allions vers le comptoir, quelqu’un essaya de me dépasser : il s’agissait de la fille qui me suivait tout le temps.

 

///

 

Au moment où le héros du film indien allait chanter, en laissant son bras avancer librement vers la taille de l’héroïne, l’écran de la télévision de l’avion s’éteignit, transformant la scène en un petit point noir. Puis la lumière s’alluma et se répandit soudainement.  Une voix rauque et monotone se fit entendre, espérant que notre voyage avait été agréable et nous annonça l’heure locale et la température extérieure. Les cheveux défaits, les tenues froissées, murmurant des “On n’a rien oublié ?”, les passagers se levèrent enfin, tapotant une deuxième fois les coffres à bagages et le siège.  Une femme corpulente d’âge mûr s’appuyait d’une manière insolite sur le dos de son siège, tout en étirant et secouant ses jambes et ses bras. Des mères éveillaient leurs enfants ensommeillés. À l’extérieur, l’aéroport de Chennai me semblait paresseux. Quelques passagers qui s’étaient hâtés pour sortir étaient déjà dans la file d’attente.

Je la revis. Elle était debout, habillée d’un T-shirt blanc, d’un pantalon jeans de couleur bleue et chaussée de baskets. En revanche, je ne vis pas la personne espagnole avec qui j’avais échangé quelques mots à l’aéroport de Los Angeles. Cette fille dont je vous en parle n’était personne d’autre que celle qui me suivait de jour comme de nuit et si j’acceptais son argument tel quel, elle était donc une partie de moi-même et moi une partie d’elle. Je ne voyais que son dos, mais il ne présentait aucun signe de précipitation. Elle tourna la tête, comme si elle voulait voir une dernière fois tous ses compagnons de voyage. Je lui souris mais elle m’ignora. Comme tous les voyageurs, moi aussi je m’avançai vers la sortie. Pourtant une voix dans ma tête me dit qu’il fallait attendre quelques minutes encore.

Malgré le fait qu’elle se fasse passer pour moi, j’aurais pu la considérer comme n’importe qui d’autre. Tous ceux qui étaient nés autour de moi et façonnés par la société étaient les autres pour moi. Parmi les voyageuses devant moi, peut-être y avait-il une mère, une sœur, une tante et, en même temps, elles pouvaient être un médecin, un professeur ou tout simplement une employée de bureau ? Ainsi, toutes pouvaient être à la fois un individu et une bonne citoyenne comme le voulait la vie humaine. Toutes ces femmes pouvaient également ressentir comme moi de la colère et de la joie ; du mépris et de l’amour ; la faim et des renvois aigres. Cependant, ce que je ne comprenais pas, c’était pourquoi elle seule m’intéressait particulièrement au milieu des voyageuses. Étais-je plus présente en elle que les autres ? Elle, comme moi, étions-nous si proches à la fois mentalement et physiquement ? Ou bien mon intérêt pour elle venait-il de la lueur  de la vengeance dans ses yeux ? De son regard qui  ressemblait à celui du chat dont le cri nocturne est indifférent à la nuit et au froid ? Je ne sais pas. La file d’attente avançait, c’était mon tour. Je me mis à marcher en voyant qu’elle me devançait. Quelques minutes plus tard, elle était devant l’officier de la douane et présentait ses papiers ;  je fis de même. Alors que je chargeais mes bagages sur un chariot, depuis le tapis roulant, elle passa avec le sien devant moi sans un mot.

 

///

 

Il était quatre heures du matin lorsque mon taxi arriva à Pondichéry. J’admirai les spectacles qui contribuaient à la féerie de l’aube : les hommes avec les torses recouverts de draps, sirotant du thé dans un stand de thé ; les gens traversant la rue tranquillement avec leur gamelle en main sans se rendre compte des risques qu’ils couraient ; les jeunes femmes tamoules en churidar répandant de l’eau mélangée à de la bouse ; un fermier allant en charrette au marché ; une vache aux grosses mamelles marchant lentement le dos courbé… Je suis arrivée enfin à l’hôtel où j’avais réservé ma chambre pour le séjour. À ma grande surprise, alors que j’étais en train de faire le check-in et de recevoir la clé à la réception, la fille dont je vous ai parlé passa devant moi. Je pris l’ascenseur, atteignis le deuxième étage et ouvris la porte numéro 7… Voulez-vous savoir qui m’attendait avec un grand sourire, c’était elle !

……A suivre

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À Elle, qui m’apprend le passé (le roman)

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அட்டை இறந்த காலம்

Chers amis,

Voici le premier chapitre de mon nouveau roman tamoul, qui vient de sortir en janvier de cette année. Vous retrouverez ici même  les chapitres suivants selon le rythme de ma traduction.

Il y a un an, Bavani, l’avatar de Mata-Hari mon premier roman en langue française Bavâni , l''avatar de Mata hari couverture Finaleest sorti, mais peu connu encore. Néanmoins, sans perdre courage, avec un espoir que les efforts seront récompensés  un jour à leur juste valeur, je continue à travailler.

J’accueille avec gratitude votre soutien et votre amitié.

 

Affectueusement

Na.Krishna


 

                                           À Elle, qui m’apprend le passé (le roman)

– Krishna NAGARATHINAM

 

« On juge des choses présentes par le passé. »

 

– 1-

 

25 mai 2018. Lieu : États-Unis d’Amérique, Californie, Aéroport de Los Angeles, Terminal 2, porte numéro 26. En milieu d’après-midi.

— Que penses-tu faire ? C’était la deuxième fois qu’elle me posait cette question.

Elle n’était probablement pas loin de moi. Ayant choisi un espace idéal et gardé une distance appropriée afin de bien l’entendre, elle me posa cette question, simple et directe et la réponse ne nécessitait pas beaucoup de réflexion. Si elle portait sur la “Vérité”, cela prendrait-il du temps pour répondre ? Peu importe. Ce qui me  préoccupait, c’était le ton de la question et sa nature, en quelque sorte comparables aux flèches venant de nulle part qui ciblent des cerfs affectueux broutant tranquillement dans une forêt ; voilà mon véritable dilemme. Elle me dit que j’essayais de l’ignorer. Mais en faisant la sourde oreille, elle répéta avec une ardeur renouvelée que nous, elle et moi, étions la même personne, ajoutant un petit détail pour préciser qu’elle en était le début et moi, la fin. C’est-à-dire qu’elle était Meera-1 et moi, Meera-2. Quelle ténacité !

 

Aujourd’hui, si je retrace mon passé, il est hallucinant !  Il est vrai que jusqu’à présent j’avais passé ma vie, même au grand jour, à rechercher l’obscurité et le brouillard au lieu de la lumière du jour et de l’air pur. Pourtant, malgré mon jeune âge, j’avais appris davantage de la vie en marchant sur des gravats et des éclats de verre. Bien que ma naissance ressemble à beaucoup d’autres, je suis sûr que ma mort sera différente ; ma vie ne se terminera pas par une perte de mémoire et elle ne me laissera déféquer sans m’en rendre compte ou respirant bruyamment à pleins poumons ; enfin, le toucher n’est absolument pas un moyen pour moi de reconnaître mes proches. Cette nuit-là, j’étais profondément endormie dans une maison d’hôtes à Auroville, près de Pondichéry, dans le sud de l’Inde. Au milieu de la nuit, je me réveillai avec la voix de la fille une fois encore, et qui me surprenait depuis un certain temps. Sans raison valable, pourtant je la suivis.

 

Après une longue marche, je me retrouvai seule dans une forêt dense, sombre et profonde. Je ne voyais pas les nids d’abeilles et n’entendais pas leur bourdonnement autre part. Croyez-moi, il n’y avait pas de bruits d’oiseaux comme ceux des pélicans, des bécasseaux, des hérons, des flamants roses présentés par Madhavan au lac Usutéri à Pondichéry, ou les oiseaux que j’avais eu l’occasion de voir à Auroville, moineaux, merles des Indes, tourterelles, perroquets ou pics. Où étaient-ils allés ? Je me le demandais… Devant moi se trouvait une butte et, en poussant les buissons sur le côté, je montai plus haut et regardai : c’était horrible ! Même aujourd’hui la scène me reste dans la mémoire comme une nature morte. En me la rappelant aujourd’hui, je maîtrise si peu mes nerfs que je frissonne et tremble. À l’endroit où mes yeux s’étaient posés, je voyais un fleuve tel un être cloué au lit, l’eau stagnait, couverte de mousse et d’algues. Au bord, des corps épars de paons… Je descendis comme une folle, le cœur battant, je les saisis les uns après les autres pour savoir s’ils étaient encore en vie et je compris qu’ils n’étaient rien d’autre que des carcasses. C’est exactement à ce moment-là que je sentis un souffle sur mon cou. Je tournai la tête, devant mon visage, il y avait une femme qui m’effleurait. Deux seins semblables aux miens me touchaient. Elle essaya de m’attraper, je me servis de toute ma force pour l’écarter, mais mes mains pivotèrent dans le vide. Il n’y avait personne. Tout à coup, une voix s’adressa à moi sur un ton assuré :

 

— N’aie pas peur ! Je suis la même fille que celle qui t’a parlé l’autre jour. Tu ne peux pas tolérer la mort prématurée des oiseaux, je comprends ta souffrance. Dans le monde d’aujourd’hui, toutes les personnes touchées par cette tragédie sont innocentes. Nous ne chassons que le bien en laissant le mal prospérer. Viens, on va réécrire les règles de la chasse, m’expliqua-t-elle.

 

— Quelle qu’en soit la raison, la chasse est une action injuste, non ? lui demandai-je.

— S’il y a un risque de perdre tous les cerfs, chasser deux ou trois tigres est raisonnable. Même les paons et les perroquets doivent avoir des canines pour déchirer les animaux sauvages. Nous savons l’importance de chasser la guerre par la paix et l’hostilité par l’amitié, eh bien notre chasse est identique.

 

Après cette réponse claire et satisfaisante, je dormis comme un bébé.

 

Le jour s’était levé. Je ne me souviens plus des traits du visage qui étaient apparus dans mon rêve, mais la voix douce, modulée, et l’explication qu’elle m’avait donnée me firent réfléchir. Je pensais que la relation entre la voix et moi était terminée et qu’il n’y avait aucune raison de continuer… Mais c’était un premier maillon d’une longue chaîne. Si cette voix était telle que celle que l’on entend dans la bouche de certaines personnes, on pouvait la suivre ou bien l’ignorer selon la manière dont on regarde son propriétaire. Or c’était une voix que j’entendais souvent dans ma tête, une sorte d’interrogatoire constant.

 

Tout avait commencé quelques semaines plus tôt dans un restaurant du centre d’accueil d’Auroville à Pondichéry, dans le sud de l’Inde. C’était la fin de l’après-midi, j’étais sous le choc après la disparition soudaine et incompréhensible de mon amie intime, l’Américaine Jessica. J’attendais l’arrivée du thé vert que j’avais commandé il y avait quelques minutes. En face de moi, derrière la table, j’avais l’impression que la chaise bougeait et que quelqu’un s’était assis, mais je ne pouvais voir personne. Après quelques secondes : “- Que t’est-il arrivé ? Pourquoi as-tu une mine de déterrée ?”, me demanda-t-on. La voix était une imitation de la mienne. La conversation entre elle et moi avait commencé comme ça. Je cherchai du regard la fille qui me parlait… Personne… Sauf une image abstraite dessinée par sa voix. Mes yeux parcoururent toutes les tables, il n’y avait toujours personne. Alors que je me dirigeais vers l’origine de la question en demandant : “Qui est-ce ?”, la réponse fut ferme : “Moi ? Je ne suis rien d’autre que toi. En d’autres termes, je suis l’ombre de ton passé”.

 

Êtes-vous confus ? C’est possible. Moi aussi j’étais confuse ce jour-là. Même aujourd’hui, je ne suis pas encore complètement rétablie. Je ne sais pas si ce “moi” d’aujourd’hui est le résultat de mon karma du passé, comme l’hindouisme le définit, mais la voix insistait sur le fait que mon “moi” du présent était l’unité de tous mes “moi du passé”. Chaque jour, à l’aube, je pense que je suis une nouvelle venue, libre de mes jours d’hier. D’un autre côté, tous ceux qui sont autour de moi, comme l’affirme la voix, s’empressent de me renvoyer à l’époque d’hier. Dans ce contexte, comme beaucoup d’entre nous, je suis aussi une prisonnière du passé. Alors, comment puis-je quitter mon passé ?

 

—  Disparais ! Pourquoi es-tu derrière moi tout le temps ? demandai-je avec une certaine nervosité.

 

— C’est mon devoir, dit-elle en ajoutant : je devais te le faire comprendre autrement. C’est ma faute. Voici ma question : que cherches-tu ? Réponds-moi s’il te plaît !

 

Cette nouvelle approche, un genou posé à terre, me toucha beaucoup et je dis calmement :

 

— Bref, j’ai compris que le succès de ton devoir dépend de moi. Si tel est le cas, tu aurais dû poser cette question différemment. Ainsi, nous aurions pu éviter de perdre du temps inutilement et à ce stade, nous aurions pu nous trouver dans la bonne direction.

 

— D’accord, j’accepte ton conseil et pose la question autrement :   qu’est-ce qui ne va pas maintenant ? Que cherches-tu ?

 

— Je ne le sais pas exactement, même si je crois chercher quelque chose depuis quelques jours.

 

—  Crois-tu que l’on puisse chercher sans motif apparent ? Es-tu certaine de le trouver ? me demanda-t-elle soudain dans un éclat de rire.

 

Je ne m’attendais pas à ce que sa voix puisse mettre à nu ma stupidité.  J’avais un peu honte. La défaite m’avait coupé la voix. En imaginant que la jeune fille était devant moi, je restai quelques secondes la tête baissée. Cependant, ne voulant pas cacher mes sentiments, je répliquai brutalement en fuyant ses yeux :

 

— À ton avis, pourquoi on se lève, on change de tenue, on marche, on attend un bus, on participe à des concours de recrutement, on veut postuler pour des emplois ?  S’il est certain que nous ne trouverons rien à la fin, nous pourrions vivre comme de gentils animaux, broutant de l’herbe ou comme des animaux sauvages dévorant nos concitoyens. Et un jour nous mourrions, après les avoir bien ruminés. Je ne recherche pas ce que j’ai perdu mais ce qui m’a été volé et la personne qui l’a fait. Tout en agitant le bassin de ma mémoire, je veux attraper le crocodile et le jeter sur le rivage et le lyncher.

— Enfin, tu viens là où je t’attends ! Mais il faudra faire attention à attraper ce crocodile, sinon l’aventure se terminera mal !

Je n’avais pas bien compris son avertissement. En même temps, cela ne pouvait pas non plus être ignoré, car c’était une voix que j’entendais régulièrement au fond de ma tête depuis quelques semaines. Cela ressemblait à ma propre voix et je sentais que la locutrice n’était autre que moi.

….à suivre

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L’Inde, une puissance vulnérable, de Kamala Marius.

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KamalaConnaissons-nous véritablement l’Inde ? Est-il même possible de connaître véritablement ce pays qui n’a une existence politique indépendante que depuis moins de trois quarts de siècle et qui, au cours de cette période a pratiquement triplé sa population sans souffrir de ces crises alimentaires si fréquentes sous le régime colonial ?

 

Bientôt première nation mondiale par sa démographie, l’Inde retient l’attention par le fait que son caractère démocratique s’est maintenu depuis 1947 malgré tous les défis auxquels ont été confrontés les dirigeants. Ces défis de tous ordres et de proportions quelquefois gigantesques incitaient les Cassandre à prédire dans les premières années de l’existence de l’État le peu chances de survie politique et les risques d’éclatement. Or, aujourd’hui, l’Inde existe et prend toute sa place dans ce qu’on appelle le concert des nations en restant dans un système démocratique avec des défauts, certes, mais quel régime n’en a pas ?

 

Les lecteurs du CIDIF savent bien les regards posés par la presse francophone sur le quotidien de l’Inde. Il y a toujours un risque d’interpréter ce qui se passe dans un pays étranger à l’aune des préoccupations de son propre pays et il est bon d’avoir présent à l’esprit des données de base particulières de cet État étranger.

 

C’est la grande qualité de l’ouvrage que Kamala Marius vient de publier aux Éditions Bréal[1] de recenser toutes ces données dans un format de poche à la lecture agréable et bien organisé autour de six grands thèmes :

-la mosaïque sociale et culturelle

-une démocratie à l’épreuve des tensions

-un géant démographique

-une urbanisation rapide

-une puissance émergente de l’économie mondiale

-la géopolitique d’un pays en quête de puissance

Toutes les informations fondamentales de l’Inde sont relevées dans ce petit livre que tout étudiant et tout lecteur concerné par la connaissance de ce grand État devraient avoir en permanence à portée de main.

Bonne lecture.

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Merci à:

Roland Bouchet, La Lettre du CIDIF, 11 février 2019

 

[1] L’Inde, une puissance vulnérable, Kamala Marius, Éditions Bréal, 2018. 172 pp.

Kamala Marius est maître de conférences HDR à l’université de Bordeaux Montaigne, chercheure au LAM (Sciences Po Bordeaux) et à l’institut français de Pondichéry (Inde). Spécialiste de l’Inde, elle est l’auteure de plusieurs publications sur les questions urbaines, sociales et économiques.

 

Une belle Sacrée – Krishna NAGARATHINAM

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Qui pourrait le supporter, si Aiswarya Rai pleurait ? Il est certain qu’en France, personne ne laisserait couler une larme, à part quelques fans de Bollywood et une centaine d’Indiens… Mais, en Inde, ce serait une situation impensable.  Ce fut le cas quand Anne, l’édition européenne d’Aiswarya Rai, pleura devant moi.

On était au mois du mai, au beau milieu du printemps. Je marchais côte à côte avec elle, tenant sa taille avec la bénédiction du chaud soleil et d’une légère brise. Elle cherchait son souffle, incapable de surmonter sa vive douleur ; désirant partager sa souffrance, je pris son visage dans mes mains et embrassai son front… Elle m’écarta et s’essuya les yeux. Après une courte marche, nous entrâmes dans un restaurant-fastfood. Il nous fallut quelques minutes pour commander des sandwiches au comptoir, puis quelques secondes pour trouver une table et nous asseoir.  Elle se mit à sangloter de nouveau, et moi, de mon côté, je réfléchissais à la manière de bien la réconforter.

Ironie du sort, notre première rencontre avait eu lieu également au printemps, saison où la France entière sourit après une longue absence du soleil et un hiver dur. Ce jour-là, j’étais allé à ma future entreprise pour commencer ma vie active. C’était une grande bâtisse entourée d’arbres et son allure dénotait une fierté. À droite comme à gauche, de chaque côté de l’entrée, entre les étendues de gazon, comme on le fait aujourd’hui, il y avait des anémones, des colchiques et d’autres fleurs dont j’ignorais les noms. Après avoir reçu cet accueil fleuri, j’ai poussé la porte et suis entré dans le hall d’accueil. Ce que je vis, non, plutôt ce que j’éprouvai, n’était rien d’autre qu’une sensation forte ! Elle, derrière son bureau, telle une fleur en chair et en os, parlait à mi-voix à quelqu’un au téléphone ; comme si elle avait senti ma présence, hochant la tête, elle envoya un grand « oui » dans ma direction.

Je ne pouvais voir que la partie supérieure de son corps et la percevais comme une toile soigneusement conçue par un artiste talentueux : vêtue d’un chemisier, d’une ample tunique brune avec des fleurs blanches, les cheveux longs bouclés, les yeux verts et portant au cou un pendentif avec une croix en argent… en vérité, son apparence était très attirante.  Alors qu’elle tentait de saisir la croix de ses lèvres pulpeuses, l’échancrure de son chemisier s’ouvrit suffisamment pour me laisser bouche bée.

– Oui !

Ce fut son deuxième qui me ramena à la réalité.

– Pardon, Mademoiselle ! Je suis Nicolas Vinod, le nouveau responsable de la vente et j’aimerais voir le Directeur du marketing.

– Bonjour, Monsieur ! Le bureau de la direction se trouve au premier étage. À votre gauche en sortant de l’ascenseur…

Après un « Merci » de formalité, je pris congé d’elle.

Ce fut une brève rencontre : en effet, comme j’avais d’habitude d’entrer dans mon bureau par une autre entrée plus proche du parking, les occasions de passer par l’accueil et de la voir étaient rares. Dans de telles circonstances, le seul mot que nous avions échangé était un simple bonjour.  Donc, je peux dire que, dans une certaine mesure, elle avait perdu de son importance pour moi.

Six mois s’étaient écoulés… Elle vint remplacer ma secrétaire qui avait pris son congé de maternité. Je ne m’attendais pas à cela ! Était-ce le destin ? Je ne le croyais pas, mais elle, si. Plus tard, lorsque nous en avions reparlé, elle m’avait dit que c’était le destin qui nous avait réunis.

Les fichiers étaient triés par date, lieu, et l’information saisie dans l’ordinateur ; chaque fois que j’en avais besoin, la seconde suivante, ils étaient sur mon bureau. En peu de temps, elle était devenue une partenaire indispensable à mon existence.

Notre première nuit ensemble se produisit après une fête de fin d’année. Cette soirée-là, de manière tout à fait inhabituelle, j’étais complètement saoul. Elle m’emmena donc à son appartement et nous y passâmes deux jours.

Ce qui ne cessait jamais de m’étonner chez elle, c’était nos discussions sur la grandeur de l’Inde, sur le sadhu Ramana Maha rishi, ou le philosophe Jiddu Krisnamurti et leurs plus hautes pensées ; c’était aussi chercher des épices dans des boutiques indiennes, etc.

Alors que notre relation s’était solidement établie, un dimanche matin, elle entra brusquement dans mon appartement et me dit qu’elle voulait rencontrer sa mère sans tarder, tout en passant sa main sur son ventre. Oui, elle était enceinte de quatre mois, preuve de notre intimité. Bien entendu, je ne comprenais pas pourquoi elle voulait soudainement voir sa mère et je lui répondis :

– Si tu as envie de voir sa mère, vas-y ! Je ne t’en empêcherai pas !

Je pensais alors que, comme beaucoup d’autres, sa mère devait vivre toute seule, éloignée de sa fille. En vérité, je n’en avais jamais parlé avec elle…

– Non, c’est impossible ! En tout cas, ce n’est pas pour demain. Cela va prendre du temps, il y a des démarches à faire, répondit-elle.

– Des démarches, de quoi parles-tu ?

– Oui, Nicolas ce n’est pas facile de la trouver.

– Je ne comprends pas.

– J’ai été abandonnée par ma mère biologique, à l’âge d’un mois, puis j’ai grandi dans une famille d’accueil. Alors, si je veux la voir, il faudra chercher mon dossier archivé à la DSD, c’est-à-dire à la Direction Générale solidarité départementale et en plus à la mission adoption de l’ASE, pour connaître les informations laissées ou non par ma mère. S’il y en a, je pourrai alors m’adresser au Conseil national d’accès aux origines personnelles et cet organisme peut par la suite essayer de la retrouver. Et même si les recherches aboutissent, il n’est pas certain qu’elle accepte de me rencontrer.

– Désolé, je ne savais pas qu’il y aurait autant de problèmes !

Je la serrai contre moi pour la calmer et lui dis :

– Chérie, ne t’inquiète pas pour ça, je suis là !

– En fait, c’est toi qui m’as donné l’envie de voir ma mère… Tu te souviens, un jour, au cours de l’une de nos discussions, tu disais qu’en Inde les femmes enceintes voulaient rester toujours auprès de leurs mères et suivre leurs conseils.

– Oui, c’est vrai. Je te l’ai dit. Pourquoi pas ? On essaie de trouver la tienne, ça marchera peut-être, qui sait ?

Après cet échange,nous passâmes un bon dimanche.

Le lundi, je partis à un autre bout de la ville pour traiter des dossiers de notre nouvelle filiale. Vers 16 heures, elle m’appela au téléphone, au bureau, la voix tremblante et en sanglotant, me demanda de la rejoindre à 19 heures à notre restaurant habituel qui était à quelques pas.

Nous étions assis face à face. Ses yeux remplis de larmes, brisaient mon cœur.

– Chérie, calme-toi ! Que s’est-il passé ? La démarche a-t-elle progressé ?

– Non, en rien ! Pas besoin d’aller plus loin ! Ma mère ne veut pas me reconnaître, c’est très clair dans le dossier de la DSD. Mais je ne veux pas lâcher, j’ai décidé d’aller jusqu’au bout. Si la justice lui permet de jouir de ses droits, pourquoi m’empêcherait-elle d’user des miens ? Je veux le savoir.

– Tu as raison, et je suis avec toi. Dans l’état actuel des choses, je ne te laisse pas seule. Après le dîner, tu viens avec moi, désormais, on vivra ensemble, c’est mieux pour nous deux.

Comme décidé, après un dîner léger, on prit un taxi pour rentrer. À notre arrivée, j’ai pris, comme tous les soirs, le courrier qui m’attendait, puis nous montâmes au troisième étage en choisissant les escaliers et en nous tenant par la taille et par la main.

J’attendis qu’elle se fût assise dans le fauteuil et lui dis :

– Chérie, écoute ! Toi, tu pleures pour ta mère qui ne veut pas entendre parler de toi, mais moi je reste sans voix devant une mère qui brûle d’envie de me rejoindre. C’est le troisième courrier que je viens de recevoir de sa part.

– C’est vrai ?

– Oui !  Elle est dans une maison de retraite de Chennai, en Inde. Je paie dix mille roupies par mois. C’est un endroit décent et elle ne s’est jamais plainte de sa situation jusqu’à présent. Cependant, depuis deux mois, dans chaque lettre, elle parle de sa volonté de me voir, et me demande de venir en Inde.

– Qu’est-ce qui t’en empêche ?

– Comment ? Je dépense presque la moitié de mon salaire pour le loyer et tu sais très bien ce qu’il me reste à faire. Dans ce contexte, je ne peux pas y songer… Il en va de même pour la faire venir en France ; d’ailleurs, ce ne serait pas facile pour elle de venir en France et vivre avec moi, en laissant derrière elle tous les membres de sa famille.

– Et puis ?

– Pour ma part, j’ai des défauts qu’elle ne peut pas supporter et cela peut gâcher la relation entre mère et fils.

– Nicolas, si tu ne dis rien, moi je pourrai dire quelque chose !

– Quoi ?

– On peut faire venir ta mère en France ?

– Je viens juste de t’expliquer mes problèmes !

– À mon avis, ce ne sont pas de vrais problèmes. J’ai besoin de ta mère pour remplacer la mienne. Ne me dis pas non, s’il te plaît !

– Chérie, ne prends pas une décision à la hâte ! Elle a passé toute sa vie en Inde et l’environnement d’ici n’assouvira pas sa soif de relations. Son attente est différente. En outre, ça m’étonnerait que vous puissiez vous rapprocher l’une de l’autre ! En tout cas pour moi, c’est une décision grave et avant de la prendre, il nous faudra suffisamment du temps pour réfléchir. Mais j’ai encore un dernier point à comprendre : elle ne parle pas un mot de français, et toi je ne pense pas que tu puisses apprendre la langue indienne plus facilement… Alors, vous deux, dans quelle langue vous parlerez-vous ?

– Dans le langage d’amour, que veux-tu de plus ?

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